Pour un budget humain

C’est jour de budget, et deux fois plutôt qu’une au Nouveau-Brunswick, alors que tant Ottawa que Fredericton ont choisi de présenter mardi leurs chiffres et leurs intentions. Le budget provincial étant historiquement celui qui a le plus grand impact sur le portefeuille et la qualité des services des Néo-Brunswickois, il sera suivi de près.

Le premier budget d’un gouvernement a une importance particulière. Il permet normalement de réaliser deux choses. D’abord, remplir quelques engagements parmi les plus importants et qui ont contribué à mener le parti vers le pouvoir. Ensuite, profiter du fait que l’électeur moyen n’a pas beaucoup de mémoire pour annoncer tôt dans le mandat des décisions impopulaires: hausses de taxes, compressions budgétaires, etc.

Que nous réserveront le premier ministre Blaine Higgs et son ministre des Finances Ernie Steeves?

Le budget étant par tradition un document confidentiel jusqu’à son dévoilement, il est impossible de deviner avec certitude ce qui nous attend. Il y a néanmoins plusieurs choses à surveiller.

L’élément le plus important de l’exercice sera l’ampleur du surplus budgétaire prévu.

Pendant la campagne électorale, Blaine Higgs s’est engagé à équilibrer les livres à compter de sa deuxième année au pouvoir, en 2020-2021, puis d’ensuite rembourser la dette d’au moins 125 millions $ par année.

Déjà, l’exercice financier actuel se terminera avec un surplus, quoiqu’il s’agisse surtout d’une combinaison de facteurs qui ont peu à voir avec la passation des pouvoirs à Fredericton.

Le ministre Steeves a expliqué que le budget sera difficile et qu’il révisera tous les programmes afin de réaliser des économies. L’objectif n’est pas seulement de ne pas terminer l’année dans le rouge, mais aussi de dégager dès cette année un surplus important, sans doute plus élevé que ce qui a été promis pour 2020-2021.

Mais comment y arrivera-t-il? C’est ce que tous les observateurs attendent de découvrir avec impatience.

Tant le contenu du programme électoral du Parti progressiste-conservateur que des déclarations passées du chef nous donnent quelques indices à ce sujet.

Le gros des dépenses du gouvernement est consacré au système de santé. Blaine Higgs a déjà promis de ne pas fermer d’hôpitaux. Il a toutefois annoncé au début de l’année vouloir mettre fin aux dédoublements de service. Il n’a jamais dit exactement ce qu’il voulait dire par là, sinon qu’il est possible à ses yeux d’améliorer les soins tout en réduisant les coûts.

Cela pourrait signifier que le ministère de la Santé devra se contenter d’une hausse minime de son financement, voire même d’un gel.

Nous savons aussi que le gouvernement Higgs n’a pas l’intention d’augmenter les taxes et les impôts. Au contraire, il fait campagne contre la tarification du carbone que veut imposer le gouvernement du Canada et a fait de l’élimination de l’impôt sur les petites entreprises et de la double imposition foncière des biens secondaires des éléments centraux de sa campagne électorale.

Il faut donc s’attendre à du mouvement de ce côté.

M. Higgs s’est aussi engagé à abolir par attrition des centaines d’emplois dans la fonction publique, une promesse qui est depuis plus ou moins tombée dans l’oubli. La journée pourrait nous permettre d’en savoir plus où en est rendu à la réflexion du gouvernement là-dessus.

Les progressistes-conservateurs ont aussi promis des changements dans le programme d’aide sociale et dans l’aide au développement économique. Dans ces deux cas, cela pourrait signifier faire plus ou faire différemment, mais avec moins d’argent.

Il sera aussi intéressant de voir si l’appel de la ministre du Développement social, Dorothy Shephard, a été entendu. Deux rapports indépendants ont dressé un portrait sombre du système de protection de l’enfance, dont elle a la responsabilité.

Elle avait affirmé ne pas imaginer comment son ministère pourrait perdre du financement sans que les services en souffrent. Le genre de sortie que l’on voit rarement de la part d’un ministre.

Ce dossier, de même que quelques autres, nous démontera à quel point le gouvernement Higgs peut voir au-delà des chiffres.

Nous avons élu un gouvernement progressiste-conservateur qui a fait d’une saine gestion financière sa priorité. Mais il s’agit aussi d’un gouvernement minoritaire. Le Parti progressiste-conservateur n’est même pas la formation qui a obtenu le plus grand nombre de votes lors du dernier scrutin. Il devra en tenir compte avec son premier budget, en mettant de l’avant son programme, mais aussi en montrant un visage humain.

Il est important d’équilibrer les livres et de payer notre dette de plus de 14 milliards $. Mais il est encore plus crucial de trouver une façon de le faire tout en évitant des compressions sauvages qui feront des victimes parmi les plus défavorisés.