La guerre au stationnement

En disant non à la construction d’un stationnement de 360 places, le conseil municipal de Moncton montre qu’il est déterminé à rendre le secteur plus vibrant. Mais la partie est loin d’être gagnée.

On estime qu’environ 42% du centre-ville de Moncton est constitué de parcs d’autos, dont quelques-uns sont de propriété municipale. Le ratio de stationnement par employé serait plus ou moins le double que celui de Halifax et de Sherbrooke.

L’attrait des stationnements de surface est au coeur du problème. De nombreux entrepreneurs veulent créer des “entreprises” en transformant à faible coût des terrains, au lieu de les développer avec des édifices ou des stationnements à étages.

Le débat a en lumière le défi pour la Ville de Moncton de respecter son engagement, c’est-à-dire un centre-ville plus dense et qui soit moins un paradis de l’automobile.

L’idée est bonne sur papier. Mais dans la réalité, quand une entreprise qui paie des millions de dollars en impôt foncier chaque année a besoin d’espaces pour accueillir ses nombreux employés, il n’est pas évident de lui claquer la porte au nez. D’ailleurs, le vote cette semaine a été relativement serré: six conseillers (avec l’appui de la mairesse) ont voté contre le projet de stationnement, alors que quatre l’ont appuyé.

Tout le monde souhaite un centre-ville plus convivial… mais pas nécessairement au prix de sacrifier des entreprises qui souhaitent investir dans le secteur.

La seule façon de concilier ces deux visions est de favoriser la construction de stationnements à étages ou de mieux utiliser ceux qui existent déjà. Une solution qui a déjà fait ses preuves dans bien d’autres villes, comme Halifax et Saint-Jean, mais qui n’a bizarrement jamais vraiment été encouragée à Moncton.

Pour y arriver, des décisions impopulaires doivent être prises.

C’est ainsi que la Ville de Moncton a construit un nouvel amphithéâtre avec peu d’espaces de stationnement pour le grand public. Presque neuf mois après l’ouverture du Centre Avenir, la décision fait toujours grincer des dents.

Notons toutefois que malgré cela, tant les Wildcats que le Magic ont connu une augmentation du nombre de spectateurs. Les vieilles habitudes ont la vie dure, mais il est possible de les modifier.

Par ailleurs, la volonté des élus de Moncton est régulièrement mise à l’épreuve.

En 2017, Moncton a accepté qu’un terrain situé non loin de l’ancienne école Moncton High soit transformé en un stationnement de 539 places. À cela s’ajoute l’agrandissement du stationnement déjà existant de l’édifice, d’une centaine de places à environ 450.

Des citoyens se sont insurgés face à la disparition de l’un des derniers espaces verts du quartier. En vain. La menace du promoteur d’abandonner son ambitieux projet de transformation de l’ancienne école en centre des arts ainsi qu’en centre d’appels a suffi à convaincre le conseil de lui donner le feu vert.

Ce grand jeu de souque à la corde entre les besoins des automobilistes, des entreprises et ceux qui rêvent d’un centre-ville plus humain existe depuis longtemps.

En 2012, Moncton a éliminé des doubles voies sur la rue Main afin de pouvoir créer des places de stationnement le long des trottoirs. Quatre-vingt-huit places ont ainsi été ajoutées des deux côtés de l’artère, une demande de longue date des commerçants.

À la même époque, des citoyens avaient fait campagne afin de faire de la rue Main une rue réservée aux piétons pendant tout l’été.

L’idée a été traitée comme une hérésie, les commerçants ayant rapidement fait comprendre à la Ville qu’il était hors de question de couper aux automobilistes l’accès aux hôtels et aux entreprises pendant deux mois.

Dans la même veine, la Ville a jonglé avec l’idée, il y a quelques années, de forcer les promoteurs de prévoir des logements au moment de construire de nouveaux édifices dans le centre-ville. La frustration d’entrepreneurs et la crainte de voir des projets annulés a finalement incité la municipalité à reculer.

Les Néo-Brunswickois sont amoureux de leurs automobiles. Ce n’est pas une critique. Elles font partie intégrante de notre style de vie depuis des générations. Une partie de cela est due à la faible densité de nos communautés et aux distances qui les séparent.

Même dans une ville plus populeuse comme Moncton, la majorité de la population habite loin du centre-ville. Des artères comme le boulevard Wheeler ont été construites pour permettre aux automobilistes de se rendre dans des quartiers commerciaux plus éloignés… et les tenir loin des rues au coeur de la municipalité, afin d’alléger la circulation.

Le désir de voir un centre-ville qui est pensé pour le citoyen et le piéton, et non plus seulement pour les automobilistes, est légitime. La Ville de Moncton devra toutefois faire preuve d’une détermination à toute épreuve pour arriver à ses fins. Si le passé est garant de l’avenir, son conseil n’a pas fini de débattre et de faire face aux critiques.