Universités sous attaque

Le gouvernement Higgs continue d’asséner de mauvaises nouvelles aux universités en général et à l’Université de Moncton en particulier. Ses plus récentes décisions ont pour effet de réduire l’accessibilité de celles-ci, d’augmenter l’endettement des étudiants et de menacer à court terme la qualité des formations offertes.

Le gouvernement a mis fin à une subvention qui servait en partie à financer des places supplémentaires en science infirmière à l’Université de Moncton et à l’Université du N.-B. Ces places supplémentaires n’ont cependant pas toutes été créées en raison des besoins financiers plus grands des universités et le manque d’intérêt des étudiants.

Il s’agit d’un bon exemple d’une politique qui fait du sens au point de vue comptable et de la gestion des fonds publics, mais qui va en réalité avoir des conséquences néfastes. C’est un des traits caractéristiques de Blaine Higgs, qui trop souvent ne tient compte que des chiffres tout en restant insensible aux autres facteurs.

S’il y a une pénurie, ce n’est pas parce que les classes sont trop petites, mais bien parce que la profession n’intéresse plus suffisamment de nouvelles recrues pour pourvoir les postes disponibles.

Plusieurs éléments sont à blâmer, à commencer par les conditions de travail et l’examen NCLEX qui défavorise les francophones et a provoqué une chute marquée du taux de succès des diplômés à l’examen d’entrée de la profession.

Le financement supplémentaire spécial accordé aux deux universités n’a rien changé à cette situation. D’où cette déclaration du ministre responsable Trevor Holder: «Personne ne peut justifier une dépense de plusieurs millions de dollars en argent des contribuables pour quelque chose qui ne produit aucun résultat.»

Difficile en effet de le contredire là-dessus.

Sauf que ce n’est pas comme si cet argent était gaspillé. L’Université de Moncton éprouve depuis des années des difficultés à boucler son budget en raison du sous-financement en provenance du gouvernement provincial. L’argent en question servait bel et bien à l’éducation et à la formation de ses étudiants en science infirmière.

Si on enlève aux universités des millions de dollars en subventions, cela aura un impact sur leur budget. Elles devront aller chercher cet argent quelque part ailleurs, soit en coupant dans la qualité de la formation, en réduisant le nombre de places dans leurs programmes ou en augmentant encore plus les droits de scolarité de ses étudiants.

Des étudiants, rappelons-le, qui voient déjà l’aide en provenance du gouvernement provincial diminuer.

Le gouvernement Higgs a annoncé la semaine dernière que le programme de gratuité des frais d’éducation postsecondaires pour les étudiants issus de familles moins nanties ne sera plus réservé aux étudiants des universités publiques, mais aussi à ceux et à celles qui fréquentent les établissements privés, que ce soit des établissements chrétiens comme la Crandall University de Moncton ou qui ont un mandat limité et spécifique, tels que l’Academy of Professionnal Dog Grooming ou l’Atlantic School of Reflexology.

Le budget total réservé à l’aide étudiante reste le même. C’est la tarte qui est redistribuée auprès d’un plus grand nombre de personnes. Cela signifie que chaque étudiant admissible de l’Université de Moncton, pour donner cet exemple précis, paiera plus cher le privilège d’étudier et recevra moins d’aide.

Des changements anti-pauvres qui vont mettre des bâtons dans les roues des jeunes défavorisés qui souhaitent se bâtir une vie meilleure, comme l’a si bien résumé notre chef de bureau aux affaires publiques, Pascal Raiche-Nogue, lundi, dans sa chronique hebdomadaire.

Ces mesures affaiblissent les universités et les rendent plus vulnérables. Ne jouons pas sur les mots. Elles représentent une attaque en règle contre celles-ci.

Il est tout à fait incroyable que les députés et ministres du gouvernement, dont certains comptent dans leur circonscription une forte proportion de citoyens qui seront touchés par ces décisions, appuient celles-ci sans rien dire.

La circonscription de Shippagan-Lamèque-Miscou, pourtant représentée par le vice-premier ministre Robert Gauvin, est probablement celle qui sera la plus grande victime de ces compressions.

On y trouve un campus de l’Université de Moncton qui offre un baccalauréat en science infirmière. De plus, la population francophone de la région est peu susceptible de fréquenter les collèges privés anglophones du sud du Nouveau-Brunswick.

Permettez-nous de dire tout haut ce qu’aucun député progressiste-conservateur ou de la People’s Alliance n’a le courage de répéter.

Ces décisions sont mauvaises et ont un impact disproportionné sur les francophones.

Le gouvernement Higgs doit reculer et trouver une manière d’atteindre ses objectifs (appuyer les collèges privés et résoudre le problème de la pénurie d’infirmières) sans affaiblir les universités généralistes publiques et nuire aux étudiants.