L’avenir vert

Les députés et les membres du Parti vert étaient réunis à Beresford en fin de semaine. Une occasion de se donner des tapes dans le dos afin de saluer les avancées des derniers mois pour cette formation, mais aussi pour planifier la suite des choses. Les verts ont fort à faire s’ils veulent quitter un jour l’opposition.

Le Parti vert est présentement le quatrième groupe politique en importance au Nouveau-Brunswick, loin derrière le Parti progressiste-conservateur et le Parti libéral. Il compte autant de députés (trois) que la People’s Alliance, mais a obtenu quelque 2000 votes de moins aux dernières élections.

La force de son chef David Coon, celle de quelques candidats et la capacité de ceux-ci à s’imposer comme solution de rechange aux libéraux dans certaines circonscriptions ont contribué à cette percée.

Près de six mois après le scrutin, force est de constater que le Parti vert n’a pas réussi à faire progresser son agenda comme il l’espérait. David Coon lui-même le reconnait. Pendant que Kris Austin se vantait d’avoir fait inclure quelques-unes de ses priorités dans le discours du Trône, les verts n’étaient même pas consultés et encore moins écoutés.

Le seul coup d’éclat du Parti vert dans les derniers mois s’est retourné contre lui.

M. Coon a participé à une conférence de presse avec M. Austin afin de convaincre le premier ministre Blaine Higgs d’accorder l’arbitrage exécutoire aux syndiqués des foyers de soins.

Mal lui en prit. L’Alliance a ensuite torpillé les efforts de M. Coon  à l’Assemblée législative. C’est sans compter que l’image du chef des verts partageant la scène avec le chef d’un parti opposé à plusieurs droits et acquis de la population francophone n’a pas été particulièrement bien reçue en Acadie, où M. Coon souhaite pourtant réaliser des gains.

Les verts ont aussi fait réagir dans divers dossiers ou controverses qui ne feront pas nécessairement bouger l’aiguille lors des prochaines élections: Kris Austin et le nazisme, la prière à l’Assemblée législative, etc.

Cela ne signifie pas que tout va mal au pays des verts. Au contraire, la convention de Beresford a laissé l’image d’un parti uni, rassembleur et qui a le vent dans les voiles.

Il est surtout important de rappeler à quel point cette formation part de loin. Il n’y a pas si longtemps, les partis dits écologiques étaient surtout l’apanage de quelques pays riches d’Europe. Le Nouveau-Brunswick était de son côté l’une des provinces les moins ouvertes aux tiers partis.

Le NPD a pu compter sur la cheffe Elizabeth Weir à l’Assemblée législative pendant 14 ans, mais sans jamais faire élire d’autres députés. L’élection de David Coon en tant que candidat vert dans Fredericton-Sud en 2014 avait été vu par plusieurs comme un accident de parcours.

Voilà que le Parti vert compte non seulement sur trois députés, mais il peut en plus rêver à en faire élire plus. Le choix d’organiser la convention des verts en fin de semaine dans le Nord n’est pas anecdotique. Le parti croit en ses chances d’y réaliser une percée.

Le NPD, aujourd’hui sous le bord de l’effondrement, a obtenu plus de 2000 voix dans Bathurst-Est-Népisiguit-Saint-Isidore, alors que le Parti vert a terminé 2e dans Resti­gouche-Chaleur et obtenu 2540 voix dans Restigouche-Ouest lors des dernières élections.

Le plus grand défi pour un tiers parti est de s’imposer comme solution de rechange. Dans plusieurs circonscriptions francophones, le plus récent scrutin a été vu comme un référendum contre le Parti progressiste-conservateur, son chef unilingue et son ouverture à gouverner en coalition avec la People’s Alliance.

L’objectif des verts est de réussir là où le Nouveau Parti démocratique a toujours échoué: convaincre les citoyens qu’il existe une autre option.

La bonne nouvelle, c’est qu’il a évité le piège d’être le parti d’une seule cause (l’environnement). Les problèmes des libéraux fédéraux et provinciaux avec la taxe carbone n’ont pas éclaboussé les verts.

Outre l’environnement, le développement durable et les énergies renouvelables, on les entend parler de santé, d’éducation, de développement rural et bien d’autres sujets.

Le Parti vert peut-il un jour supplanter la People’s Alliance comme seule détentrice de la balance du pouvoir ou même faire tomber le Parti libéral et s’imposer comme un parti de gouvernance?

Nous n’en sommes pas encore là. Reste qu’il y a quelques années à peine, personne n’imaginait les Néo-Brunswickois élire six députés de partis non traditionnels. Qui sait si d’autres surprises ne nous attendent pas au détour des prochaines élections?

Le Parti vert devra éviter les pièges, effectuer un meilleur travail pour faire connaître ses priorités auprès de l’électorat et trouver plus de candidats de qualité.

C’est toutefois en continuant de contester l’ordre établi et en proposant des solutions différentes des «vieux partis» que le Parti vert continuera de récolter des succès.