Un recul pour le tourisme

La décision du gouvernement Higgs de réduire le nombre de bureaux touristiques et d’éliminer le guide-vacances provincial est une politique à courte vue. Elle permettra à la province d’économiser des centaines de milliers de dollars, mais causera du tort à l’industrie touristique.

Les temps changent. Des outils comme Google, Facebook et plus généralement l’internet permettent de nos jours au simple citoyen de planifier ses vacances n’importe où dans le monde. En seulement quelques clics, il peut choisir sa destination, payer sa chambre d’hôtel ou son espace de camping, réserver ses billets pour un spectacle, pour une attraction, etc.

Le gros bureau touristique isolé au bord d’une autoroute n’est plus un arrêt obligatoire. Le guide en papier glacé distribué dans les stations-services n’est plus l’unique façon de planifier son passage dans une autre province ou de découvrir de nouvelles «extravacances», pour reprendre un terme longtemps utilisé dans les campagnes publicitaires néo-brunswickoises.

La volonté du gouvernement de mettre une croix sur son principal outil de promotion touristique n’est toutefois pas le fruit d’une réflexion en ce sens. Il s’agit d’une décision budgétaire.

Dans son dernier budget, Fredericton a fait passer de 20,3 millions $ à 12,8 millions $ ses fonds consacrés au tourisme. Avec une diminution aussi draconienne, l’élimination du guide-vacances – qui fait plus de 200 pages et qui est distribué à plus de 300 000 exemplaires – allait de soit.

Cette compression n’est pas le fruit d’une grande analyse ou d’un changement de stratégie. Au contraire, il ne semble pas y avoir de plan pour la suite des choses. L’industrie touristique n’a même pas été consultée. Le ministre responsable, Robert Gauvin, n’a pu dire si le guide est populaire. Il a plutôt soutenu avoir discuté avec un travailleur du milieu du tourisme, qui lui aurait affirmé avoir reçu l’été dernier 1000 guides-vacances, mais n’en avoir distribué que 124.

M. Gauvin n’a pas donné le nom de sa source ni le lieu touristique où elle travaille. D’autres représentants de l’industrie ont toutefois déclaré publiquement, dans les médias, avoir distribué tous leurs guides.

En fait, personne dans la capitale ne semble avoir étudié quel sera l’impact de cette décision qui fera particulièrement mal aux régions rurales qui n’ont pas les moyens de vendre leurs attraits à travers le continent, contrairement à des villes comme Saint-Jean ou Moncton.

C’est problématique. Par définition, le secteur du tourisme est très dépendant des stratégies de communication du gouvernement. Ses bons et ses moins bons coups ont des répercussions à travers la province.

Les régions du nord francophone profitent encore chaque hiver du coup de génie publicitaire qu’a été la campagne de «l’or blanc». Et que dire des plages de l’est de la province qui attirent chaque année des milliers de touristes à la recherche des «eaux les plus chaudes au nord de la Virginie»?

À l’inverse, le gouvernement peut aussi tirer dans le pied de l’industrie. L’exemple le plus flagrant remonte à 2000, quand le gouvernement du premier ministre Bernard Lord a annoncé qu’il consacrerait ses efforts à attirer les touristes dans la région de Fundy. Face au tollé des régions mises de côté, le ministère du Tourisme avait tenté de faire croire qu’une fois les Américains et les Canadiens anglais présents dans la région de Saint-Jean, on allait leur chanter les louanges de l’Acadie. «Si on nous prend pour des parfaits imbéciles, autant le dire directement», avait tranché l’Acadie Nouvelle en éditorial à l’époque.

Un an plus tard, face au fiasco de ce «plan», qui avait entre autres mené à une importante baisse du nombre de touristes québécois, le gouvernement Lord redonnait aux attractions du littoral acadien la visibilité perdue.

Ce que fait le gouvernement provincial compte. Ses choix budgétaires contribuent à la réussite ou à l’échec de la saison touristique. N’essayons pas de nous faire croire le contraire.

Un dirigeant du producteur de boissons gazeuses Coke a déjà comparé la publicité à la locomotive d’un train. Le train a beau rouler à pleine vitesse, il va finir par s’arrêter si on lui enlève sa locomotive.

Dans ce cas-ci, le gouvernement Higgs affirme qu’il peut remplacer la locomotive par une autre. Que la visibilité sur le web compensera l’élimination du bon vieux guide-vacances en papier.

Tant mieux s’il a raison. Mais d’ici à ce qu’il en fasse la démonstration, force est de constater que la perte du guide-vacances nuira au secteur du tourisme ainsi qu’aux régions qui en dépendent le plus.

Ce choix gouvernemental est légitime. L’électeur moyen préfèrera toujours perdre un guide touristique plutôt qu’un service dans son hôpital. Sans compter que le budget du tourisme reste relativement élevé.

Mais il s’agit bel et bien d’une compression budgétaire. Pas d’une vision pour faciliter l’accès à l’information touristique ou pour attirer un plus grand nombre de touristes.