Quand le CMA quitte le N.-B.

Le Congrès mondial acadien de 2024 aura lieu dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, dont la candidature a été préférée à celle de la région Baie-des-Chaleurs, située au Nouveau-Brunswick et en Gaspésie. Si l’Acadie Nouvelle a évidemment un parti pris pour les candidatures néo-brunswickoises, il faut avouer que ce n’est pas une mauvaise chose de voir le grand rassemblement acadien avoir lieu à l’extérieur.

Le Congrès mondial acadien de 2004 a eu lieu en Nouvelle-Écosse. Tous les congrès qui ont suivi ont eu lieu en partie (2014, 2019) ou dans leur entièreté (2009) au N.-B.

Au moment où débutera le congrès de 2024, cela fera donc deux décennies depuis la dernière fois où un CMA a été organisé sans aucune attache avec le territoire géographique néo-brunswickois.

Les régions qui souhaitent accueillir le grand événement quinquennal reçoivent un cahier de charges qui énumèrent les conditions qui doivent être respectées. On y retrouve ce qui doit être impérativement inclus dans la programmation (les cérémonies d’ouverture et de fermeture, les rassemblements de famille, etc.), la durée maximale des festivités (11 jours), son budget (au maximum

1 million $ par journée de programmation) ainsi que bien d’autres balises.

Un comité analyse ensuite les candidatures à l’aide d’un système de notation afin d’être en mesure de présenter une recommandation au conseil d’administration de la Société Nationale de l’Acadie. Nous ignorons ce qui a fait pencher la balance en faveur de la région de Clare-Argyle, les membres du comité étant tenus à la confidentialité.

Il est néanmoins probable que la candidature interprovinciale de l’Acadie du nord (Chaleur et Restigouche) et de la Gaspésie du sud (Avignon-Ouest et Bonaventure) ait perdu des points en raison des distances importantes à parcourir.

Autre détail, le cahier de charge prévoit explicitement de tenir compte «de l’importance de tenir le CMA dans diverses régions».

L’Acadie mondiale a donc rendez-vous en Nouvelle-Écosse pour la deuxième fois. À quoi pouvons-nous nous attendre?

La question mérite d’être posée. Des cinq congrès mondiaux à avoir été organisés, celui de 2004 est celui qui a eu le moins grand retentissement.

Après les «grandes retrouvailles» de 1994, dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, et le «réveille» des Cadiens en 1999, le «retour au berceau de l’Acadie» n’a pas suscité la même magie, et ce, même s’il a été organisé en plein 400e anniversaire de l’Acadie.

Les organisateurs avaient choisi d’en faire un événement provincial. Des activités ont eu lieu d’un bout à l’autre de la Nouvelle-Écosse. La programmation avait été divisée entre les régions de Chéticamp, de la baie Sainte-Marie et de Halifax.

Un coup d’oeil dans nos archives nous révèle que les touristes n’avaient pas été au rendez-vous, du moins pas en nombre aussi important que prévu. Des commerçants avaient investi dans leurs magasins, boutiques et attractions en prévision d’une manne qui n’est finalement jamais venue.

Parallèlement à cela, les fêtes du 400e anniversaire de l’Acadie n’ont pas soulevé de grandes passions cette année-là, y compris au Nouveau-Brunswick. De son côté, Ottawa s’était longuement fait tirer l’oreille avant d’accepter de financer pour la peine les célébrations. La ministre libérale du Patrimoine canadien, Sheila Copps, avait fait une déclaration qui en disait long sur l’importance relative qu’accordait le gouvernement fédéral au 400e: «On ne fait pas un fonds chaque fois qu’on fait une fête.»

Les choses ont fini par s’arranger et tant les festivités du 400e que le CMA 2004 ont eu lieu. Ce serait toutefois faire preuve de révisionnisme historique de dire que ces deux événements ont été mémorables.

C’est ainsi qu’après trois congrès mondiaux acadiens survenus dans les trois juridictions (Nouveau-Brunswick, Louisiane, Nouvelle-Écosse) qui ont joué le plus grand rôle dans l’histoire acadienne, plusieurs ont cru que nous avions fait le tour et qu’il était temps de passer à autre chose.

Il aura fallu le mégasuccès populaire du congrès de 2009, dans la Péninsule acadienne et la grande réussite de l’édition 2014 (l’Acadie des terres et forêts) pour relancer la machine. Reste à voir si les choses seront différentes en 2024.

Les activités ne seront pas cette fois éparpillées à travers la Nouvelle-Écosse, mais plutôt concentrées dans une région. Les Acadiens de cette province sortent aussi d’une grande période de mobilisation, pendant laquelle ils se sont notamment battus pour sauver leurs circonscriptions électorales protégées.

À l’ère des médias sociaux, il sera aussi plus facile de faire sortir le CMA de sa bulle néo-écossaise, où il a été enfermé il y a 15 ans, et de convaincre la diaspora de se rendre à Clare et à Argyle afin de participer à la fête.

Souhaitons que celle-ci sera un succès, autant pour la pérennité de l’Acadie néo-écossaise que celle du Congrès mondial acadien.