Les étudiants: victimes faciles

Le gouvernement du premier ministre Blaine Higgs poursuit son effort de réduction des dépenses. Encore une fois, ce sont les étudiants qui en feront les frais.

Les progressistes-conservateurs injecteront 4 millions $ de moins cette année dans le programme de Stages d’emploi étudiant pour demain, mieux connu sous son acronyme SEED. Des générations de jeunes Néo-Brunswickois ont obtenu leur premier emploi d’été grâce à ce programme. À la suite de ces compressions, le nombre de stages passera de 2000 l’été dernier à 1400 cet été, et ceux-ci seront plus courts.

C’est une mauvaise nouvelle qui a poussé les libéraux à parler d’une attaque en règle contre les étudiants.

Il faut dire que cette annonce s’ajoute à une série d’autres.

Le programme de gratuité des droits de scolarité a été modifié de sorte que chaque étudiant recevra moins d’argent, mais que les étudiants des institutions privées pourront désormais en profiter.

Fredericton a aussi décrété l’annulation d’autres programmes, comme le plafond d’endettement. À tout cela s’est ajoutée la décision de couper près de 9 millions $ en sciences infirmières à l’Université du Nou­veau-Brunswick ainsi qu’à l’Université de Moncton.

N’en jetez plus, la cour est pleine.

Malgré les apparences, ces annonces ne s’inscrivent pas dans une stratégie du Parti progressiste-conservateur de nuire aux étudiants. D’ailleurs, le parti a ressuscité le crédit d’impôt pour les études postsecondaires.

Prises séparément, ces décisions répondent à différents impératifs politiques.

L’annulation de la gratuité universitaire, par exemple, est d’abord et avant tout politique. L’objectif du PC n’était pas de réduire les dépenses (le budget du programme reste le même) mais plutôt de se distancer d’une excellente initiative, mais qui avait le défaut d’avoir été mise sur pied par les libéraux.

Certaines de ces décisions sont aussi en partie idéologiques, les progressistes-conservateurs ayant un biais favorable à l’endroit du secteur privé.

La diminution du nombre et de la durée des stages étudiants rentre toutefois dans la catégorie des compressions budgétaires. Le gouvernement Higgs a vu là une occasion d’économiser quelques millions et il l’a saisie.

Comme bien d’autres premiers ministres avant lui, Blaine Higgs a compris que les étudiants néo-brunswickois sont peu nombreux à voter et disposent d’une faible capacité de mobilisation. Leurs priorités décident rarement, sinon jamais du sort des gouvernements lors des élections.

Nous avons dit beaucoup de bien par le passé du programme de gratuité des études secondaires postsecondaires du gouvernement Gallant. Il ne faut toutefois pas oublier que lui aussi avait serré la vis. Il avait gelé les contributions gouvernementales aux universités publiques pendant ses deux premières années au pouvoir. En raison de l’inflation, il s’agissait en pratique de compressions.

Si nous remontons plus loin en arrière, le gouvernement libéral de Jean Chrétien a pelleté son déficit dans la cours des provinces, dans les années 1990. Face à une réduction des transferts fédéraux, le gouvernement McKenna avait lui aussi sabré dans l’éducation.

Pour un gouvernement, il sera toujours plus facile de couper dans l’aide aux étudiants ou dans le financement des universités que d’effectuer des compressions en santé et dans d’autres programmes sociaux.

C’est d’autant plus vrai pour le programme SEED puisqu’il n’existe aucun consensus à propos du nombre minimal d’emplois étudiants qui devraient être subventionnés par le gouvernement. Ce nombre avait grimpé à 2000 l’année dernière, à la veille des élections, mais il n’était que de 1200 au tournant des années 2010. Il y aura 1400 emplois disponibles lors de l’été 2019.

Est-ce insuffisant? Personne ne peut le démontrer.

Le nombre d’emplois étudiants disponibles varie d’une année à l’autre. Avant les changements apportés en 2016, il variait même dans chaque circonscription, dépendant de la couleur de celle-ci et de celle du gouvernement.

Le ministre responsable, Trevor Holder, affirme aussi que la majorité des étudiants se trouvent de toute façon un emploi en raison de la pénurie de main-d’oeuvre qui sévit un peu partout. Encore une fois, difficile de le contredire, même si cela signifie que bien des jeunes ne parviendront pas à trouver un emploi dans leur domaine d’étude.

Les compressions dans le programme SEED n’ont rien de réjouissant. Mais contrairement à d’autres décisions prises par le gouvernement Higgs depuis son arrivée au pouvoir, rien ne démontre qu’elles rendront l’éducation postsecondaire moins accessible à un nombre significatif d’étudiants.

Elles s’inscrivent néanmoins dans une tendance lourde chez les conservateurs voulant que les besoins des étudiants doivent être sacrifiés sur l’autel de l’équilibre budgétaire.