Encore et toujours le favoritisme

La mort. Les taxes. Les nominations partisanes.

Il y a peu de certitudes dans la vie. Un parti qui, à peine arrivé au pouvoir, offre des postes à de loyaux partisans, est l’une d’elle.

Le premier ministre Blaine Higgs a dû justifier cette semaine l’embauche de quatre progressistes-conservateurs au sein de différentes agences et commissions provinciales.

L’ancien candidat défait à la direction du Parti progressiste-conservateur Mel Norton a été nommé à la présidence du conseil d’administration de Travail sécuritaire NB.

Le Cabinet a aussi nommé au sein de la Commission des assurances du N.-B. l’ancien député PC Kirk Macdonald ainsi que Marven Grant, représentant officiel du parti.

À ceux-ci s’ajoute John Correia, un important collecteur de fonds, qui siégera désormais au conseil d’administration d’Alcool NB. Il a été coprésident du comité de financement du Parti progressiste-conservateur lors de la dernière campagne électorale.

Mettons d’abord quelque chose au clair. Il s’agit bel et bien de nominations partisanes. Ces gens ont obtenu ces postes en raison de leurs liens avec le parti au pouvoir.

Si le Parti progressiste-conservateur avait perdu les dernières élections, aucun d’entre eux n’aurait été retenu.

Cela ne signifie pas qu’ils ne sont aucunement qualifiés. Mel Norton, par exemple, a été maire de Saint-Jean de 2012 à 2016. En plus d’être avocat, il est une personnalité respectée. Si nous ignorons ses connaissances en matière de sécurité et d’indemnisation au travail, nul ne doute qu’il dispose du leadership pour adéquatement présider une organisation comme Travail sécuritaire NB.

Les autres progressistes-conservateurs embauchés n’ont pas non plus un curriculum vitae vide. Aucun d’entre eux n’arrivera en poste précédé d’une réputation d’incompétence.

Cela dit, ils ont obtenu ces fonctions en raison de leur couleur politique. Ce sont des nominations partisanes. Du favoritisme.

Le gouvernement Higgs n’a bien sûr rien inventé en la matière.

Il n’y aurait pas suffisamment d’espace dans les pages de l’Acadie Nouvelle pour résumer toutes les embauches partisanes effectuées par les gouvernements au cours des dernières décennies, tant elles sont nombreuses.

Certaines ont fait réagir plus que d’autres, comme celle de l’ancienne ministre Margaret-Ann Blaney, nommée présidente et chef de direction d’Efficacité NB par le premier ministre David Alward aussitôt après avoir abandonné la vie politique, en 2012.

M. Alward avait aussi nommé les coprésidents de sa campagne électorale de 2010 à la tête de sociétés de la Couronne.

Les libéraux ne sont évidemment pas en reste. Le parti a aussi beaucoup d’amis à contenter. Et quand il prend le pouvoir, il ne se gêne jamais pour les récompenser. Le gouvernement de Shawn Graham (2006 à 2010) distribuait allègrement les emplois et les contrats aux libéraux. Celui de Brian Gallant ne s’était pas abstenu non plus.

Malgré tout, nous nous suprenons toujours à être frustrés et déçus quand l’inévitable fini par survenir. Brian Gallant avait promis de faire de la politique autrement. Blaine Higgs se présente comme une sorte d’antipoliticien qui privilégie la province avant la politique. Mais ils ont fini par imiter tous leurs prédécesseurs.

M. Higgs ne s’en cache même pas. Il a rejeté les critiques des libéraux, cette semaine, en affirmant que ceux-ci ont fait bien pire pendant leurs années au pouvoir. Il a ajouté avoir «dans les rangs conservateurs des gens qui sont qualifiés pour occuper ces postes».

On pourrait résumer les propos du premier ministre à propos du favoritisme en politique de cette manière: il y en a toujours eu, il y en a présentement et il y en aura toujours.

Pour être honnête, le népotisme a déjà eu beaucoup plus d’ampleur au Nouveau-Brunswick. Nous sommes loin de l’époque où les employés de la voirie étaient congédiés ou embauchés au rythme des changements de gouvernement.

La direction d’Énergie NB n’a plus les allures d’un siège éjectable depuis l’arrivée aux commandes de Gaëtan Thomas en 2010. De même, sous l’impulsion des progressistes-conservateurs, Alcool NB a mis fin en 2014 à une longue tradition d’embauche d’anciens directeurs généraux de parti ou de présidents de campagne en nommant PDG Brian Harriman, qui a une longue expérience dans l’industrie des boissons alcoolisées.

Il y a eu des progrès.

Mais la tentation d’embaucher quelqu’un sur la base de son affiliation politique reste toujours trop forte. Les moeurs politiques semblent impossibles à changer.

Le Nouveau-Brunswick a tellement besoin d’un premier ministre qui saura s’élever au-dessus de la mêlée, qui saura privilégier la compétence à la partisanerie et pour qui l’embauche de personnes apolitiques dans des postes prestigieux ne sera pas l’exception, mais la norme.

Ce premier ministre, nous ne l’avons pas encore trouvé.