À Campbellton ou ailleurs

Rarement avons-nous été témoins d’un rapport aussi accablant que celui qui résume la situation qui prévaut au Centre hospitalier Restigouche de Campbellton, un endroit digne d’un «asile psychiatrique», selon l’ombudsman du Nouveau-Brunswick, Charles Murray.

La lecture de ce rapport donne froid dans le dos. L’ombudsman affirme que le centre est en situation de crise et qu’on n’y respecte même pas les normes minimales d’un établissement de santé mentale.

Il y a un manque chronique de personnel. Les employés ont recours à la force pour maîtriser les patients deux fois plus souvent que dans d’autres établissements du même genre. «Soignés à grands coups de genoux au visage», a résumé dans nos pages le chroniqueur Pascal Raiche-Nogue avec une formule-choc.

Le Réseau de santé Vitalité est depuis la cible de toutes les critiques. À sa décharge, il a pleinement participé à l’enquête. La direction affirme que des améliorations ont été apportées au cours des derniers mois et que le rapport de l’ombudsman ne reflète pas la situation actuelle au sein de l’établissement.

L’enquête a aussi réveillé une vieille controverse: Campbellton était-il l’endroit le plus judicieux pour établir le centre de traitement pour jeunes?

À la base, la décision a été prise par le gouvernement Gallant, à la suite du travail exceptionnel de Bernard Richard, alors défenseur des enfants. Son rapport, en 2008, sur le décès d’Ashley Smith, qui était atteinte de troubles mentaux et qui s’est enlevé la vie en prison, avait fait tomber bien des oeillères.

L’adolescente avait été condamnée pour avoir lancé une pomme sur un facteur à l’âge de 15 ans. Elle a ensuite été trimbalée dans une dizaine d’établissements correctionnels et a passé des semaines entières «au trou» plutôt que de recevoir les soins appropriés. On l’a ligotée et attaquée au pistolet à impulsion électrique ainsi qu’au poivre de Cayenne.

Les multiples sorties de M. Richard ont fini par faire réaliser à la population et aux politiciens à quel point les services de santé mentale sont déficients au N.-B.

L’annonce de la construction d’un centre de traitement pour jeunes aurait dû être le couronnement de sa carrière. Le choix de l’établir à Campbellton a toutefois soulevé sa déception et sa colère, pour plusieurs raisons.

Dans sa vision, le centre ne devait pas être collé sur un établissement psychiatrique, afin d’éviter de stigmatiser une clientèle déjà vulnérable.

Il avait aussi rappelé que la majorité de ceux nécessitant ce type de services se retrouvent dans les grands centres et que c’est dans la région de Moncton que l’on retrouve l’expertise en psychiatrie pour les enfants. Puisqu’on parlait d’un centre d’excellence, la logique voulait de le construire près d’une université, avait-il aussi précisé.

L’ombudsman lui donne raison.

Des jeunes sont déjà hébergés au Centre hospitalier Restigouche, dans une section qui leur est réservée en attendant l’ouverture du nouveau centre. Or, bien qu’ils représentent moins de 10% de la population totale des patients de l’établissement, ils sont impliqués dans plus de 40% des incidents de type code blanc (un patient qui adopte un comportement agressif).

Dans son rapport, Charles Murray écrit que le projet de construction d’un centre de santé mentale pour les jeunes adjacent au Centre hospitalier Restigouche «semble particulièrement mal avisé». Il soutient que la décision devrait être réévaluée.

Et maintenant, que faire?

Nous croyons que le bien-être des adolescents hébergés à Campbellton doit avoir priorité sur toutes les autres considérations. La priorité n’est pas de protéger l’endroit où est situé le centre, mais de s’assurer qu’il offre aux patients les soins et l’encadrement dont ils ont tant besoin.

Cela est-il possible à Campbellton, dans le contexte décrit par l’ombudsman? Des ressources supplémentaires (financières et humaines) peuvent-elles remettre le train sur ses rails?

Avant de déménager le centre de Campbellton à Moncton, il faut obtenir des réponses à ces questions et surtout savoir si les améliorations et le changement de culture annoncés par le Réseau de santé Vitalité portent leurs fruits.

Le ministre de la Santé, Ted Flemming, a pris une sage décision en retenant les services d’un expert d’Ottawa pour examiner les questions soulevées par l’ombudsman. Nous attendons de sa part un rapport neutre et apolitique, qui n’aura pas été téléguidé par une volonté politique d’arracher des services à la région du Restigouche.

Cela dit, on en revient en fin de compte toujours au même point. Nos enfants ont droit à des soins appropriés. Il faut que ce centre d’excellence accomplisse sa mission et offre les meilleurs services disponibles en santé mentale.

À Campbellton ou ailleurs.