Don d’organes: imitons la N.-É.

Le témoignage de Valérie Doiron St-Coeur, publié dans l’Acadie Nouvelle jeudi sous la plume de notre journaliste Martin Roy, nous rappelle à quel point le don d’organes peut changer et surtout sauver des vies.

Les jours de Mme Doiron St-Coeur étaient comptés. Atteinte de la fibrose kystique, sa santé s’est mise à se détériorer. À compter d’octobre 2013, elle a été clouée au lit dans un hôpital de Montréal 24 heures sur 24, sept jours sur sept, loin de sa famille et avec aucune assurance qu’elle survivrait à cette épreuve.

Près de six ans plus tard, la jeune femme de Tracadie vit normalement, grâce à deux nouveaux poumons qui lui ont été greffés.

Quand on s’y arrête deux minutes, il est tout à fait incroyable de constater à quel point la médecine moderne est capable de grands miracles.

Valérie Doiron St-Coeur a toutefois dû patienter pendant trois longues années sur une liste d’attente, dont trois mois sur une liste d’urgence, en raison d’une pénurie d’organes. Ce genre de situation ne devrait jamais se produire.

Le problème est que pas mal de dominos doivent tomber en place pour que les organes vitaux d’un défunt fassent leur chemin jusque dans le corps d’une Valérie Doiron St-Coeur.

Ce sont surtout les personnes victimes d’un accident soudain qui sont les donneurs majoritaires. Pour des raisons évidentes, les organes de personnes atteintes de maladies comme le cancer ou le diabète ne peuvent être acceptés.

La plupart des transplantations concernent le coeur, le foie, les poumons, les reins et différents tissus comme les os, les yeux, la cornée ou la peau.

Pour être un donneur potentiel, il faut que la personne soit maintenue en vie artificiellement, que son coeur soit toujours fonctionnel et qu’un médecin confirme que le cerveau de la victime est éteint. Ce ne sont pas tous les hôpitaux qui font cette démarche, que ce soit par choix, par manque d’équipement ou en l’absence de personnel spécialisé dans ce domaine.

Il faut aussi que le patient ait donné son consentement. Au Nouveau-Brunswick, il est possible de l’indiquer au moment du renouvellement de la carte d’assurance-maladie ou en remplissant un formulaire en ligne.

C’est là que le bât blesse. Des milliers de personnes ne se donnent pas cette peine. Elles n’y pensent pas, elles oublient ou ignorent simplement qu’elles ont cette option. C’est sans compter que de nombreux Néo-Bruns­wickois sont prêts à faire don de leurs organes à leur décès, mais omettent d’en aviser leurs proches.

Cela signifie qu’un nombre important des citoyens ne feront pas don de leurs organes à leur décès même si c’était leur intention. Et pendant ce temps, des patients attendent dans les hôpitaux un don de vie qui ne viendra peut-être jamais.

Le gouvernement de la Nouvelle-Écosse a annoncé cette semaine qu’elle renversera le fardeau de la preuve. En vertu d’une nouvelle loi qui doit bientôt être adoptée, tous les Néo-Écossais seront automatiquement considérés comme des donneurs potentiels.

Une fois la loi en vigueur, ce sont ceux qui refusent de devenir donneurs qui devront se manifester. Exactement le contraire de la situation actuelle.

Les dons d’organes connaissent depuis une décennie une progression, selon l’Institut canadien d’information sur la santé. Une plus grande sensibilisation auprès de la population et de meilleures pratiques au sein des différents réseaux de santé au pays ont contribué à cette amélioration.

Néanmoins, quelque 260 patients ont rendu l’âme en 2016 alors qu’ils étaient en attente d’une greffe, toujours selon l’institut.

C’est inacceptable.

En suivant l’exemple de la Nouvelle-Écosse, le gouvernement du Nouveau-Brunswick contribuerait à sauver des milliers de vies.

Cela se ferait sans enfreindre la volonté de quiconque. Vous êtes opposés au don d’organe pour des raisons éthiques, religieuses ou simplement parce que vous n’aimez pas l’idée qu’on puisse charcuter votre corps après votre décès? Rien ne vous empêchera de faire connaître votre volonté auprès du gouvernement et de vos proches.

Ce point est important. Le dernier mot revient et reviendra toujours aux vivants. Même si le défunt a clairement fait savoir avant sa mort qu’il souhaite faire don de ses organes, le spécialiste ne procédera pas sans l’approbation de la famille immédiate.

Jusqu’à présent, les gouvernements ont toujours été frileux à imposer le consentement présumé obligatoire. Le gouvernement libéral de Brian Gallant avait refusé de s’aventurer sur ce terrain en 2017, craignant sans doute une réaction négative au sein d’une certaine tranche de la population.

Nous souhaitons que le gouvernement progressiste-conservateur de Blaine Higgs fasse preuve de plus de courage et de vision que son prédécesseur.