Un million très bien dépensé

Le bureau de la vérificatrice générale du Nouveau-Brunswick est le meilleur ami du contribuable. Il est celui qui vous permet de savoir si l’argent de vos impôts est correctement dépensé ou s’il est gaspillé par des gouvernements qui préfèrent que vous n’en sachiez rien. Sauf que quelque chose a changé dans les derniers mois. Le gouvernement Higgs ne le considère pas comme étant son ennemi. C’est là une bonne nouvelle.

La plupart des premiers ministres qui se sont succédé au Nouveau-Brunswick ont toujours vu le vérificateur général en poste comme étant une sorte d’empêcheur de tourner en rond. Ses rapports annuels sont attendus avec autant d’impatience qu’une visite chez le dentiste.

La vérificatrice générale actuelle, Kim MacPherson, en sait quelque chose. Elle a passé les quatre dernières années à vivre des tensions avec le gouvernement libéral de Brian Gallant.

Lors de l’exercice financier 2014-2015, Mme MacPherson avait émis des préoccupations majeures au sujet de la comptabilité du ministère des Finances, qu’elle avait qualifiée de «non conforme» aux normes canadiennes. Cela l’avait poussé à émettre une opinion «avec réserve» au sujet des états financiers, une première en 17 ans pour le Nouveau-Brunswick.

La relation difficile entre les deux camps s’était pratiquement transformée en guerre ouverte à compter de 2015, quand la vérificatrice avait annoncé qu’elle défoncerait son budget de quelque 400 000$ afin d’aller au fond de l’affaire Atcon, dans laquelle le gouvernement provincial avait englouti plus de 70 millions $ à l’époque du premier ministre libéral Shawn Graham.

Mme MacPherson avait pris soin de préciser qu’elle ne demanderait à personne la permission de dépenser des fonds supplémentaires. Cela avait poussé le ministre Donald Arseneault à tenter de la ramener à l’ordre, en lui disant de se contenter de son budget.

Chris Collins, qui était alors président de l’Assemblée législative, avait ensuite déclaré être «déçu» et «choqué». Il avait ordonné une rencontre avec la vérificatrice afin de lui rappeler ses obligations budgétaires.

Tout cela est en train de changer.

Le premier ministre progressiste-conservateur Blaine Higgs croit qu’il est plus utile d’utiliser l’expertise de la vérificatrice générale plutôt que de la combattre.

Son programme électoral fait une belle part à son bureau. Plusieurs engagements font directement référence à celui-ci ou à ses recommandations passées, dans des domaines aussi variés que l’industrie forestière, le développement économique et bien sûr les finances publiques.

La promesse la plus importante concerne le budget de la vérificatrice. Blaine Higgs s’est engagé à l’augmenter de 250 000$ par année pendant quatre ans.

Il y a quelques jours, M. Higgs a toutefois confirmé que Mme MacPherson ne devra pas attendre si longtemps. Son budget augmentera de 2,3 à 3,3 millions $ d’un coup. On devine que le fait que le gouvernement est minoritaire, et qu’il n’a donc aucune garantie qu’il restera en place pendant quatre ans, a poussé celui-ci à presser le pas.

Cette nouvelle est majeure.

À titre d’exemple, Kim MacPherson a réclamé en 2015 une augmentation modeste de 100 000$ à son budget au gouvernement libéral. Elle avait expliqué qu’avec un peu plus d’argent, son bureau pourrait «en faire tellement plus. Nous ne faisons qu’effleurer la surface.»

Peine perdue, sa requête avait été rejetée.

Il est incroyable que les gouvernements n’utilisent pas les conclusions de la vérificatrice générale à leur avantage, en particulier dans les deux premières années de leur mandat, quand les rapports touchent surtout l’oeuvre du gouvernement précédent.

Le premier ministre devrait chaque année se réjouir publiquement d’avoir un outil qui lui permet de mieux gouverner et d’être plus efficace ainsi qu’annoncer fièrement à la population qu’il mettra en oeuvre ses recommandations.

Bref, agir comme s’il pouvait prendre le crédit pour le travail de la vérificatrice plutôt que de l’accueillir en étant sur la défensive.

Une nouvelle ère se dessine dans les relations entre le gouvernement et la vérificatrice. Nous devons nous en réjouir.

Nous profitons toutefois de l’occasion pour rappeler que ce bureau n’était pas le seul à être sous-financé. L’ombudsman du Nou­veau-Brunswick a déjà déclaré que le sien a déjà «coupé jusqu’à l’os» alors que celui de la commissaire aux langues officielles peine à remplir ses fonctions, son budget étant aujourd’hui à peu près le même que lors de la création du poste, en 2003.

Les chiens de garde de la législature sont importants. L’annonce de la hausse du budget du bureau de la vérificatrice générale est positive et importante. Il est temps que l’on cesse d’affamer petit à petit les autres fonctionnaires indépendants et qu’ils soient financés à leur tour à la hauteur de leurs importantes responsabilités.