Budget moins dur que prévu

Le gouvernement provincial a livré un budget comme l’aime le premier ministre Blaine Higgs: surplus budgétaire, croissance limitée des dépenses et aucune hausse de taxes. C’est aussi un budget qui démontre qu’il n’est pas si simple de dégager des centaines de millions de dollars en surplus ou d’effectuer des compressions budgétaires.

Nulle part ce constat n’est-il plus clair que dans la décision du ministre des Finances Ernie Steeves de briser une promesse électorale majeure de son parti concernant la diminution de la dette provinciale.

Il prévoit un surplus de 23 millions $ et un remboursement de 49 millions $ sur la dette. Ce paiement, le premier du genre en 13 ans, est avant tout symbolique. Il ne permettra pas de diminuer de façon substantielle le montant des intérêts que la province paie annuellement à ses créanciers (677 millions $), mais c’est un départ.

Le ministre reconnaît que l’objectif de verser 125 millions $ sur la dette à compter de 2021 est plus difficile que prévu à atteindre et que ça ne surviendra pas avant la quatrième ou la cinquième année d’un mandat.

Plutôt que d’effectuer des coupes majeures pour atteindre cet objectif, le gouvernement préfère surfer sur l’augmentation des transferts de la péréquation du fédéral pour boucler son budget.

D’autres promesses largement publicisées, comme l’élimination à terme de l’impôt sur les petites entreprises et l’abolition d’une taxe imposée aux propriétaires de logements sont aussi remisées dans la case «on-ne-sait-trop-quand».

On retrouve par contre des nouvelles qui seront accueillies favorablement par la population: absence de hausses de taxe, bien sûr, l’élimination de la plaque d’immatriculation avant, le retour d’un crédit d’impôt pour les diplômés et la réduction des temps d’attentes pour certaines chirurgies.

Dans ce dernier cas, on ignore toutefois comment le gouvernement s’y prendra, le ministre Steeves ayant été avare de détails (sur ce sujet et sur bien d’autres).

Cela dit, tout cela ne doit pas nous faire oublier qu’il s’agit d’un budget de droite. Sept ministère et bureaux voient leur financement réduit, dans des domaines aussi variés que le tourisme, le développement économique et les ressources naturelles.

Beaucoup d’importance est accordée aux chiffres, pendant que des économies sont réalisées sur le dos des personnes parmi les plus vulnérables de notre société.

Des programmes visant le bien-être des enfants, le soutien des personnes avec un handicap, l’aide sociale et les services d’habitation verront leur budget diminuer.

Notons tout de même les propos de la ministre responsable, Dorothy Shephard, qui assure que personne ne se verra refuser les services dont il a besoin, que les taux d’aide social ne seront pas réduits et que des fonds seront réservés afin de mettre en oeuvre des recommandations visant à corriger de nombreuses lacunes au sein des services de protection de l’enfance.

Le ministère de la Santé doit de son côté se débrouiller avec une hausse de son financement de 1,8%. C’est pratiquement un gel. Si le ministre Steeves a été muet sur les intentions de son gouvernement, il est évident que cela aura des conséquences négatives à moyen terme jusque dans les hôpitaux.

Ce n’est pas le budget d’un gouvernement qui veut s’acheter une majorité aux prochaines élections. Ce n’est pas non plus un budget d’austérité qui fera passer une année misérable aux progressistes-conservateurs.

Il n’est pas dans la même lignée que celui des infrastructures, dévoilé en décembre 2018 et dans lequel des projets majeurs, souvent nécessaires (pensez aux réparations dans les écoles) ont été annulés ou remis.

Il démontre toutefois que si Blaine Higgs continue d’accorder beaucoup d’importance à la santé financière de la province, il réalise que des impératifs politiques et sociaux l’empêchent de gouverner en tenant compte seulement de sa calculatrice.

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Un mot en terminant sur la bonification du financement du Commissariat aux langues officielles du Nouveau-Brunswick.

Le gouvernement Higgs pose un geste qui contribuera à tourner la page sur la tourmente linguistique qu’il a lui-même créée à la fin de 2018, alors qu’il avait ordonné à Ambulance NB d’abandonner ses obligations linguistiques à l’embauche dans certaines régions (il a depuis reculé sur cette question).

En permettant ainsi une hausse du budget réservé à une institution qu’il ne porte pas dans son coeur, Blaine Higgs ne fait pas que reconnaître que le commissariat a besoin de plus d’argent pour remplir son mandat.

Le premier ministre envoie aussi un message d’ouverture à l’enjeu des langues officielles et prend de la distance avec la People’s Alliance, laquelle réclame l’abolition du poste. Une annonce positive qui mérite d’être soulignée.