Le CMA a besoin du N.-B.

Une nouvelle qui n’a pas fait les manchettes ni provoqué de réactions majeures dans l’opinion publique vaut tout de même son pesant d’or. Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a confirmé sa participation financière au comité organisateur du Congrès mondial acadien.

Le gouvernement du premier ministre Blaine Higgs a accepté de débourser 22% des coûts totaux de l’événement, jusqu’à un montant maximal de 3 millions $. C’est la même chose que ce que le gouvernement libéral qui l’a précédé avait promis de payer.

Parce que les gouvernements sont au rendez-vous à chaque édition du CMA, on a tendance à tenir leur participation financière pour acquise. Or, ce sont des millions de dollars en provenance des contribuables qui doivent être approuvés par des gouvernements de diverses administrations et couleurs politiques. Il ne faudrait pas grand-chose pour faire dérailler une machine pourtant bien huilée.

Blaine Higgs n’est premier ministre du Nouveau-Brunswick que depuis quelques mois. Ni lui ni ses ministres n’ont jamais laissé entendre publiquement qu’ils laisseraient tomber le Congrès mondial acadien.

Néanmoins, M. Higgs n’a jamais fait de cachette à personne que sa priorité est d’équilibrer les livres de la province, de dégager des surplus budgétaires substantiels et que pour atteindre cet objectif légitime, des décisions difficiles et impopulaires devront être prises.

Lorsqu’un gouvernement décide d’imposer des compressions draconiennes, il arrive que la minorité francophone en fasse les frais. Parlez-en aux Franco-Ontariens, qui ont dû apprendre récemment que le premier ministre Doug Ford a renvoyé aux oubliettes le projet de création d’une université franco- ontarienne.

Rien de tel n’est survenu au Nouveau-Brunswick dans les dernières années.

Depuis son arrivée au pouvoir, Blaine Higgs a ordonné des compressions budgétaires et des réformes. Certaines font plus mal aux Acadiens qu’aux anglophones – les changements à l’aide aux étudiants postsecondaires nous viennent immédiatement à l’esprit – mais rien n’équivaut à la fronde antifrancophone décrétée par Doug Ford en Ontario.

Au contraire, le commissariat des langues officielles du Nouveau-Brunswick n’a pas été aboli, comme l’a fait l’Ontario avec son bureau équivalent. Son budget a plutôt été augmenté depuis l’arrivée au pouvoir du PC.

Le gouvernement Higgs a par contre annulé les travaux de rénovation de l’Institut de Memramcook, un projet estimé à 25 millions $ par les libéraux et à 40 millions $ par les progressistes-conservateurs et qui devait permettre de sauver un édifice qui occupe un rôle symbolique dans l’histoire acadienne.

Il a aussi retiré son appui financier aux Jeux de la Francophonie, qui devaient avoir lieu à Moncton et Dieppe en 2021, quand les coûts ont explosé et que le fédéral a refusé de payer un plus grand pourcentage de la facture.

Notons que le gouvernement du Québec a refusé de prendre la relève pour la même raison, nouvelle preuve que l’hésitation des gouvernements Higgs et Legault dans ce dossier est avant tout une question de chiffres et non pas de langue.

Heureusement, on ne retrouve pas cette même crainte en ce qui a trait au financement du Congrès mondial acadien, même s’il a pris beaucoup d’ampleur depuis 25 ans. Son budget est passé de 3 millions $ en 1994 à 15,9 millions $ en 2014.

Des mesures ont été prises pour réduire les coûts, ce qui a plu aux gouvernements.

L’événement devait s’étirer sur trois semaines. Il se déroulera plutôt sur 15 jours. Il devrait coûter aussi de 5 à 6 millions $ de moins que l’édition 2014, sans que la majorité des congressistes ne voient une différence.

Au-delà de ces considérations, le fait demeure que l’appui de Fredericton est crucial dans le succès de l’opération. Aucune autre province ou État ne pourrait accueillir le CMA aussi souvent.

Le congrès a eu lieu en tout ou en parti au Nouveau-Brunswick en 1994, en 2009, en 2014 et bientôt en 2019. Il est possible que l’édition 2024 ait lieu dans la région de la baie des Chaleurs, qui comprend Restigouche-Chaleur.

Sans l’appui indéfectible de la population acadienne de notre province et celui du gouvernement du Nouveau-Brunswick, le Congrès mondial acadien se retrouverait très rapidement sur le respirateur artificiel.

Le gouvernement progressiste-conservateur compte dans sa base de nombreux membres qui considèrent qu’appuyer financièrement le Congrès mondial acadien n’est qu’un gaspillage de fonds publics. Il doit son accession au pouvoir à la People’s Alliance, une formation politique qui serait sans doute heureuse si les contribuables cessaient de subventionner l’événement.

Malgré ces pressions, le premier ministre Higgs a poursuivi dans la lignée de ses prédécesseurs en appuyant le CMA et, du même coup, tout ce qu’il représente pour le peuple acadien. Cela mérite d’être souligné.