L’erreur de David Coon

Le chef du Parti vert du Nouveau-Brunswick, David Coon, s’est brûlé en se rapprochant de la People’s Alliance. Il s’en mord aujourd’hui les doigts. Il ne mérite pas mieux.

Les difficiles négociations entre le gouvernement provincial et les travailleurs des foyers de soins retiennent l’attention ces jours-ci à l’Assemblée législative.

Les partis d’opposition y voient l’occasion de critiquer les progressistes-conservateurs, qui ont choisi la voie judiciaire pour empêcher les syndiqués de déclencher un conflit de travail qui aurait des effets catastrophiques sur les citoyens aînés.

Devant l’impossibilité pour le moment de faire la grève ou de conclure une entente négociée, le syndicat fait campagne pour que le prochain contrat de travail soit imposé par un arbitre indépendant. Celui-ci étudierait les propositions patronale et syndicale avant de trancher. Les deux parties s’engageraient à l’avance à accepter les conclusions de l’arbitre.

Le gouvernement du premier ministre Blaine Higgs rejette cette voie, car il craint de se faire imposer des augmentations de salaire trop salées. Les partis de l’opposition ont de leur côté multiplié les appels en faveur des syndiqués.

La semaine dernière, le Parti vert et la People’s Alliance ont organisé une conférence de presse conjointe afin de réclamer du gouvernement Higgs d’éviter la grève et de régler le conflit à l’aide de l’arbitrage exécutoire (en dernier recours, avait précisé l’Alliance).

La décision de David Coon de partager la scène avec le chef de l’Alliance, Kris Austin, était mal avisée.

M. Coon a toujours fait preuve d’une grande ouverture à l’égard de la population francophone et de nos droits linguistiques. Ce n’est pas un hasard si son parti a réussi une percée dans des circonscriptions libérales comptant une forte présence francophone lors des dernières élections.

Personne ne lui demande de traiter M. Austin comme s’il était un chien dans un jeu de quilles. Évidemment, tous ces gens se parlent, discutent et négocient dans les coulisses de la législature.

Mais il y a toutefois une marge entre voter de la même manière que M. Austin et organiser une conférence de presse avec lui, partager la même scène et lui serrer la main sous l’oeil des caméras.

En agissant ainsi, le Parti vert envoie le message qu’il peut faire abstraction des positions antifrancophones de la People’s Alliance et travailler avec elle sur d’autres sujets.

Nous avons dénoncé en éditorial le Parti progressiste-conservateur quand il a annoncé pendant la campagne électorale être ouvert à former une coalition avec cette formation politique antibilinguisme. Nous l’avons aussi critiqué quand il s’est associé avec elle dans une tentative d’enlever des droits linguistiques aux francophones, dans le dossier d’Ambulance NB.

Le Parti vert n’a pas fait mieux avec ses efforts de rapprochement avec l’Alliance, laquelle continue jour après jour à démontrer son mépris à l’égard de la population francophone.

La Journée internationale de la Fran­cophonie a eu lieu le 20 mars. Des députés de tous les partis politiques ont profité de l’occasion pour saluer l’importance et la vitalité de la communauté acadienne. Des députés de tous les partis, sauf bien sûr la People’s Alliance, qui a plutôt insisté pour dire qu’il faut célébrer toutes les cultures…

Deux jours plus tard, le chef Kris Austin déclarait en pleine Assemblée législative que le Nouveau-Brunswick économiserait beaucoup d’argent en éliminant la dualité linguistique (laquelle est en vigueur en éducation).

Le Parti vert ne peut effectuer un rapprochement avec la People’s Alliance en faisant abstraction de cette facette honteuse de ce parti. L’un ne va pas sans l’autre. Le député vert Kevin Arseneault l’a bien compris. Il a refusé de participer à la conférence de presse commune. Bravo à lui de s’être tenu debout.

Le plus ridicule dans cette histoire, c’est que la stratégie de David Coon a tout de même fini par lui éclater au visage.

Malgré cette apparente bonne entente, la People’s Alliance a quelques jours plus tard torpillé les efforts de ses collègues en diluant à l’aide d’un sous-amendement la motion de l’opposition qui visait à convaincre le gouvernement Higgs d’accepter l’arbitrage exécutoire avec les travailleurs des foyers de soins.

Il semble bien que dans ce dossier, l’Alliance parle des deux côtés de la bouche.

Nous espérons que le Parti vert retiendra les leçons de cette mésaventure. Il ne doit pas s’associer de cette manière avec une formation politique qui veut retirer des droits et des acquis aux francophones.

Le Parti vert n’est pas un parti comme les autres. C’est un parti d’idées et de valeurs. Cela ne vaut pas la peine d’entacher de cette manière tout ce en quoi il croit, en particulier le respect à l’égard des deux communautés linguistiques officielles du Nouveau-Brunswick.