La taxe Trudeau-Higgs

La taxe sur le carbone du gouvernement Trudeau est depuis lundi officiellement en vigueur dans notre province. Le Nouveau-Brunswick n’est pas tombé en récession, les autos ne sont pas en panne d’essence le long des routes et les familles de la classe moyenne n’ont pas entrepris une ruée vers les soupes populaires. Néanmoins, le fait demeure qu’elle aura un impact sur nos vies. Et plusieurs personnes sont à blâmer.

Les Néo-Brunswickois doivent désormais payer 4,4 cents de plus pour un litre d’essence et un supplément de 4 cents pour un mètre cube de gaz naturel, en raison de l’application de la taxe fédérale sur le carbone.

Elle augmentera chaque année pour atteindre 11 cents le litre en 2022.

Ce n’est pas rien.

D’autres produits courants risquent de coûter plus cher à la longue en raison des coûts de transports plus élevés. La tarification du carbone est un moyen éprouvé pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. C’est le principe du pollueur-payeur.

Si vous conduisez un monstre de la route particulièrement énergivore, cela vous coûtera de plus en plus cher. Ottawa espère ainsi qu’à la longue, cela deviendra un incitatif pour choisir des moyens de déplacement moins polluants: plus petite voiture, véhicule électrique, transport en commun, transport actif, etc.

Le gouvernement du Canada remettra tous les fonds recueillis par sa taxe sous forme de crédit d’impôt. Pour une famille de quatre personnes, cela représentera un chèque de 256$. De quoi compenser une bonne partie, sinon la totalité des coûts supplémentaires.

Le Nouveau-Brunswick est la quatrième province qui pollue le plus par habitant après l’Alberta, la Saskatchewan et Terre-Neuve.

Le premier ministre libéral Brian Gallant a d’abord tenté de contourner le plan fédéral avec une astuce. Il souhaitait convertir une partie de la taxe provinciale sur l’essence en une redevance carbone. Avec cette approche, le prix de l’essence n’aurait pas augmenté.

Les fédéraux n’ont toutefois pas mordu. La vision Gallant a été rejetée.

De leur côté, aussitôt arrivés aux commandes à Fredericton, les progressistes-conservateurs provinciaux ont intenté une poursuite judiciaire contre le fédéral et ce qu’il qualifiait pendant la campagne de «taxe Gallant-Trudeau».

Cela fait de bonnes manchettes, en plus de faire plaisir aux militants les plus à droite pour qui toute forme de taxation et n’importe quelle mesure en faveur de l’environnement sont considérées comme une hérésie.

Il reste que pendant que le gouvernement Higgs montre ses muscles, la taxe fédérale sur le carbone est maintenant en vigueur.

Cette situation aurait pu être évitée. Les provinces voisines du Nouveau-Brunswick ont d’ailleurs proposé des propositions au fédéral qui ont été acceptées. Le Québec, par exemple, participe à un marché international du carbone, dont les profits sont versés dans un fond vert.

Quant à la Nouvelle-Écosse, elle participe à un système de plafonnement et d’échange sur le carbone, ce qui permettra de limiter les coûts supplémentaires pour ses contribuables.

Leur économie n’a pas ralenti pour autant ni d’ailleurs celle de la Colombie-Britannique, où une taxe sur le carbone existe depuis une décennie.

Si les Néo-Brunswickois paient plus cher leurs sources d’énergie depuis le 1er avril, c’est la faute du gouvernement Trudeau qui a imposé la taxation en premier lieu, du gouvernement Gallant qui a présenté un plan insatisfaisant et du gouvernement Higgs qui joue la ligne dure pour des raisons partisanes.

Il est intéressant de constater que si Blaine Higgs refuse de présenter à Ottawa un plan environnemental qui serait moins coûteux pour les contribuables, il a toutefois demandé la permission de créer son propre système de tarification moins stricte pour les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre, comme Irving Oil.

Il semble que quand une mesure environnementale a un impact sur le portefeuille de la famille la plus riche et la plus puissante de la province, le gouvernement du N.-B. ne considère plus qu’une poursuite judiciaire contre le fédéral – laquelle ne mènera sans doute à rien – soit la meilleure idée à suivre.

En attendant, il ne nous reste plus qu’à patienter pour découvrir la suite des choses. La stratégie du premier ministre Blaine Higgs consiste à attendre le résultat des élections fédérales, qui auront lieu cet automne. Le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer, a déjà promis d’abolir la taxe sur le carbone s’il devient premier ministre.

D’ici là, il faudra toutefois s’habituer à payer le plein d’essence un peu plus cher. Tel est le choix de nos dirigeants, autant à Ottawa qu’à Fredericton.

Cette taxe, c’est autant celle de Justin Trudeau que celle de Blaine Higgs.

C’est le prix à payer pour ne pas avoir adopté un régime plus efficace que celui mis en place par Ottawa, comme l’ont fait la majorité des autres provinces.