Sortez la partisanerie de l’immersion française

Nouveau gouvernement, nouveau débat sur l’immersion française dans les écoles anglophones du N.-B. Il semble que ce soit impossible d’y échapper.

«Les choses changent tous les deux ou trois ans. Ils (parents, élèves et administrateurs) sont un peu fatigués de cette situation.» Cette déclaration à propos des multiples changements dans le système d’immersion provient du député libéral Hédard Albert, qui a été cité dans les pages de l’Acadie Nouvelle… en 2012. Sept ans plus tard, non seulement rien n’est réglé, mais un autre ministre s’apprête à imposer ses quatre volontés.

Les anglophones (et un petit peu les francophones) débattent du point d’entrée en immersion depuis plus d’une décennie au Nouveau-Brunswick. Bilinguisme officiel, partisanerie et relations de travail sont au coeur du problème.

Jusqu’en 2008, le programme d’immersion française débutait dès la première année scolaire. C’est un gouvernement libéral, celui de Shawn Graham, qui a joué le premier joué à l’apprenti sorcier. Il a décidé de l’abolir en le remplaçant par des cours intensifs à compter de la 5e année.

La décision avait suscité la colère de nombreux parents. Une poursuite en justice a été intentée et a forcé le gouvernement Graham à reculer en partie. Le programme a été remis en place, mais cette fois à compter de la 3e année.

Une fois au pouvoir, le gouvernement progressiste-conservateur du premier ministre David Alward a mandaté un groupe de travail afin de déterminer le meilleur point d’entrée.

Le rapport a recommandé en 2012 de ramener celui-ci à la 1re année. Le gouvernement Alward a choisi de l’ignorer.

À son arrivée au pouvoir en 2014, le libéral Brian Gallant a reconnu que les décisions prises par les libéraux en 2008 constituaient une erreur et a donc ramené tout le monde à la case départ: immersion précoce offerte à tous dès la 1re année.

L’opposition a senti les libéraux vulnérables sur cette question. Une fois devenu chef en 2016, Blaine Higgs a consacré l’essentiel de ses premières périodes de questions à la législature à critiquer la mesure.

De leur côté, les libéraux n’avaient pas prévu que ramener le point d’entrée à la 1re année provoquerait une pénurie d’enseignants qualifiés.

Le dossier soulève des passions dans l’électorat anglophone.

En ce sens, cela ressemble un peu à la controverse d’Ambulance NB. Un problème véritable de pénurie de personnel a été politisé à l’extrême. Les politiciens n’ont pas hésité à souffler sur les braises linguistiques. Des enseignants unilingues voient leurs perspectives d’emplois diminuer par la présence de ces cours d’immersion. Alors qu’il était dans l’opposition, Blaine Higgs avait critiqué le fait que des enseignants québécois sont appelés en renfort dans les classes…

L’enjeu est prioritaire pour le nouveau ministre de l’Éducation, Dominic Cardy. Celui-ci a d’abord entrepris une consultation pour connaître l’avis de la population. Celle-ci a toutes les apparences d’être bidon, tant le ministre semble déjà avoir son idée de fait.

Un sondage en ligne comprend des questions qui téléguident le répondant à dire qu’il est en faveur d’un retour à l’immersion à partir de la 3e année. M. Cardy a aussi comparé la situation actuelle à «un avion qui se dirige rapidement vers le sol».

Néanmoins, le fait demeure qu’il y a un problème véritable d’apprentissage de la langue seconde au Nouveau-Brunswick. Une majorité d’élèves anglophones reçoivent leur diplôme en 12e année sans être capables de soutenir une discussion en français, et encore moins de travailler dans cette langue.

Cela contribue à entretenir une certaine méfiance à l’égard du bilinguisme officiel au N.-B. et à entretenir le mythe voulant qu’un unilingue anglophone ne puisse devenir fonctionnaire dans notre province.

C’est sans doute trop attendre d’un programme d’immersion qu’il bilinguise une génération d’élèves, peu importe qu’il débute en 1re, en 3e ou en 5e année.

Néanmoins, de nombreux rapports, y compris un qui a été commandé par un précédent gouvernement conservateur, démontrent qu’exposer les enfants à une langue seconde dès leur plus jeune âge, au moment où leur cerveau fonctionne comme une éponge, est la meilleure option.

Il existe des problèmes. Nous invitons le gouvernement à trouver des solutions pratiques – comme il l’a finalement fait avec Ambulance NB – au lieu de poursuivre, pour des raisons politiques, cette fixation du retour à tout prix au point d’entrée à la 3e année.

Il faut investir dans la formation et dans le recrutement d’enseignants qualifiés, améliorer le programme à long terme et cesser de faire de cette question un enjeu partisan.