Bataille de relations publiques

Le conflit qui oppose le gouvernement provincial aux employés des foyers de soins est passé à une nouvelle étape. À la fois un dossier juridique et salarial, voilà qu’il se transporte dans une autre arène, où l’enjeu est encore plus émotif: les congés de maladie.

Pris à sa plus simple expression, cette négociation a tout ce qu’il y a de traditionnelle. Le gouvernement du Nouveau-Brunswick offre des augmentations annuelles de 1% pendant quatre ans. Le Syndicat canadien de la fonction publique réclame 4% par année pendant la même période.

Un gouffre, oui, mais comme on en retrouve souvent dans ce type de négos. Ce n’est pas la première ni la dernière fois que les parties patronale et syndicale ne s’entendent pas sur l’ampleur des hausses de salaires que méritent les employés.

La judiciarisation du conflit a toutefois contribué à pourrir le climat des négociations. Il n’est pas clair si les travailleurs ont le droit de déclencher une grève ou s’ils doivent être considérés comme étant des travailleurs essentiels, au même titre que les policiers ou les médecins, par exemple.

Ne pouvant déclencher la grève en attendant que la cour tranche et étant incapables de convaincre le gouvernement de laisser un arbitre indépendant imposer sans condition une nouvelle convention, les syndiqués ont choisi de réaliser une série de coups d’éclat, le plus spectaculaire étant l’occupation pendant trois jours du bureau du ministère du Déve­loppement social, à Fredericton.

Le gouvernement provincial n’a d’abord pas su comment réagir face aux actions syndicales. Le premier ministre Blaine Higgs a eu l’air d’un «chevreuil figé devant les phares d’un char», pour reprendre l’expression utilisée par le chroniqueur Pascal Raiche-Nogue dans nos pages, il y a deux semaines.

Le gouvernement Higgs était en train de perdre à plate couture la guerre des relations publiques. Les récents événements laissent croire qu’il prend les moyens pour renverser la vapeur.

Il y a quelques semaines, M. Higgs avait déjà déclaré être prêt à bonifier son offre si ceux-ci acceptaient des mesures visant à réduire l’absentéisme.

Il a depuis été beaucoup plus loin.

Le premier ministre a déclaré cette semaine que les syndiqués des foyers de soins utilisent leurs journées de maladie comme s’il s’agissait de vacances. Il a révélé que ces congés sont souvent pris tout juste avant ou après leurs vacances, un congé férié ou pendant les saisons de chasse ou de pêche.

Le syndicat a répliqué que ses membres ont une charge de travail très lourde, qu’ils exercent des tâches stressantes et complexes, dans des conditions difficiles, et qu’il faut donc tenir compte de leur santé mentale.

Néanmoins, le coup a porté. Pour une rare fois, les employés des foyers de soins se sont retrouvés sur la défensive.

La raison est que Blaine Higgs a soulevé un enjeu bien réel, qui ne se limite d’ailleurs pas aux foyers de soins. C’est une situation qui existe un peu partout dans la fonction publique, y compris dans les écoles et dans le milieu hospitalier. De nombreux syndiqués du gouvernement estiment avoir mérité leurs congés de maladie et être en droit de les utiliser quand ils le désirent, qu’ils soient réellement malades ou non.

Dans les hôpitaux, le problème est devenu tellement important que pendant son éphémère passage à la tête du Réseau de santé Vitalité, Rino Volpé en a fait une priorité.

Il a révélé lors d’une sortie médiatique en 2013 que ses employés prenaient en moyenne 13 journées de maladie par année, la plupart du temps les lundis et les vendredis, ce qui donne commodément à l’employé «malade» une longue fin de semaine.

Surtout, il a voulu mettre fin à une pratique qui permettait aux employés d’hôpitaux d’utiliser leurs jours de maladie non utilisés pendant leur carrière pour prendre une «année de maladie» juste avant la retraite. Vous devinerez que la mesure n’avait pas été bien accueillie par les syndiqués.

Évidemment, un tel problème ne se résoudra pas à l’aide de déclarations-chocs dans les médias. Dans l’histoire des relations de travail au Canada, ce n’est probablement jamais arrivé qu’un politicien (ou un dirigeant d’entreprise, ou un négociateur…) réussisse à mettre fin à une dispute de cette manière.

Un conflit de travail se règle par la négociation ou encore avec l’arbitrage. Pas avec des déclarations spectaculaires. M. Higgs le sait très bien. Ses sorties des derniers jours ne représentent pas une stratégie de négos. Il s’agit plutôt de relations publiques.

Il faudra éventuellement que les deux parties acceptent des compromis. Nous n’en sommes pas là. Le jugement du 5 juillet déterminera si les travailleurs disposent d’un rapport de force suffisant pour faire plier Fredericton en faisant la grève.

S’ils perdent leur cause, le bras de fer pourrait se poursuivre encore longtemps. D’où l’importance pour le gouvernement d’imposer dès maintenant sa vision des choses auprès de l’opinion publique.