50 ans plus tard

Il y a 50 ans, le gouvernement libéral du premier ministre Louis J. Robichaud adoptait la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick. Il s’agit d’un acquis immense pour les francophones de notre province. Il reste toutefois encore beaucoup à accomplir avant que les deux communautés linguistiques soient considérées sur un pied d’égalité.

La Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick a été adoptée le 11 avril 1969 par un gouvernement Robichaud épuisé et en fin de parcours. Elle a été proclamée une semaine plus tard, consacrant ainsi le français comme étant l’une des deux langues officielles du Nouveau-Brunswick.

C’était une époque de grandes tensions linguistiques. L’année précédente, en 1968, quatre grands Acadiens s’étaient rendus à Paris afin de rencontrer le président de la République, Charles de Gaulle. Un moment historique, mais qui a été accueilli au Nouveau-Brunswick par des critiques, les anglophones n’ayant pas apprécié ce qu’ils percevaient comme étant de l’ingérence française dans «leurs» affaires intérieures.

La Ville de Moncton était dirigée par un maire dont le mépris à l’égard des Acadiens n’était un secret pour personne. Cela a mené au célèbre épisode de la tête de cochon, sans oublier l’occupation par des étudiants pendant trois jours d’une faculté de l’Université de Moncton.

Par ailleurs, une commission royale d’enquête mise sur pied par le gouvernement du Canada en réponse à la montée du nationalisme au Québec avait recommandé en 1967 de faire du français et de l’anglais les langues officielles des gouvernements du Canada, du Nouveau-Brunswick et de l’Ontario.

Bref, ça brassait. Il a fallu au gouvernement Robichaud un courage énorme et beaucoup de vision pour adopter cette loi. Aucun politicien ne lancerait dans une telle mission si c’était à refaire aujourd’hui.

La plus grande réussite de cette loi aura été de donner plus de poids aux revendications des Acadiens. Les francophones ne forment pas une minorité comme les autres. Une loi (et même la Charte canadienne des droits et libertés) reconnaît notre statut égalitaire.

Cela nous a permis d’obtenir d’importants acquis au cours des années, y compris la dualité en éducation.

Elle est surtout un rappel constant à la population francophone qu’elle a droit aux mêmes services que les anglophones, quoiqu’en disent tous ceux qui croient que nous sommes des enfants gâtés, que le bilinguisme coûte trop cher et qu’il n’y a aucune raison d’offrir des services dans les deux langues officielles puisque, de toute façon, «tous» les francophones parlent anglais.

Cette loi, de même que d’autres acquis, a aussi permis d’apporter une paix sociale au Nouveau-Brunswick. Plus besoin de têtes de cochon ou d’occuper des locaux universitaires pour faire entendre notre point de vue. Les tribunaux sont là pour forcer les gouvernements à respecter leurs obligations. Et ils le font désormais dans la langue de notre choix!

Cela dit, le combat n’est pas terminé, bien au contraire. Il y aura toujours des gens qui tenteront de reculer l’horloge, des formations politiques comme la People’s Alliance, qui veulent nous retirer des droits, ou encore des gouvernements qui se laisseront tenter de blâmer le bilinguisme pour certains problèmes, comme on l’a vu il y a quelques mois dans le dossier d’Ambulance NB.

Un demi-siècle après son adoption, le bilinguisme officiel est encore vu par plusieurs comme étant une nuisance, une sorte de greffe étrangère qui empêche le gouvernement provincial d’agir comme il le souhaite et dont il faut à tout prix limiter la portée, à défaut de pouvoir l’abroger.

Le N.-B. devrait pourtant être aussi fier de son statut bilingue que l’Alberta l’est de son industrie pétrolière, le Québec de son statut francophone unique, etc. Ce n’est pas le cas et ce ne le sera sans doute jamais.

Surtout, et c’est peut-être le plus grave, la Loi sur les langues officielles du N.-B. est vue par plusieurs, autant chez les francophones que les anglophones, comme étant une sorte d’accommodement plus ou moins raisonnable. Une loi qu’il faut respecter quand on le peut, mais qui n’a pas le même statut que les «vraies» lois.

L’atteinte de l’égalité réelle reste aujourd’hui le grand projet de société de l’Acadie et notre plus grand combat à mener. Nous ne demandons pas un traitement spécial, simplement que le gouvernement offre aux francophones et aux anglophones les mêmes services, de qualité égale.

Oui, ça coûte cher. Oui, c’est compliqué à mettre en oeuvre. Oui, ça demande des efforts et beaucoup de volonté.

Et alors? Être un peuple minoritaire ne signifie pas que nous devons nous contenter de moins que la majorité.

Le gouvernement provincial, les politiciens, les anglophones et, oui, nous, les francophones et Acadiens du Nouveau-Bruns­wick, devrons un jour finir par le comprendre. Et prendre les moyens pour réaliser ensemble ce noble objectif.