Le vent de droite

Avec l’élection de Jason Kenney à la tête de l’Alberta, pas moins de six provinces canadiennes, dont le Nouveau-Brunswick, sont désormais dirigées par des gouvernements conservateurs ou ayant de fortes affinités avec ceux-ci. Un vent de droite souffle-t-il sur le Canada? Oui. Mais la taxe sur le carbone fédérale et les oléoducs ne sont pas les seuls responsables.

Le Parti conservateur uni de l’Alberta a obtenu mardi soir plus de 50% des votes, délogeant ainsi le NPD. Un peu comme le premier ministre néo-brunswickois Blaine Higgs, qui avait fait campagne en disant que nous ne pouvons plus nous permettre quatre autres années de dépenses irresponsables de la part de Brian Gallant, le nouvel homme fort de l’Alberta n’a pas été dans la dentelle. «L’enfer est sur son départ et l’espoir revient», a déclaré M. Kenney le soir de son triomphe.

Dans ses premiers mois à la tête du Canada, Justin Trudeau s’est retrouvé dans une situation unique, la presque totalité des provinces étant alors dirigées par des gouvernements libéraux ou néo-démocrates.

Cela ne pouvait pas durer.

De même, les libéraux fédéraux ont remporté lors des élections en 2015 tous les sièges en Atlantique. Ils ne répéteront évidemment pas le coup à chaque fois.

Une majorité de provinces font désormais confiance à des gouvernements de droite. Outre le Nouveau-Brunswick et maintenant l’Alberta, on retrouve aussi l’Ontario, le Québec, la Saskatchewan et le Manitoba.

Presque toutes ces provinces ont mis à la porte des libéraux ou des néo-démocrates. Ces renversements ont eu lieu après que Justin Trudeau est devenu premier ministre du Canada et qu’il ait ordonné la tarification du carbone à travers le pays.

Doit-on en déduire que tant les électeurs néo-brunswickois que ceux du reste du pays rejettent les libéraux en général, Justin Trudeau en particulier, qu’ils s’opposent aux mesures environnementales et qu’ils souhaitent voir la construction d’oléoducs au plus vite?

Ce n’est pas si simple.

Le cas du Nouveau-Brunswick est particulièrement frappant. Le chef Blaine Higgs a tenté de présenter la campagne électorale de 2018 comme étant un référendum sur la «taxe Gallant-Trudeau». Une stratégie qui n’a jamais vraiment pris son envol, le Parti progressiste-conservateur ayant même terminé deuxième en ce qui a trait au vote populaire.

C’est plutôt la question linguistique qui a pris toute la place. La «crise» des ambulances et la décision du Parti progressiste-conservateur et de la People’s Alliance de promettre de régler la pénurie en retirant des droits aux francophones a bien plus contribué à faire bouger l’aiguille que la menace d’une taxe fédérale sur le carbone.

En Ontario, le conservateur Doug Ford se serait présenté comme étant un ogre mangeur d’enfants qu’il aurait quand même gagné ses élections, tant sa prédécesseure Kathleen Wynne était honnie. C’est un peu la même chose au Québec, où les libéraux de Philippe Couillard sont devenus très impopulaires à la suite de plusieurs années de restrictions budgétaires.

L’Alberta est un cas à part. Le NPD venait de mettre fin à 44 années de pouvoir ininterrompu des conservateurs, grâce à la division des partis de droite. Personne n’a été surpris de voir les Albertains revenir au bercail.

Tout ça nous rappelle que la plupart des provinces ne comptent que sur deux partis politiques capables d’aspirer au pouvoir. Le balancier se promène d’un bord à l’autre.

Cela ne signifie toutefois pas que les changements de gouvernement des derniers mois sont anodins.

D’abord, ils rappellent à quel point une bonne partie de l’électorat ne peut déjà plus sentir Justin Trudeau et ses positions sur l’environnement, l’immigration, les finances publiques et le multiculturalisme.

Cela a un impact sur la popularité des libéraux provinciaux partout au pays.

L’élection de Jason Kenney représente une bonne nouvelle pour Blaine Higgs, qui le voit comme un allié. M. Kenney a accompagné M. Higgs pendant une activité lors de la dernière campagne électorale au N.-B.

Ce changement de garde en Alberta donne des munitions au gouvernement Higgs, qui a choisi d’assoir sa popularité sur un projet d’oléoduc qui n’a pourtant aucune chance de se réaliser, quitte à se mettre à dos le Québec.

Nous pouvons nous attendre à voir Blaine Higgs mettre des efforts encore plus grands pour se présenter comme un champion des oléoducs et un pourfendeur de la taxe sur le carbone.

Il devra tout de même un jour nous démontrer ce que cela apportera concrètement au Nouveau-Brunswick. Aux dernières nouvelles, l’économie de notre province dépend bien plus de l’aide fédérale et des échanges commerciaux avec les provinces voisines, dont le Québec, qu’avec l’Alberta ou la Saskatchewan.

Les coups d’éclat, comme la présence de Blaine Higgs à une manifestation pro-oléoduc en Saskatchewan, n’ont encore permis de créer aucun emploi dans notre province.