Les étudiants sont perdants

La décision du gouvernement Higgs de mettre fin à la gratuité des frais de scolarité pour plusieurs étudiants du postsecondaire aux revenus familiaux modestes fera des gagnants, mais surtout des perdants. Et ceux-ci sont choisis non pas en fonction des besoins, mais plutôt en raison des préférences politiques et idéologiques du gouvernement en place.

Les progressistes-conservateurs ont décidé de modifier le programme de gratuité des frais de scolarité.

Cela signifie que le programme des libéraux reste en place, mais qu’il sera dorénavant moins généreux, éliminant de fait ladite gratuité. Le programme renouvelé sera moins progressiste et ajoute des obstacles aux personnes qui n’ont pas les moyens de fréquenter un établissement postsecondaire.

Le plafond d’endettement, qui permettait aux diplômés admissibles de recevoir un remboursement pour la partie provinciale de leur prêt étudiant au-dessus de 32 000$, est aussi éliminé.

Peu importe l’angle dans lequel on analyse ces décisions, on arrive à la même conclusion. Les conservateurs retirent de l’argent des poches d’une majorité d’étudiants afin de subventionner ceux qui fréquentent des établissements privés ou confessionnels.

En effet, Fredericton ne fait désormais plus la différence entre les institutions publiques et privées. Un plus grand nombre d’étudiants seront donc admissibles.

Puisque le budget du programme reste le même, cela signifie que chacun d’entre eux recevra moins d’argent.

Par ailleurs, force est de constater que la mesure a été pensée en anglais, pour les anglophones.

La plupart des établissements privés que le gouvernement Higgs souhaite tant appuyer offrent leurs cours dans la langue de Shakespeare.

Il n’existe pas d’équivalent acadien du Oulton College ou de la Crandall University, un établissement qui se flatte d’être au service de la foi chrétienne et dont la politique prévoit expressément une interdiction d’embaucher des professeurs homosexuels.

Évidemment, on retrouve bon nombre d’étudiants acadiens dans les établissements de langue anglaise. On en retrouve aussi plusieurs dans de plus petites écoles spécialisées – de coiffure par exemple – qui offrent des cours en français.

De même, les étudiants anglophones qui fréquentent les établissements plus traditionnels et publics, comme l’Université du Nou­veau-Brunswick, l’Université Mount Allison ou le New Brunswick Community College, seront également financièrement punis.

Néanmoins, le fait demeure que la plupart des élèves francophones et acadiens qui veulent effectuer des études postsecondaires en français au Nouveau-Brunswick ont droit à une offre plus limitée, qui se résume souvent au Collège communautaire du Nouveau-Brunswick ou à l’Université de Moncton.

Cela ne veut pas dire que cette réforme représente une attaque contre les étudiants qui s’expriment dans la langue de Gérald Leblanc. Il est toutefois clair qu’on n’a tenu aucunement compte de leurs besoins.

Cette réforme est mise en oeuvre pour deux raisons: éliminer au plus vite un programme phare du gouvernement précédent et appuyer des établissements anglophones privés ainsi qu’à caractère religieux.

Réduire l’accès aux études pour les moins nantis afin de prendre cet argent et le distribuer à ceux qui ont les moyens de fréquenter le privé ou des institutions qui font la promotion d’une religion? Un gouvernement républicain aux États-Unis n’aurait pas fait mieux.

Ces ajustements nuiront particulièrement aux pauvres et aux étudiants des régions rurales. Ce sont eux qui doivent déménager pour poursuivre leurs études et qui, logiquement, profitaient le plus du plafond d’endettement aboli par le gouvernement Higgs.

Cela ne signifie pas que le programme de gratuité postsecondaire des libéraux était parfait, bien au contraire. Nous aurions d’ailleurs vu d’un bon oeil que le gouvernement Higgs le bonifie. Cela n’a toutefois jamais été son intention.

Il avait pourtant laissé entendre qu’il allait d’abord évaluer l’initiative et même qu’il faudrait attendre deux ou trois ans avant d’évaluer l’impact de la gratuité sur la première cohorte à en avoir profité.

Le ministre des Finances Ernie Steeves avait même dit, lors du dépôt du budget, que la gratuité serait conservée pour le moment.

Soit il nous a menti, soit il s’exprime mal et ne maîtrise pas du tout ses dossiers.

La décision a finalement été prise rapidement, sans aucun rapport ou analyse pour appuyer la justesse de celle-ci.

Des milliers d’étudiants en subiront les contrecoups. À ceux-ci, le premier ministre Blaine Higgs leur dit qu’ils recevront désormais moins d’aide financière. Mais s’ils désirent étudier au Atlantic Business College de Moncton ou à la St. Stephen University, le gouvernement est maintenant là pour eux.

Un compromis qui fera plus de tort que de bien.