Santé avant désinformation

Le ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Dominic Cardy, voudrait exclure du système public les élèves non vaccinés. Une idée qui ne sort pas de nulle part et qu’il faut mettre en pratique. Le plus tôt sera le mieux.

L’immunisation est le meilleur moyen d’empêcher des maladies mortelles de se propager.

Au Nouveau-Brunswick, un bébé recevra normalement son premier vaccin dans les heures suivant sa naissance. Le département de la Santé publique contactera ensuite les parents tous les quelques mois afin d’immuniser l’enfant contre une foule de maladies: la coqueluche, la rougeole, la varicelle, etc. C’est gratuit.

Malheureusement, nous retrouvons encore de nombreux parents que l’on pourrait qualifier de vaccino-sceptiques.

Il y en a de tout acabit. Certains sont convaincus que les vaccins ne sont pas efficaces; d’autres qu’ils provoquent l’autisme ou qu’ils font partie d’un grand complot mondial visant à contrôler la croissance de la population. On retrouve aussi des gens qui se croient plus futés que les autres: «Si tous les enfants dans l’école sont vaccinés, je n’ai pas besoin de faire vacciner le mien».

Ces théories du complot gagnent en popularité grâce aux médias sociaux. Une recherche rapide sur le web vous permettra de trouver des centaines de pseudo-études et vidéos antivaccination tout aussi convaincantes les unes que les autres.

Ces préoccupations ne datent pas d’hier. L’Acadie Nouvelle a publié en 2015 un éditorial sur le sujet, après le décès d’une étudiante néo-écossaise atteinte de méningite et de l’éclosion de cas de rougeole au Québec.

Depuis le début de son mandat, le ministre Dominic Cardy a aussi exprimé à quelques reprises sa frustration de voir des enfants fréquenter le système scolaire sans avoir reçu les vaccins recommandés. Des cas de coqueluche signalés dans quelques écoles de la province, plus tôt cette année (y compris deux à l’école secondaire Mathieu-Martin de Dieppe), avaient contribué à sa réflexion.

Officiellement, l’immunisation est obligatoire pour fréquenter une école au Nouveau-Brunswick. L’enfant peut toutefois être exempté pour des raisons médicales ou si ses parents estiment que cela constitue une entrave à leur liberté de conscience et de religion.

C’est cette deuxième exception qui pose problème. Il est inadmissible que la liberté de conscience individuelle d’un parent ait préséance sur la santé publique de toute la population en général et dans les écoles en particulier.

Étant donné que rien ne laisse croire que le mouvement antivaccination s’essoufflera, une action forte du ministère est nécessaire.

Le ministre Cardy a ordonné une vérification afin de savoir combien de jeunes ne sont pas vaccinés dans le système scolaire. Dépendant du nombre et s’il est jugé que la présence de ceux-ci peut constituer une menace à la santé publique, le ministre serait prêt à sévir. Les enfants qui ne sont pas vaccinés sans raison médicale seraient ainsi exclus du système scolaire public.

Nous appuyons cette proposition. Si un parent est suffisamment irresponsable pour ne pas faire vacciner ses enfants et est obtus au point de les garder à la maison, il n’y a pas de raison de tenter de l’accommoder.

Nous recommandons toutefois au ministère de ne pas agir avant d’avoir évalué toutes les conséquences de jouer la ligne dure. Bannir un enfant d’une école est un geste grave.

Il existe cependant des précédents en Ontario, où la vaccination est obligatoire comme au Nouveau-Brunswick.

Un peu plus de 500 élèves ont été suspendus à Ottawa en janvier parce qu’ils n’avaient pas reçu les neuf vaccins obligatoires en Ontario. En 2016, plus de 1000 élèves avaient été suspendus pour les mêmes raisons dans cette région.

Dans certains cas, la manière forte est en effet nécessaire. Il est impossible de faire entendre raison à certaines personnes qui croient aux théories du complot. Elles rejetteront les preuves scientifiques les plus irréfutables, parce qu’elles croient que les scientifiques ont tort, tout simplement. Rien ne pourra les convaincre du contraire.

Ces personnes font preuve d’égoïsme. Elles menacent non seulement la santé et même la vie de leur progéniture, mais aussi celle des bébés trop jeunes pour avoir reçu tous les vaccins, des enfants dont le système immunitaire a été trop affaibli par la maladie pour être vaccinés, les aînés à la santé fragile, les adultes qui n’ont pas été vaccinés, etc.

Nous sommes satisfaits que le gouvernement Higgs prenne la chose au sérieux.

Ceci est un enjeu de santé publique. Pas une question de croyances. Entre la protection de nos enfants et les tentatives d’accommodement de parents qui se complaisent dans la désinformation, le ministre Cardy fait le bon choix.