Ça va bien pour le PC

Après des débuts chaotiques, les choses se replacent pour le premier ministre Blaine Higgs et son gouvernement progressiste-conservateur. Cela se reflète dans la faveur de l’électorat à son égard. Et les choses pourraient encore s’améliorer.

Les résultats d’un sondage de la firme Corporate Research Associates dévoilés il y a moins d’une semaine démontrent que le Parti progressiste-conservateur peut compter sur l’appui de 42% des électeurs décidés, loin devant les libéraux. Ces chiffres rejoignent ceux d’autres firmes depuis le début de l’année.

Sans vouloir enlever de crédit à qui que ce soit, le contraire aurait été surprenant. D’ail­leurs, l’écart qui sépare le PC des libéraux est plus serré qu’il ne l’était en 2015 après la prise du pouvoir de Brian Gallant.

Au Nouveau-Brunswick, les premiers ministres et les gouvernements nouvellement arrivés en poste jouissent toujours d’une sorte de lune de miel. Un leader comme Shawn Graham a constamment été considéré moins populaire que son adversaire Bernard Lord… jusqu’à son triomphe de 2006. Quelques mois plus tard, il était le chef politique le plus populaire au Nouveau-Brunswick!

À l’inverse, un parti défait devient soudainement moins attirant aux yeux des électeurs. Le premier ministre sortant remet sa démission et une période d’incertitude s’amorce alors. Des chefs par intérim comme Denis Landry (qui dirige présentement le Parti libéral) ou Jeannot Volpé (à la tête du PC de 2006 à 2008) ne peuvent de façon réaliste faire bouger l’aiguille.

C’est seulement après qu’un nouveau chef est élu que sa capacité à incarner le renouveau peut permettre une relance de sa formation.

Cela dit, tout cela n’est pas automatique. Si le gouvernement Higgs a gagné en popularité, c’est aussi parce qu’il a jusqu’à maintenant livré la marchandise.

Le principal enjeu à laquelle il a fait face concerne les ambulances. Il avait d’abord choisi d’enlever des droits linguistiques à la population francophone, avant de se raviser.

La controverse n’a pas nui à la popularité du parti dans le sud anglophone.

Il est toujours aussi impopulaire dans les régions francophones (23% d’appuis chez les francophones, contre 49% pour les libéraux, selon CRA), mais il ne pouvait pas descendre beaucoup plus bas de toute façon après une campagne désastreuse dans la langue de Molière (incapacité du chef à participer à un débat en français, rapprochement avec la People’s Alliance, promesses linguistiques controversées, etc).

Le règlement de la question des ambulances a enlevé à l’Alliance son principal cheval de bataille et enlevé une épine au pied du gouvernement. Celui-ci peut désormais se concentrer sur son agenda et espérer réaliser d’autres gains.

Déjà, le gouvernement Higgs a survécu à un test important en faisant adopter un premier discours du Trône. Il a aussi réussi à annuler les Jeux de la Francophonie de Moncton-Dieppe de 2021. Surtout, il a présenté un budget des infrastructures austère, dans lequel il a mis fin à plusieurs projets longtemps attendus, nécessaires (pensez aux rénovations dans les écoles) et qui jouissent de l’appui de la population, sans que cela n’entache sa popularité.

Nous avons donc ici un gouvernement bien en selle, qui se sent suffisamment confortable pour provoquer des disputes avec les libéraux fédéraux et qui agit comme s’il était majoritaire.

Les choses vont bien. Et elles risquent d’aller encore mieux dans un avenir rapproché.

En effet, le gouvernement Higgs déposera la semaine prochaine son budget provincial. On ne doit pas s’attendre à un exercice électoraliste avec distribution de bonbons aux électeurs. Au contraire, le budget d’infrastructures de décembre 2018 est probablement un bon indicateur de ce qui nous attend mardi.

Cela dit, un budget n’est pas qu’un énoncé de chiffres et de nombres. C’est aussi un puissant outil politique. Pour le gouvernement, il s’agit de la meilleure occasion de l’année pour donner le ton et détailler ses priorités. Cela, alors que l’opposition libérale est affaiblie, que le Parti vert gagne du terrain chez les francophones ainsi que dans le Nord et que la People’s Alliance plafonne.

La perspective d’un gouvernement Higgs majoritaire ne semble plus aussi lointaine.

Nous n’en sommes toutefois pas encore là. Le premier ministre devra éviter les pièges. Une éventuelle grève des foyers de soins qui pourrait s’étirer, quelques coups de hache dans des programmes sociaux populaires et l’arrivée prochaine d’un nouveau chef libéral pourraient toujours renverser la tendance.

Néanmoins, en faisant adopter un budget (avec l’aide de la People’s Alliance), les progressistes-conservateurs s’imposeront encore plus dans l’esprit de la population.

Surtout, ils auront en main des mesures et des réalisations – baisses de taxes, équilibre budgétaire, etc. – qu’ils pourront vendre aux électeurs, autant ceux déjà conquis que ceux qui restent sceptiques et qui constituent la clef d’un gouvernement progressiste-conservateur majoritaire.