Tracadie a besoin d’aide

On ne s’ennuie décidément pas à Tracadie. Les anciens DSL annexés se plaignent d’être les grands perdants de la fusion, le maire a réclamé que sa municipalité soit placée sous tutelle et le ministre responsable a suggéré qu’il démissionne. Tout ça en moins de deux semaines.

Le maire Denis Losier a causé une onde de choc en écrivant une lettre au ministère de l’Environnement et des Gouvernements locaux dans laquelle il a demandé la mise sous tutelle de la Municipalité régionale de Tracadie.

La demande a été rejetée en raison d’une formalité. Le maire a pris cette initiative sans avoir l’appui de son conseil municipal.

Le ministre Jeff Carr a profité de l’occasion pour envoyer un message à M. Losier. S’il se sent incapable de régler la crise, il devrait songer à démissionner au lieu de réclamer la prise en charge de sa municipalité par le gouvernement.

Sur le fond, le ministre a raison.

Les mises en tutelle ne sont pas exceptionnelles au Nouveau-Brunswick. Elles surviennent même assez régulièrement.

Dans le Haut-Madawaska, des municipalités comme Saint-Hilaire (2010 et 2015) et Baker Brook (2009 et 2013) se sont retrouvées sous la gouverne d’un fonctionnaire après avoir été incapables d’obtenir le quorum. Ces deux villages se sont éventuellement regroupés avec Saint-François-de-Madawaska et Clair pour former la municipalité de Haut-Madawaska. Lac-Baker (2007), Petit-Rocher (1999) et bien d’autres communautés se sont aussi déjà retrouvées dans cette situation peu enviable.

Généralement, ce genre d’événements se produit quand un groupe d’élus municipaux, souvent des conseillers opposés au maire, démissionnent en bloc. Il n’y a plus de quorum et, en attendant la tenue d’élections, le gouvernement prend le contrôle pour assurer les affaires courantes, signer les chèques, etc.

Cela ne s’applique pas à Tracadie.

Une situation plus semblable est survenue en 2013 à Perth-Andover, quand le conseil municipal avait fait une demande officielle de tutelle en raison de conflits entre le maire et les conseillers. Le maire avait fait la proposition qui avait ensuite été adoptée par le reste du conseil. Fredericton avait toutefois refusé d’y donner suite.

En 2013, le nouveau maire de Sainte-Marie-Saint-Raphaël, Conrad Godin, s’est retrouvé devant un gouffre financier, avec des livres qui ne balançaient pas et un conseil méfiant à son égard. Des rumeurs de tutelle ont circulé, mais le Village a finalement réglé ses problèmes seul.

Ce retour en arrière nous démontre que Tracadie est loin d’être la seule municipalité à éprouver des ennuis, financiers ou autres. Et les conflits qui divisent son conseil municipal ne sont pas uniques dans les annales de la province.

S’il fallait que des fonctionnaires débarquent avec leurs gros sabots dans les salles d’assemblées municipales chaque fois que des conseillers et un maire ne s’entendent pas ou qu’une municipalité vit une situation financière difficile, le nombre de tutelles exploserait au Nouveau-Brunswick.

À Tracadie, la personnalité du maire Losier rend toutefois le dialogue encore plus compliqué. Il multiplie les coups d’éclat. Ses intentions sont bonnes, mais il a échoué à rassembler son conseil derrière sa vision.

Son appel à la mise en tutelle peut être vu comme un appel à l’aide, d’où la réaction du ministre.

Pour être clair, l’Acadie Nouvelle ne réclame pas la démission du maire Losier, ni celle d’ailleurs des autres membres du conseil. Tout ce beau monde a été dûment élu. C’est aux électeurs de Tracadie de décider en qui ils ont confiance.

Leurs élus municipaux doivent s’élever au-delà de leurs différences et trouver une façon de travailler pour le bien de la communauté.

La tutelle n’est pas la réponse aux problèmes du Tracadie. Du moins, pas encore. Néanmoins, le gouvernement ne pourra pas s’en laver éternellement les mains.

Il y a des nuages sombres à l’horizon. La Municipalité régionale de Tracadie risque à moyen terme d’être incapable de faire face aux nouvelles responsabilités dont elle héritera en raison de la fusion, en particulier l’entretien de 500 nouveaux kilomètres de route. Elle aura besoin de l’aide de la province.

Cela n’aurait rien d’inédit. À la suite de la fusion forcée de 1998, la Ville d’Edmundston avait obtenu 500 000$ par année pendant quatre ans afin de payer des consultants pour amorcer l’amalgamation des conventions collectives (la fusion impliquait quatre municipalités différentes), les arrêtés municipaux, les politiques administratives, etc.

En intervenant ainsi, Fredericton reconnaissait que réaliser un regroupement ne se fait pas en criant ciseaux et qu’un appui financier et technique externe est nécessaire.

La Municipalité régionale de Tracadie a clairement besoin d’un coup de pouce. Le gouvernement du Nouveau-Brunswick ne doit pas attendre qu’elle frappe le mur avant de l’aider à se relever.