L’électrochoc dont les libéraux ont besoin

La course à la direction du Parti libéral du Nouveau-Brunswick a débuté il y a déjà quelques semaines. Mais dans les faits, elle a vraiment commencé vendredi midi à Miramichi, avec l’annonce du candidat Kevin Vickers.

Il faut bien l’avouer, la course au leadership libéral est tout sauf excitante.

Elle ne comptait que deux candidats déclarés: l’entrepreneur Gaétan Pelletier et René Ephestion, directeur général de la Maison Nazareth. Si nul ne remet en question leurs qualités, le fait demeure qu’ils ne peuvent être décemment qualifiés de candidats vedettes. La plupart de nos lecteurs seraient bien en mal de les reconnaître s’ils les surprenaient en train de déambuler dans leur quartier.

D’ailleurs, M. Ephestion était celui qui a attiré le plus d’attention médiatique, sauf que ce n’était pas pour de bonnes raisons. L’Acadie Nouvelle a révélé en février qu’il n’avait toujours pas obtenu sa citoyenneté canadienne, ce qui pourrait avoir pour effet de le disqualifier de la course.

Quant à Gaétan Pelletier… il vient d’abandonner la course pour donner son appui à Kevin Vickers!

La situation dans laquelle se trouvent les libéraux est préoccupante.

Voilà pourtant une formation politique qui n’a fait élire qu’un seul député de moins que le parti qui forme présentement le gouvernement, qui jouit d’une forte base dans les régions francophones et qui fait face à un gouvernement minoritaire.

Il aurait été permis de croire que les candidats de fort calibre se seraient bousculés au portillon. C’est tout le contraire. Nous som­mes à des années-lumière de l’affrontement entre Camille Thériault, Bernard Richard et Greg Byrne, en 1998, ou du duel entre Brian Gallant et Michael Murphy en 2012.

En 2016, pas moins de sept candidats ont tenté de devenir chef du Parti progressiste-conservateur. Parmi ceux-ci, deux députés (le gagnant Blaine Higgs et le controversé Jake Stewart), un ancien maire de Saint-Jean (Mel Norton), une avocate (Monica Barley) et un ancien député fédéral (Mike Allen).

On trouvait de tout dans ce groupe. Des candidats centristes, d’autres plus extrémistes, des bilingues et des unilingues, de la jeunesse et de l’expérience, etc. Bref, tout ce qu’il faut pour revitaliser un parti politique et énergiser sa base militante.

On ne retrouve rien de tel dans la campagne au leadership des libéraux. C’est pourquoi la tentative de Kevin Vickers de devenir chef est si importante pour ce parti.

Gardons-nous toutefois une gêne avant de le nommer premier ministre-en-attente.

Kevin Vickers a vécu la crise de Burnt Church en 1998 en tant que policier, il est considéré comme un héros pour avoir abattu un tireur fou au Parlement en 2014 et il était jusqu’à il y a quelques semaines l’ambassadeur du Canada en Irlande.

Un curriculum vitae comme personne d’autre n’en possède au Nouveau-Brunswick.

Ses idées politiques restent toutefois vagues.

Ce n’est pas anormal. Kevin Vickers n’allait quand même pas vider son sac de promesses avant d’officialiser sa candidature.

Son discours de Miramichi, vendredi midi, était pour lui une façon d’offrir une première impression aux électeurs néo-brunswickois.

Il a levé un peu le voile sur ses priorités. On comprend qu’il accordera une plus grande considération à équilibrer les finances de la province que l’ancien premier ministre Brian Gallant.

Il accorde aussi de l’attention aux enjeux environnementaux, se dit socialement progressiste et affirme que la justice et la sécurité sont pour lui des enjeux fondamentaux.

Mais est-il prêt à investir plus d’argent dans les programmes sociaux et dans les infrastructures, comme le privilégiait son prédécesseur? Quelles sont exactement ses idées en ce qui a trait les grands dossiers qu’il a lui-même identifiés (l’économie, la démographie, la fiscalité, l’éducation, la santé et l’environnement)? Et surtout, comment s’y prendra-t-il pour rassurer ceux qui doutent de la capacité de ce néophyte en politique à diriger le gouvernement du Nouveau-Brunswick?

Cela reste encore à découvrir.

Remarquez, son manque d’expérience en politique pourrait bien devenir une force au lieu d’être une faiblesse.

Tout comme René Ephestion, Kevin Vickers n’est pas identifié à la vieille garde (même s’il a l’appui de celle-ci), laquelle a mené le parti à la défaite lors des dernières élections. Il peut aussi compter dans son camp sur la presque totalité du caucus libéral.

Il y a là pour les rouges une occasion de repartir à neuf sur de nouvelles bases, avec de nouvelles idées. Et surtout, de démontrer qu’ils ont bien saisi le message de l’électorat.