100 jours en montagnes russes

Quand on y pense, 100 jours, c’est bien peu pour porter un jugement sur la qualité d’un nouveau gouvernement. Celui-ci est censé, dans le contexte habituel d’une majorité, gouverner pendant près de 1500 journées. Pourquoi les trois premiers mois et demi sont-ils jugés si importants?

La réponse se résume souvent dans une expression connue de tous: «On n’a pas une deuxième chance de faire une première impression».

Les débuts du gouvernement Gallant, par exemple, avaient été difficiles en 2014. Un député avait remis sa démission. Le PDG du Réseau de santé Vitalité, Rino Volpé, trop identifié aux conservateurs au goût de l’administration libérale, s’était fait montrer la porte. Au même moment, le chef était accusé de faire de la «vieille politique» en annonçant des centaines de millions de dollars supplémentaires dans les infrastructures.

Brian Gallant s’était fait élire en promettant de faire de la politique autrement. Rarement un slogan électoral s’était envolé en fumée de façon aussi spectaculaire.

De son côté, Blaine Higgs a fait face à ses débuts à des crises plus importantes. Il a toutefois réussi à imposer son style de gestion et ses priorités. Un tour de force, quand on sait qu’il est à la tête d’un gouvernement minoritaire. L’appui de la People’s Alliance, une formation politique opposée à plusieurs droits linguistiques de la minorité francophone, mais qui partage aussi plusieurs intérêts communs avec le PC, a été crucial pour en arriver à ce résultat.

Il n’aura fallu au PC qu’un peu plus d’un mois pour imposer une baisse des cotisations de Travail sécuritaire NB. Il a réussi aussi en peu de temps à mettre fin à l’organisation des Jeux de la Francophonie, un événement sportif qu’il trouvait trop coûteux. De même, son premier budget des infrastructures lui a permis de mettre son empreinte sur la province: moins de dépenses, moins de travaux routiers, moins d’investissements dans les édifices (écoles, musée, Institut de Memramcook…).

Du vite fait bien fait, même si plusieurs de ces choix ont mérité nos critiques.

Sa gestion du dossier des ambulances aurait dû normalement mériter nos félicitations.

Le gouvernement a été efficace afin de mettre en place des solutions concernant la pénurie de main-d’œuvre (avec la création d’un système de transports non urgents entre les hôpitaux) et répondre aux préoccupations des travailleurs paramédicaux unilingues qui se voyaient privés d’une permanence.

Malheureusement, les conservateurs se sont aussi aventurés sur le terrain linguistique, en annonçant qu’Ambulance NB n’aurait plus l’obligation de servir les francophones dans leur langue dans certaines régions de la province. La tempête provoquée par cette décision mal avisée a fini par faire reculer Fredericton.

Cet incident nous rappelle que c’est quand il s’éloigne de son image de marque, celle d’un premier ministre terre à terre avec de la «vraie expérience» et de «vrais résultats» (son slogan électoral) que Blaine Higgs est le moins performant.

Par exemple, il a préféré nuire à sa relation avec le puissant et populeux Québec voisin afin de faire campagne en faveur d’un projet d’oléoduc… qui a été abandonné par son promoteur TransCanada et qui n’a aucune chance de voir le jour.

Pas plus tard qu’en fin de semaine, on a même vu M. Higgs participer à une manifestation pour les oléoducs en Saskatchewan!

Par ailleurs, le mépris idéologique de M. Higgs à l’égard de Justin Trudeau et de son plan de tarification du carbone est en train de coûter des centaines de millions de dollars fédéraux au Nouveau-Brunswick. Cela, sans que personne n’y gagne quoi que ce soit, sauf la relation entre le leader et sa base militante.

Quand on analyse le bilan des 100 jours du gouvernement, on constate que Blaine Higgs est bon pour résoudre les problèmes qu’il identifie. Par contre, il a tendance à s’enfarger dans les fleurs du tapis aussitôt qu’il laisse l’idéologie ou la volonté de la frange la plus intolérante de sa formation dicter sa façon d’agir.

Si Blaine Higgs peut se contenter dans les prochains mois de gouverner, de régler les nombreux problèmes pressants de la province et d’agir selon ses priorités afin d’obtenir ses fameux «vrais résultats» promis en campagne électorale, il pourra accomplir de belles choses.

Mais s’il persiste à s’aventurer sur des terrains populistes en n’ayant que pour seul objectif de plaire à sa base ou à ses alliés – élimination de droits linguistiques, guerre ouverte contre le fédéral et le Québec, fixation pour un projet d’oléoduc mort et enterré – le Nouveau-Brunswick en sortira perdant.