L’infirmière… et les autres

Au cours de la dernière année, au moins deux femmes – mais sans doute plus – ont vécu des moments horribles à l’Hôpital de Moncton. Ce qui aurait dû être un jour de grand bonheur, soit la naissance d’un enfant, a tourné au cauchemar.

L’Hôpital de Moncton a annoncé au début du mois avoir congédié une infirmière et avoir soumis son cas à la GRC afin qu’elle fasse l’objet d’une enquête policière.

Selon les explications de l’établissement, deux femmes ont dû accoucher d’urgence, par césarienne, après avoir reçu de l’ocytocine, une hormone naturelle qui provoque des contractions de l’utérus, accélère le travail et peut aider à contrôler les saignements après l’accouchement. Le produit peut toutefois affecter la fréquence cardiaque foetale. Son utilisation doit donc être surveillée de très près.

C’est ainsi que deux femmes enceintes se sont retrouvées en catastrophe en salle d’opération afin d’accoucher avant que l’inévitable ne se produise. La conclusion est toutefois heureuse. Tant les mamans que les bébés se portent bien.

Dans ce dossier, l’Hôpital de Moncton et le Réseau de santé Horizon ont fait ce que l’on attend d’eux, c’est-à-dire faire preuve de transparence. Ils ont avisé la population du problème, informé les patientes et les familles touchées, congédié l’employée, avisé les autorités et fait part de leur intention d’améliorer leurs procédures.

Jusque là, tout va bien.

L’ennui, c’est qu’il est probable que d’autres patientes ont été victimes de l’infirmière montrée du doigt par l’établissement hospitalier.

Depuis que la nouvelle a été rendue publique, le Réseau de la santé Horizon affirme qu’une quarantaine de femmes se sont manifestées après avoir eu des doutes face au traitement qu’elles ont subi au moment de leur accouchement.

L’Acadie Nouvelle a parlé au conjoint de l’une d’entre elles. Jeremy Beaulieu a raconté comment un accouchement qui semblait sous contrôle a pris une tournure dramatique après qu’une infirmière ait administré un antibiotique par intraveineuse. Moins d’une demi-heure plus tard, le rythme cardiaque du bébé à naître a chuté. «Je ne savais pas quand nous sommes allés à la salle d’opération si j’allais perdre ma femme, ma fille ou les deux», a-t-il témoigné dans nos pages.

Une demande de recours collectif a été déposée jeudi en Cour du Banc de la Reine contre le Réseau de santé Horizon et l’infirmière en question.

Jayde Scott, qui a donné naissance à des jumelles en mars, a raconté à quel point son accouchement a été traumatisant. Le rythme cardiaque de ses enfants a plongé à des niveaux «dangereux», forçant les médecins à ordonner une césarienne d’urgence. Heureusement, là aussi, les deux bébés se portent bien.

Ces témoignages nous forcent à nous poser plusieurs questions, la première étant comment une telle situation a pu se produire à plusieurs reprises?

Le risque zéro n’existe pas. Quiconque a passé du temps en salle d’accouchement sait que le médecin est absent pendant la majorité du temps. Ce sont les infirmières qui s’occupent de la patiente, font les injections et surveillent les signes vitaux. Si tout va bien, ce n’est qu’au moment de l’accouchement en tant que tel que le médecin sera appelé à intervenir.

Le niveau de confiance à l’égard des infirmières en place est donc très grand. Si une infirmière ne fait pas bien son travail, il est difficile pour ses superviseurs de le découvrir sur le champ.

Par contre, si des erreurs répétitives sont commises, comme cela semble avoir été le cas, il faut qu’une lumière rouge s’allume quelque part, et au plus vite.

Or, non seulement beaucoup de temps a passé avant que l’infirmière blâmée soit congédiée, mais il semble que l’Hôpital de Moncton n’avait pas la moindre idée de l’ampleur du problème.

En effet, le communiqué de presse original fait état de seulement deux patientes qui ont été victimes de cette situation. Si les plaintes de dizaines d’autres plaignantes devaient s’avérer fondées, cela signifie que la situation s’est poursuivie pendant une longue période, sans que personne n’intervienne.

Est-ce que des médecins, des superviseurs ou la direction ont trop tardé avant de vérifier pourquoi certains accouchements prenaient soudainement une telle tournure? Des collègues sont-ils restés cois, que ce soit par solidarité syndicale ou parce qu’ils ne sentaient pas que leurs inquiétudes seraient prises au sérieux?

Le Réseau de santé Horizon nous doit des réponses.

Il n’aura sans doute pas d’autre choix que de les offrir devant un tribunal. Les femmes qui se sont fait voler ce qui aurait dû être un moment excitant, comme l’a si bien résumé Jayde Scott jeudi, ont le droit de savoir. La population aussi.