Construire, pas détruire

La Municipalité régionale de Tracadie connaît sa part de problèmes. Dernière controverse en date: une ex-conseillère municipale lance une pétition pour un plébiscite portant sur une possible défusion.

Norma McGraw et les citoyens qui appuient sa cause affirment que les résidents des 18 anciens districts de services locaux (DSL) qui ont joint Tracadie en 2013 se sentent délaissés. Ils estiment que des promesses n’ont pas été tenues et que c’est surtout la ville-centre qui profite des avantages de la fusion.

Un détail frappe l’imaginaire. Mme McGraw a siégé au sein du conseil municipal de la ville fusionnée et était même considérée comme une alliée du polarisant maire Denis Losier. De plus, on retrouve parmi ses appuis Jean-Rhéal Brideau, de Haut-Rivière-du-Portage, et Linus Robichaud, de Val-Comeau. Les deux ont fait campagne en faveur du regroupement.

Nous ne parlons donc pas ici de citoyens qui s’opposaient à la fusion depuis le début et qui sont amers du résultat du vote de 2013. Au contraire, ils ont cru au projet.

Leurs doléances sont compréhensibles.

Tracadie a eu d’autres chats à fouetter dans les dernières années. Entre une vague de démission au sein de sa brigade de pompiers, des états financiers jugés non fiables par le maire, d’importants déficits et toute la saga du chapiteau, on devine que les priorités des résidents des anciens DSL ont été plus d’une fois balayées sous le tapis.

Mais à la base, le problème reste toujours le même: l’argent.

Le gouvernement provincial n’offre à peu près aucun incitatif aux DSL pour se municipaliser. Les citoyens derrière les projets de fusions municipales doivent faire des miracles pour convaincre la population des bienfaits de telles initiatives et atténuer leurs craintes.

L’un des rares atouts à leur disposition provient du gouvernement fédéral: le remboursement du Fonds de la taxe sur l’essence, auquel les DSL n’ont pas droit.

Cet argent doit servir à financer des travaux d’infrastructures bien précis que l’on retrouve souvent dans les villes mais pas dans les DSL, comme les systèmes d’eau et égout par exemple. Il n’est pas question de saupoudrer les dollars à gauche et à droite pour asphalter un bout de rue ici ou améliorer les heures d’ouverture d’un centre communautaire là.

Ces problèmes ne sont pas uniques à Tracadie. La plupart des communautés qui ont passé par un processus de fusion ont vécu des problèmes à un moment ou l’autre.

Les citoyens se font des attentes et sont invariablement déçus. C’est une chose de dire qu’une municipalité unie sortira gagnante et grandie à long terme. Mais en attendant, au quotidien, peu de choses changent pour les citoyens des plus petits quartiers, à l’exception notable de leur compte de taxes.

La grogne peut persister longtemps. À Edmundston, un groupe de citoyens du quartier Saint-Basile a mené campagne en 2016 et en 2017, soit près de deux décennies après le regroupement, afin de convaincre le gouvernement provincial d’organiser un référendum portant sur la défusion.

Le comité a été débouté, d’abord par le conseil municipal d’Edmundston, puis par celui qui était alors le ministre de l’Environnement et des Gouvernements locaux, Serge Rousselle. Celui-ci avait justifié son refus en déclarant que «le gouvernement s’est engagé à faire croître les municipalités et non pas à réduire leur territoire».

Nul doute que c’est une fin de recevoir comme celle-là qui attend les pétitionnaires des anciens DSL de Tracadie.

Norma McGraw (l’auteure principale de la pétition) en est probablement consciente. Elle admet sans hésiter qu’elle veut faire pression sur le conseil municipal afin qu’il porte plus attention aux besoins des résidents des quartiers ruraux.

Les citoyens des anciens DSL de Tracadie ont des attentes, se sentent ignorés et exigent du changement. De son côté, le maire reconnaît la situation et s’engage à leur offrir une juste part des fonds disponibles. Il blâme certains membres de son conseil municipal, qu’il accuse de bloquer des investissements destinés à ces derniers.

Tout cela nous laisse croire qu’il est possible de trouver des solutions satisfaisantes sans sortir l’arme atomique de la défusion. Il suffit de se parler et d’être à l’écoute.

La distribution des fonds et des investissements est source d’irritants dans toutes les municipalités au Nouveau-Brunswick, fusionnées ou non.

Il n’y a jamais assez d’argent pour satisfaire tout le monde. Chaque conseil municipal reçoit nombre de pétitions au cours de son mandat de la part de citoyens qui veulent faire entendre leur voix.

Le défi est de trouver un compromis.

La Municipalité régionale de Tracadie y arrivera, comme le font les autres villes et villages de la province. En attendant le jour où Fredericton se décidera à offrir des incitatifs dignes de ce nom pour favoriser la pleine municipalisation du territoire.

Ce n’est pas demain la veille.