Une histoire qui se répète

Des milliers de nos concitoyens néo-brunswickois vivent des moments de grandes inquiétudes alors qu’ils sont menacés d’être inondés. Une histoire qui se répète de plus en plus souvent.

Au moment d’écrire ces lignes, une quarantaine de routes avaient été fermées au Nouveau-Brunswick. Le sous-sol de quelque 200 résidences de Fredericton avait été inondé.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick n’a pas encore ordonné l’état d’urgence ni d’évacuation obligatoire, mais surveille la situation de très près.

De nombreuses communautés le long du fleuve Saint-Jean et de certains de ses affluents sont sur le qui-vive, le point d’inondation ayant été presque atteint, notamment dans certains secteurs de Haut-Madawaska et d’Edmundston. On prévoit déjà que d’autres inondations sont inévitables dans une zone située entre Fredericton et Saint-Jean dans les prochains jours.

Évidemment, cela nous fait craindre une répétition des événements du printemps 2018, quand une crue éclair majeure a provoqué ce qu’Environnement Canada a qualifié comme étant les inondations «les plus importantes et les plus dévastatrices de l’histoire moderne du Nouveau-Brunswick».

Chaque fois, les gouvernements et l’Organisation des mesures d’urgence sont au rendez-vous.

L’armée n’est pas en reste. Des soldats de la base militaire de Gagetown ont été envoyés à Maugerville, non loin de Fredericton, afin d’aider la population à remplir des sacs de sable. Et quand la crise sera terminée, les citoyens qui auront vu leur résidence inondée seront dédommagés. Pour la première fois l’an dernier, les propriétaires de chalet se sont vu aussi offrir une aide financière (jusqu’à 6100$) pour nettoyer leur terrain.

Tout cela coûte cher aux contribuables. Les élus néo-brunswickois ont commencé à le réaliser. Après les inondations historiques de l’année dernière, la province a décrété que ceux qui vivent à moins de 30 mètres d’un cours d’eau ou d’une terre humide devront prendre des mesures pour éviter d’être à nouveau victimes des inondations. Afin d’obtenir un permis de construction ou de reconstruction, un propriétaire pourrait être obligé, à titre d’exemple, d’élever son bâtiment ou de l’éloigner de la rive.

Cela dit, il faudra bien un jour s’interroger sur la pertinence de venir en aide à des citoyens qui se sont bâtis sur le bord de l’eau et qui seront victimes de plus en plus régulièrement de la crue des eaux.

Le premier ministre du Québec, François Legault, a abordé cette question de front cette semaine. Lors d’un arrêt devant une maison qui vient d’être inondée pour la deuxième fois en trois ans, il a indiqué envisager de mettre en place des incitatifs à déménager pour les riverains qui vivent dans les zones critiques. «Il faut être lucides. Si c’est nécessaire de forcer des gens à se déplacer, il faudra le faire», a-t-il déclaré.

Il faudra peut-être en venir à ça un jour au Nouveau-Brunswick.

En 2015, l’état d’urgence et un ordre d’évacuation ont été décrétés à Perth-Andover en raison d’un embâcle massif. Ce n’était pas la première fois que cette communauté était ainsi menacée. «Le village vit catastrophe après catastrophe», avait indiqué le maire de l’époque, Terrance Ritchie. Il faut dire que c’était alors la 3e fois en quatre ans que la crue des eaux faisait des siennes à cet endroit. En 2012, l’hôpital avait même été gravement endommagé.

Perth-Andover n’est évidemment pas un cas à part. La plupart des résidents de l’ouest de la province connaissent un ou des endroits menacés annuellement par les eaux, comme le camping Panoramic et le chemin des Chalets à Edmundston ou les plateaux entre Fredericton et Jemseg.

Personne ne demande d’exproprier tout ce monde. Mais alors, que faire?

Faudrait-il imposer des règlements plus sévères? Interdire complètement la construction de nouvelles résidences là où il y a un risque raisonnable d’inondations? Offrir des incitatifs aux déménagements? Ou même carrément proposer un programme de rachat des propriétés les plus à risque?

Certaines de ces mesures coûteraient très cher. Rappelons toutefois que le coût de la montée des eaux de 2018 a été estimé à environ 80 millions $.

Agir coûte cher. Mais ne rien faire du tout l’est tout autant, sinon plus.

Ce ne sont pas des décisions faciles à prendre. Néanmoins, les gouvernements ne peuvent pas se contenter de prévenir les inondations chaque année, de tenter de limiter les dégâts puis de signer des chèques.

Avec le réchauffement climatique, des inondations printanières d’envergure surviendront de plus en plus régulièrement, et souvent aux mêmes endroits. Le temps est venu de s’interroger sur la meilleure façon de faire face à ce problème qui ne disparaîtra pas de lui-même.