UNI doit rester forte

UNI Coopération financière a choisi Grand-Sault cette année pour présenter ses résultats financiers de l’année 2018. Les nouvelles auraient pu être meilleures, mais elles auraient pu aussi être bien pires.

Le citoyen moyen attend normalement deux informations de la part d’UNI Coopération financière, au moment du dépôt de ses résultats financiers: l’importance de ses excédents et si les membres auront droit à une ristourne individuelle.

Le poids lourd du monde coopératif acadien continue de respirer la santé. Il a terminé la dernière année avec un surplus avant autres éléments de 16,2 millions $. On peut analyser ce chiffre de tout bord et tout côté et essayer de déterminer s’il est suffisamment élevé ou non. En fin de compte, le fait demeure qu’il n’y a pas beaucoup d’entreprises, de coopératives ou de sociétés au Nouveau-Brunswick qui cracheraient sur un tel bilan.

Le Mouvement des caisses populaires acadiennes ne s’effondrera pas de sitôt.

Néanmoins, force est de constater que ce qu’on appelait auparavant «la Fédé» ne peut rien tenir pour acquis. Les chiffres ne mentent pas.

Si UNI a rapporté des excédents de 16,2 millions $, il s’agit néanmoins d’une baisse de 1,1 million par rapport à l’année précédente. Ces chiffres font aussi pâle figure comparativement à ceux d’un passé pas si lointain.

En 2004, le mouvement connaissait des excédents totalisant 23,3 millions $. Dix ans plus tard (2014), ils étaient passés à 28,5 millions $.

En 2011 et 2012, les excédents cumulés avant impôt, ristournes et autres éléments avaient même dépassé les 30 millions $.

Il faut être prudent avant de comparer les époques. Les normes comptables ont évolué – on sait entre autres que de nouvelles normes sont entrées en vigueur en 2018 -, ce qui fait qu’il faut prendre toute comparaison avec un grain de sel.

Néanmoins, cela aide à remettre les choses en perspective. Surtout, cela permet de comprendre un peu mieux l’extrême prudence de l’institution, de ses administrateurs et de son président-directeur général, Robert Moreau, qui ont choisi pour la troisième année consécutive de ne pas accorder de ristournes aux membres.

Une décision, on s’en doute, qui ne sera pas la plus populaire, surtout dans les rares régions qui étaient habituées à recevoir de tels versements.

Au moment de vendre à la population et à ses membres la fusion des différentes caisses populaires en un regroupement collectif (la fusion de 15 caisses en une seule «caisse unique»), le PDG d’alors, Camille Thériault, avait affirmé que cela permettrait à tous les membres de recevoir une ristourne.

Cela ne s’est pas encore avéré. Il est toutefois difficile de critiquer UNI. L’objectif doit toujours rester le même: préserver la santé de l’institution afin qu’elle puisse continuer de servir ses clients et d’appuyer les communautés acadiennes.

À ce sujet, notons que UNI continue de verser ce qu’elle appelle ses «ristournes collectives», une autre façon de dire qu’elle injecte des millions de dollars (2,6 millions $ en 2018, en hausse de 300 000$ par rapport à l’année précédente) en commandites et en bourses d’études.

Ces dons ont un impact plus immédiat sur les communautés que des versements de quelques centaines de dollars à chaque membre. Ceux-ci, il ne faut pas se le cacher, ont aussi l’avantage d’augmenter la visibilité d’UNI.

On le voit notamment à Dieppe, où le nouvel amphithéâtre communautaire intergénérationnel portera le nom de UNIplex, en échange d’un don de 1 million $.

Ces choix d’affaires montrent aussi qu’UNI ne se laisse pas aveugler par l’ampleur de ses surplus, lesquels seraient peut-être même déjà disparus si ce n’était de décisions difficiles prises par le passé (fermeture de centres de services, fusions, etc).

Rien n’est jamais coulé dans le béton. Les anciens de Coop Atlantique peuvent en témoigner. Au début des années 2000, cet autre géant du monde coopératif réalisait encore des surplus qui se chiffraient en millions de dollars, comptait plus de 850 employés et était au service de 135 coopératives partout en Atlantique et aux Îles-de-la-Madeleine. Il a depuis été démantelé.

UNI continue de faire face à des défis importants. Il ne lui suffit plus de brandir l’étendard du coopératisme et de la fierté acadienne pour convaincre sa clientèle de lui rester fidèle. Il est possible, en fouillant un peu sur le web ou même en allant chez son épicier, de financer son hypothèque à des taux bien plus avantageux que n’importe quelle institution financière traditionnelle.

Réussir à maintenir sa rentabilité et sa pertinence malgré la compétition de plus en plus féroce est un tour de force.

Au-delà de la perte des ristournes, c’est là la meilleure nouvelle. L’Acadie a besoin qu’UNI reste forte et en santé.