Le NPD coule à pic

Le Nouveau Parti démocratique du Nouveau-Brunswick a montré la porte à sa chef Jennifer McKenzie. Un congrès à la direction aura lieu dans les prochains mois. Cela ne changera toutefois rien au fait que le parti est moribond.

La chef Jennifer McKenzie a remis sa démission, au début de la semaine, après avoir appris que son parti avait ordonné une nouvelle course à la direction.

Mme McKenzie aurait pu techniquement présenter sa candidature et demander à ses partisans de la réélire. On comprend toutefois qu’après une telle claque au visage de la part des dirigeants de sa formation politique, elle a préféré remettre sa démission avec effet immédiat.

La soirée électorale du 24 septembre 2018 n’a pas été de tout repos pour le NPD, lequel n’a fait élire aucun député et n’a obtenu que 5% des voix. Mme McKenzie a terminé troisième dans sa circonscription.

Ces résultats sont catastrophiques. Dans ces circonstances, on comprend le NPD d’avoir fait ce que tout bon parti traditionnel fait à la suite d’une débâcle électorale: blâmer le chef.

L’ennui, c’est que le problème du NPD n’en est pas un de leadership. Il en est plutôt un de pertinence.

Jennifer McKenzie a fait une campagne électorale sérieuse. Elle était bien préparée, connaissait bien ses dossiers et a bien paru pendant les débats télévisés.

Notons qu’elle a appris le français en moins de deux ans. Le premier ministre en poste et la presque totalité de ses ministres ne peuvent en dire autant.

Mme McKenzie ne l’a pas eu facile. Elle a pris en charge une formation politique qui était en lambeaux à la suite du règne de Dominic Cardy. Celui-ci avait quitté en claquant la porte, en se plaignant des guerres intestines au sein du NPD ainsi qu’en critiquant le fait que son parti refusait de le suivre vers le centre du spectre politique.

À la suite du départ de M. Cardy (aujourd’hui ministre de l’Éducation du gouvernement progressiste-conservateur), ça ne s’est pas exactement bousculé aux portes pour lui succéder.

Jennifer McKenzie a été l’unique candidate. Lors d’une rencontre éditoriale avec l’Acadie Nouvelle en 2017, elle avait confié que la décision de mettre sa carrière d’ingénieure sur la glace pour se lancer en politique active n’avait pas été évidente. C’est d’ailleurs le NPD qui l’a approchée pour la convaincre de devenir chef, et non l’inverse.

Une fois en poste, la nouvelle patronne s’était donné le mandat de tourner la page sur le tumultueux règne de son prédécesseur en ramenant le NPD plus à gauche, plus près de ses racines socialistes.

Les résultats n’ont pas suivi. Malgré quelques scores intéressants, en particulier dans le Nord-Est, le NPD a été rayé de la carte électorale, comme ç’a été le cas à toutes les élections provinciales au Nouveau-Brunswick depuis 2006.

Depuis la démission d’Elizabeth Weir en 2004, Allison Brewer, Roger Duguay, Dominic Cardy et Jennifer McKenzie (plus quelques dirigeants intérimaires) ont été chef du parti. Cela signifie que le prochain leader sera le cinquième en 15 ans.

Les néo-démocrates cherchent un sauveur, une sorte d’Elizabeth Weir version 2019 qui sera capable de se faire élire dans sa circonscription. Ou plus, précisément, ils tentent de copier la formule du Parti vert, qui a fait élire son chef David Coon en 2014, puis deux candidats supplémentaires en 2018.

Or, ils font fausse route. Le problème n’est pas le chef. Leur défi est plutôt de se réinventer.

Le NPD estime être le seul véritable parti de gauche au Nouveau-Brunswick. Il refuse d’accepter qu’aux yeux d’une bonne partie de l’électorat, les verts occupent désormais cette place.

Après des décennies de bipartisme, l’électorat néo-brunswickois est enfin prêt à s’ouvrir un peu aux tiers partis. Mais le NPD n’a pas su profiter de cette vague. Celle-ci a plutôt profité au Parti vert et à la People’s Alliance.

Le NPD n’a obtenu que 5,1% des votes lors du scrutin de 2006 (le premier après la retraite de Mme Weir), ce qui lui a tout de même assuré par défaut la troisième position. Il a obtenu 10,41% des votes en 2010, 12,98% en 2014 (avec Dominic Cardy) avant de retomber à 5,1% l’année dernière.

Les pronostics sont sombres pour le parti orange. Il est 5e dans les intentions de vote. Le Parti vert, qui pige en plein dans l’électorat traditionnel du NPD, jouit de beaucoup plus de visibilité et, surtout, de crédibilité.

Changer de chef à ce point-ci revient à congédier le chef d’orchestre du Titanic après que le navire a frappé l’iceberg.

Le NPD est en train de couler et il n’y a aucune bouée ou canot de sauvetage à bord. L’électorat l’a compris. Mais pas les apparatchiks du parti, qui continuent de croire qu’un meilleur chef plus charismatique et plus socialiste suffira à renverser la vapeur.