Énergie NB aurait dû être vendue

Il y a 10 ans, le premier ministre libéral Shawn Graham décidait de vendre Énergie NB à Hydro-Québec. Le temps passe vite, mais il n’a pas altéré notre perception des choses dans ce dossier. Vendre notre société de la Couronne aurait été une très bonne chose pour le portefeuille des Néo-Brunswickois.

Il y a en fait eu pas une, mais bien deux ententes à l’époque. Hydro-Québec s’était d’abord à engagée à acheter Énergie NB pour 4,75 milliards $. Devant l’opposition de la population, une entente révisée à été dévoilée quelques mois plus tard. Cette fois, Hydro-Québec s’engageait à acheter la majorité des actifs d’Énergie NB pour 3,2 milliards $, mais pas Énergie NB en tant que telle, ni ses réseaux de transport.

À l’époque, l’Acadie Nouvelle avait appuyé en éditorial les deux ententes, mais en particulier la première. Une position qui n’avait pas été la plus populaire auprès de notre lectorat. La population acadienne – tout comme celle du reste de la province – était en majorité fortement opposée à la vente de notre société de la Couronne.

Une décennie plus tard, l’équipe éditoriale du journal n’en démord pas: vendre Énergie NB était une bonne chose.

Malheureusement, le dossier a été mené avec amateurisme par le gouvernement. Les libéraux avaient promis pendant la campagne électorale de 2006 de protéger Énergie NB. En reconnaissant publiquement pour la première fois, le 23 octobre 2009, que l’idée de vendre Énergie NB était sur la table, ils ont pris tout le monde par surprise. L’entente a été négociée en secret, sans consultation et sans mandat.

Un regard sur les textes publiés à l’époque montre à quel point le plan de communications du gouvernement a déraillé.

L’entente prévoyait un gel de cinq ans des tarifs d’électricité résidentiels et commerciaux. Par la suite, le prix aurait été ajusté en fonction de l’indice des prix à la consommation de la province. Par ailleurs, le tarif des grands clients industriels aurait été substantiellement réduit.

Cela n’avait pas rassuré les opposants, qui étaient convaincus qu’au bout des cinq années de gel, les consommateurs néo-brunswickois subiraient des mégahausses imposées par Hydro-Québec.

Ne nous bandons pas les yeux, le ressentiment contre le Québec a aussi joué un rôle majeur. Lors des manifestations, on entendait souvent des porte-paroles anglophones xénophobiques prévenir leurs concitoyens que si la vente allait de l’avant, les factures d’électricité seraient écrites en français seulement.

Un groupe de pression a d’ailleurs vu le jour à l’époque avec comme objectif de faire dérailler l’entente. Il est encore dans le portrait aujourd’hui et est toujours aussi agacé par tout ce qui touche le Québec, les francophones et les droits linguistiques: la People’s Alliance.

Devant une opinion publique qui s’était cristallisée contre le projet, une division grandissante au sein du caucus libéral et à moins d’une année des élections provinciales, la vente est finalement tombée à l’eau.

Ce n’est pourtant pas comme si Énergie NB avait été vendue à un gouvernement étranger comme la Russie ou la Chine. Le Québec est notre province voisine, fait partie du même pays et est un important partenaire. Pourtant, l’idée de lui vendre nos infrastructures était – et est encore aujourd’hui – inimaginable pour une majorité de la population.

Quand on analyse les chiffres et qu’on fait abstraction de toutes les faussetés et de toutes les chemises qui ont été déchirées au cours de ces mois fatidiques, un fait s’impose: conserver le contrôle d’Énergie NB nous a coûté très cher. Nos tarifs sont plus élevés et la dette, loin d’avoir été épongée, continue de nous coûter des millions de dollars en paiements et frais d’intérêts.

Ça ne va pas aller en s’améliorant.

La population du Nouveau-Brunswick stagne et est vieillissante. Pendant ce temps, Énergie NB est appelée à injecter des milliards de dollars pour maintenir ses infrastructures à niveau. La centrale hydroélectrique de Mactaquac devra subir une cure de rajeunissement qui coûtera de 2,9 milliards $ à 3,6 milliards $. Ce sera financé par des hausses de tarifs sur une période de 15 ans.

Pour reprendre les mots utilisés par Shawn Graham dans nos pages cette semaine, il s’agit d’une occasion manquée. «Nous aurions pu éliminer les dettes existantes et à venir. En faisant les choses nous-mêmes, nous allons devoir emprunter davantage ou augmenter les tarifs.»

Le choix de sauvegarder Énergie NB – avec tous les coûts et l’endettement que cela suppose – n’est pas mauvais et n’est certainement pas illégitime. Nous avons le droit, en tant que Néo-Brunswickois, de décider que nous voulons être maîtres chez nous.

Il y a toutefois un prix à payer pour jouer la carte du nationalisme, comme nous l’avons fait pendant ces quelques mois en 2009 et en 2010. Ce coût, nous le payons collectivement depuis dix ans.

Et la facture n’a pas fini de grimper.