Avoir l’heure juste

Nous l’avons déjà écrit quelques fois en éditorial, le gouvernement Higgs a une grande qualité: il agit comme il a promis de le faire. Certaines décisions sont bonnes alors que d’autres sont mal avisées. Mais au moins, nous avons l’heure juste concernant ses intentions générales.

Il y a toutefois une exception et elle est de taille: parfois, la main droite du gouvernement ne semble pas savoir ce que la main gauche a décidé.

L’exemple le plus récent est survenu au dépôt du budget. Le ministre des Finances, Ernie Steeves, a provoqué l’étonnement en indiquant que le gouvernement souhaitait désormais terminer l’élargissement à quatre voies de la route 11, entre Cocagne et Bouctouche.

Le lendemain, le ministre des Transports et de l’Infrastructure, Bill Oliver, a toutefois affirmé qu’il y a «un peu de confusion». Il a expliqué que les travaux sont quasiment parachevés sur une section d’environ 3,6 kilomètres et que son gouvernement a l’intention d’y mettre la touche finale.

Le ministre Steeves a réagi en disant que son collègue ne parlait que de l’année financière 2019-2020 et qu’il a bel et bien l’intention de négocier avec le gouvernement fédéral afin de trouver une façon moins coûteuse – sans construire de ponts – d’élargir la route 11 jusqu’à Bouctouche.

Ce n’est évidemment pas la première fois de l’histoire politique qu’un gouvernement est forcé de corriger en catastrophe une information qu’il a lui-même partagée et qui s’avère non fondée.

En 2002, des élus municipaux ont uni leurs forces sous le nom de Coalition pour les routes du Nord afin de convaincre les gouvernements d’investir dans le réseau routier de leur région. Sous pression pendant une série d’entrevues, la ministre libérale fédérale Claudette Bradshaw a annoncé que 90 millions $ en fonds fédéraux étaient disponibles pour la région.

La nouvelle a fait les manchettes de tous les médias francophones… jusqu’à ce que la ministre dévoile qu’il s’agissait plutôt de fonds déjà engagés dans une entente fédérale-provinciale pour l’élargissement à quatre voies de la Transcanadienne.

Forcée d’expliquer qu’il n’y avait pas d’argent fédéral neuf prévu pour les routes du Nord, Mme Bradshaw avait alors blâmé les médias de «jouer à des jeux».

Bref, l’erreur est humaine, aucun gouvernement n’est immunisé et un truc vieux comme le monde est de blâmer le messager.

Ce qui est particulier avec le gouvernement Higgs est que ce genre de recul ou de confusion lui arrive plus souvent qu’à son tour, et pas seulement au détour d’une entrevue. La promesse d’élargir la route 11 de Cocagne jusqu’à Bouctouche se retrouve noir sur blanc dans le budget provincial déposé cette semaine et le ministre en a parlé très clairement lors de son point de presse.

Un incident semblable est survenu en pleine campagne électorale. Lors du dévoilement de leur programme, les progressistes-conservateurs ont annoncé qu’ils élimineront 2000 postes dans la fonction publique en quatre ans. La nouvelle a été annoncée, expliquée par des responsables du parti (les staffers) et chiffrée dans le cadre financier.

Puis, quelques heures plus tard, la formation a annoncé que l’objectif était plutôt de ne pas remplacer quelque 600 départs à la retraite. En rencontre éditoriale, le chef a ensuite précisé qu’il ne planifiait pas un nombre d’emplois absolu à éliminer.

Aujourd’hui encore, nous ne sommes pas complètement certains de que le gouvernement prévoit faire dans ce dossier.

Nous pouvons dire la même chose à propos de l’avenir du pont de Shippagan. Le premier ministre Higgs a déclaré qu’une étude est essentielle afin de déterminer si un nouveau pont est nécessaire ou si des réparations pourraient suffire.

Le lendemain, le vice-premier ministre Robert Gauvin disait plutôt aux citoyens de sa circonscription de ne pas s’inquiéter et qu’il y aura bel et bien un nouveau pont le plus rapidement possible.

Nous ignorons toujours qui dit vrai.

Une mention spéciale va au ministre de la Santé Ted Flemming, qui a révélé en décembre 2018 être prêt à ignorer les résultats d’une révision judiciaire à propos des obligations linguistiques d’Ambulance NB. Le soir même, le premier ministre précisait ne pas avoir parlé à son ministre, mais insistait pour dire que le gouvernement n’est pas au-dessus des lois. Le lendemain, il affirmait toutefois que les médias avaient mal interprété les propos de son homme de confiance.

Rien de tout ça n’est majeur. Ces incidents démontrent peut-être tout simplement que Blaine Higgs accorde plus de lest et d’autonomie à ses ministres que n’en laissait son prédécesseur libéral Brian Gallant.

Nous invitons tout de même le gouvernement à apprendre de ses erreurs. Les Néo-Brunswickois ne devraient pas s’interroger à savoir si la parole d’un ministre est suffisante ou si elle peut être contredite à n’importe quel moment par ses collègues.