Corriger une injustice

Le vice-premier ministre Robert Gauvin a révélé en fin de semaine aux citoyens de Saint-Quentin que Service NB rouvrira une succursale dans la municipalité. Une nouvelle que personne n’avait vue venir, dont nous ne connaissons aucun détail et qui n’a pas été confirmée par le gouvernement Higgs, mais qui suscite une grande joie à Saint-Quentin.

La réouverture de la succursale, fermée par les libéraux en juillet 2015, n’a pas été annoncée officiellement par le gouvernement progressiste-conservateur. Robert Gauvin a plutôt fait cette affirmation pendant un discours, lors d’une activité partisane.

Comme c’est souvent son habitude, il a ensuite refusé les demandes d’entrevues des journalistes désireux d’en savoir plus.

Sa collègue responsable de Service NB, Sherry Wilson, a été moins frileuse avec la presse, mais n’a pas confirmé la nouvelle.

Il est arrivé quelques fois depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs à Fredericton que la déclaration d’un ministre soit contredite par un autre, dans des dossiers comme l’élargissement de la route 11 par exemple.

Dans ce gouvernement, on ne peut pas accepter la parole d’un ministre comme celle d’Évangile. La main droite ne sait pas toujours ce que fait la main gauche.

Cela dit, ça augure bien pour Saint-Quentin. Le ministre Wilson a même déclaré qu’une «annonce officielle» aura lieu aussitôt que «les détails seront finalisés».

Partons donc du principe qu’une conférence de presse aura lieu bientôt dans le Restigouche-Ouest, pendant laquelle la réouverture du bureau de Service NB sera annoncée. Il s’agira d’un beau cadeau pour la région. Mais s’agit-il d’une bonne décision?

La réponse est oui. Les Saint-Quentinois ont été victimes d’une injustice.

L’annonce de la fermeture du bureau avait eu lieu lors du tout premier budget du gouvernement libéral de Brian Gallant, en 2015.

Elle s’inscrivait dans le cadre de compressions budgétaires ciblées. Saint-Quentin n’avait pas été la seule municipalité touchée. Cinq autres succursales avaient également été fermées. À la même époque, quatre palais de justice avaient aussi subi le couperet libéral, notamment celui de Grand-Sault.

Aucune de ces décisions n’a été bien accueillie.

La pilule a toutefois été particulièrement difficile à avaler à Saint-Quentin, où toutes les apparences laissent croire que la communauté a été victime d’une décision arbitraire et partisane.

Le gouvernement Gallant n’a jamais expliqué clairement pourquoi il a fermé cette succursale en particulier, même si elle était plus achalandée que celle de Kedgwick. Les chiffres qui circulaient en 2015 faisaient état d’un volume de transactions de 3,8 millions $ à Saint-Quentin contre 1,5 million $ à Kedgwick.

La décision ne pouvait s’expliquer que sous un seul angle: Kedgwick est considérée libérale alors que Saint-Quentin pencherait du côté conservateur. Le gouvernement libéral aurait récompensé ceux qui ont voté «du bon bord».

Ce n’était pas la première fois que le Restigouche-Ouest faisait les frais de jeux de coulisses comme ceux-là. En 2013, les conservateurs avaient transféré les activités du bureau des Ressources naturelles de Kedgwick à Saint-Quentin pour des raisons douteuses.

Cette politique d’une autre époque doit faire place à des décisions rationnelles, logiques et basées sur le bien des communautés et des deniers publics.

Quatre ans après la fermeture du bureau de Service NB, c’est au tour des progressistes-conservateurs de gouverner. Il est probable que des considérations électoralistes jouent encore une fois un rôle dans leur décision.

Le PC ne compte qu’un seul député dans tout le nord francophone de la province. Il a sans aucun doute identifié la circonscription de Restigouche-Ouest comme un endroit où il peut faire des gains.

Néanmoins, cela n’enlève rien à la justesse de la décision à venir. Ne reste qu’à connaître les détails, le vice-premier ministre Gauvin ayant laissé de nombreuses questions sans réponse lors de son discours.

Le retour de la succursale de Saint-Quentin se fera-t-il au détriment de celle de Kedgwick? Cette dernière fermera-t-elle ses portes à son tour? Le bureau de Saint-Quentin sera-t-il ouvert à temps plein ou seulement quelques heures par semaine? Ou alors, le gouvernement se contentera-t-il de déménager les employés de Kedgwick à Saint-Quentin une ou deux journées par semaine?

Les citoyens de Saint-Quentin seraient bien avisés de patienter encore un peu avant de hisser le drapeau de la victoire.

Le vent souffle cependant dans la bonne direction. Si les progressistes-conservateurs livrent la marchandise, comme ils semblent déterminés à le faire, ils ne feront pas que corriger une injustice flagrante. Ils offriront aussi une nouvelle positive à une région qui a l’habitude, depuis des années, de subir les coups durs de la part du gouvernement et de ses institutions.