Garder les permis de crabe dans la région

Le combat que mène le député fédéral Serge Cormier pour empêcher la vente de permis de pêche au crabe à des intérêts de l’extérieur du Nouveau-Brunswick est important. Une industrie représentant des milliers d’emplois et des millions de dollars en retombées économiques risque de s’éteindre à petit feu si rien n’est fait.

Ce n’est un secret pour personne, la pêche au crabe est extrêmement lucrative. Plusieurs se sont enrichis grâce à celle-ci, et c’est tant mieux. Personne ne veut voir nos pêcheurs crever de faim.

Cela signifie que les permis de pêche, dont le nombre est limité afin de protéger la ressource, se vendent à prix d’or. Ils sont nombreux, à l’extérieur de la province, à saliver à l’idée de posséder l’un de ces précieux permis. Et à offrir de grosses sommes d’argent pour y parvenir.

Afin de protéger les petites communautés côtières comme celles que l’on retrouve dans la Péninsule acadienne, le gouvernement du Canada impose depuis longtemps des règles. Le libre marché n’a pas cours, du moins pas comme on l’entend dans la majorité des autres industries.

La règle du capitaine-propriétaire est la plus connue. Elle existe afin d’empêcher, à titre d’exemple, qu’une multinationale achète tous les permis d’une région afin de faire transformer la ressource ailleurs.

En ce qui a trait aux permis de pêche au crabe, quelques règles sont en vigueur. Un crabier qui veut vendre son permis doit trouver un acheteur qui réside dans la province depuis au moins six mois, en plus de compter un certain nombre d’heures comme pêcheur.

Ces règlements qui semblent au premier abord restrictifs n’empêchent pas le morcellement de la flottille de crabiers traditionnels acadiens. Au cours des dernières années, au moins huit permis appartenant à des capitaines-propriétaires du Nouveau-Brunswick ont été transférés à l’extérieur de la province.

Dans une entrevue récente à Radio-Canada, la Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels (FRAPP) a expliqué l’impact de cette saignée. Plus d’une trentaine de pêcheurs de la Péninsule acadienne ont perdu leur emploi. De plus, chaque bateau permettrait de soutenir par ses débarquements (qu’il faut transporter, transformer, vendre, etc.) pas moins d’une vingtaine d’emplois chacun.

La perte de ces huit permis représenterait donc la disparition de 160 emplois dans le secteur des pêches de la Péninsule et des millions de dollars en retombées économiques perdues.

La vente d’un permis étant par définition moins spectaculaire que la fermeture ou le déménagement d’une usine bien visible en plein coeur d’une communauté, cet exode s’est fait plus ou moins dans l’indifférence.

C’est en train de changer, en grande partie grâce aux efforts du député Cormier, qui veut s’attaquer au problème. L’ennui, c’est que le fédéral semble moins pressé que lui. Aucune discussion portant sur les règles des transferts de permis n’est prévue avant… l’année prochaine.

Pourtant, si ce problème existe, c’est avant tout la faute du laxisme d’Ottawa. S’il s’assurait de faire respecter les règles qui existent déjà, le problème serait déjà moins criant.

En effet, c’est un secret de Polichinelle que la règle des six mois de résidence est facile à contourner. Le pêcheur néo-écossais qui souhaite se lancer dans l’industrie du crabe n’a qu’à s’acheter une maison au Nouveau-Brunswick. Au bout de six mois, il peut ensuite acquérir le permis de crabe, puis le rapatrier dans sa province d’origine en utilisant «des prête-noms et autres subterfuges», comme l’a bien résumé la député de Caraquet Isabelle Thériault.

Cette pratique va à l’encontre de l’esprit de la loi. Il n’y a aucune raison de la tolérer.

Cela dit, le député Cormier a raison de vouloir élargir le débat en invitant les représentants de l’industrie à s’assoir avec lui afin de chercher des solutions. Il s’agit après tout de leur gagne-pain.

L’une des pistes de solutions pourrait être de mettre en place des programmes de financement afin de donner aux gens de la Péninsule et du Nouveau-Brunswick les moyens de participer à la surenchère.

Les permis sont la propriété des crabiers, mais ils ont un impact sur toute la communauté. Personne ne veut les forcer à vendre à rabais. Mais nous ne pouvons pas non plus laisser le libre marché sauvage avoir la priorité absolue.

Parfois, demander à un groupe d’individus d’avoir une conscience sociale ne suffit pas. Dans ce cas-ci, le gouvernement fédéral doit s’en mêler.

Le plus vite sera le mieux.