Des publicités partisanes

En diffusant des publicités partisanes avec l’argent des contribuables sous le couvert d’informations publiques neutres, le gouvernement progressiste-conservateur du N.-B. s’est rendu coupable d’un péché répété par de nom­breuses autres administrations de toutes les couleurs politiques au fil des ans.

L’une des publicités en particulier fait sourire en raison de son caractère partisan et de la mauvaise foi qui s’en dégage.

On y voit un homme, l’air préoccupé, en train de tenter d’équilibrer ses comptes, se demandant sans doute comment il pourra bien payer la fameuse taxe sur le carbone imposée par le gouvernement fédéral. À l’arrière, une mère au regard sombre tient son enfant, l’air de s’interroger à savoir s’il restera suffisamment d’argent en banque pour payer l’épicerie, une fois la fameuse taxe payée.

À gauche, un message écrit en grandes lettres blanches sur fond noir: Nous n’avons pas les moyens de payer une taxe sur le carbone. En bas, le logo caractéristique «New Nouveau Brunswick», qui montre qu’il s’agit d’un message gouvernemental officiel.

La publicité dénonce le coût de la taxe sur le budget des Néo-Brunswickois, laquelle entrera en vigueur le 1er avril. Elle oublie commodément de mentionner le nouveau crédit d’impôt fédéral, qui permettra de remettre une partie de cet argent aux contribuables.

Ce n’est pas de l’information impartiale et équitable.

L’Acadie Nouvelle dénonce en éditorial depuis des années l’utilisation des fonds publics à des fins partisanes.

L’information qui nous provient du gouvernement est censée être neutre. Il n’est pas acceptable qu’elle soit teintée de l’idéologie ou des intérêts électoraux du parti au pouvoir.

Dans le cas qui nous occupe, si le Parti progressiste-conservateur veut poursuivre sa petite guerre contre le gouvernement Trudeau, qu’il paye lui-même sa campagne publicitaire, avec l’argent de ses membres.

Insistons sur un point important: le gouvernement Higgs n’a rien inventé. Rares sont les formations politiques qui, une fois au pouvoir, résistent à la tentation d’utiliser les fonds publics à leur disposition pour faire avancer leurs intérêts partisans.

Cela peut prendre différentes formes.

Les progressistes-conservateurs avaient dénoncé en 2015 une campagne publicitaire du gouvernement libéral qui visait à promouvoir sa controversée nouvelle politique sur les frais dans les foyers de soins. «Une insulte pour les Néo-Brunswickois», avait critiqué le député Bruce Fitch, qui était alors chef de l’opposition. Nous aimerions bien l’entendre aujourd’hui à propos de la campagne orchestrée par son propre parti…

L’ancien premier ministre du Canada Stephen Harper avait poussé l’audace beaucoup plus loin. Son gouvernement a dépensé plus de 100 millions $ au milieu des années 2000 afin de faire la promotion de son Plan d’action économique du Canada. Les publicités comprenaient des slogans faisant les louanges du gouvernement Harper, du style «Nous avons un plan sur lequel on peut se fier» et «Nous sommes prêts pour l’avenir».

De la partisanerie érigée en message d’intérêt public.

Ces chiffres ne sont rien comparativement aux quelque 330 millions $ injectés par le gouvernement libéral de Jean Chrétien dans son programme des commandites, de 1997 à 2003. Sous le couvert de faire la promotion de l’unité nationale, le programme a surtout servi à promouvoir les intérêts partisans du Parti libéral et à remplir les poches des agences publicitaires proches du parti.

Si on veut remonter un peu plus loin, soulignons l’inventivité du gouvernement de Pierre Elliott Trudeau qui, en pleine campagne sur la souveraineté du Québec, en 1980, a ordonné une campagne publicitaire portant sur les dangers du tabac, avec un gros «Non» bien en évidence sur le slogan.

Bref, au risque de se répéter, le gouvernement du premier ministre Blaine Higgs n’est pas le premier à agir de la sorte avec l’argent des contribuables et il ne sera certainement pas le dernier.

Ça ne signifie pas que c’est une bonne chose. Ça ne signifie surtout pas que nous devons passer l’éponge comme si de rien n’était.

Une publicité gouvernementale doit être neutre, utile et d’intérêt public.

Elle ne doit pas servir à vanter l’action du gouvernement en place, à présenter ses slogans et à convaincre l’électorat d’appuyer un parti plutôt qu’un autre aux prochaines élections.

Avec ses publicités sur la taxe sur le carbone, le gouvernement Higgs agit comme un groupe de pression opposé au gouvernement Trudeau. Il encourage la population à partager ses messages dans les médias sociaux. Le genre d’appel que lancent régulièrement les formations politiques à leur base militante, mais qu’on n’attend pas de la part d’un gouvernement sérieux.

Le budget des communications du gouvernement du Nouveau-Brunswick n’est pas un fonds préélectoral à la disposition du premier ministre du jour.

Il doit être utilisé de façon responsable, dénué de partisanerie et servir l’intérêt public.