Ferons-nous l’erreur d’oublier?

Il y a 75 ans cette semaine, nos soldats débarquaient sur les plages de Normandie sous les tirs allemands, sonnant ainsi le début de la fin pour le régime nazi. Une guerre atroce, la plus meurtrière de l’histoire de l’humanité, allait se terminer grâce à leur courage et à leur sacrifice. Pourquoi avons-nous l’impression que nos dirigeants n’en ont pas retenu les leçons?

La Seconde Guerre mondiale a duré cinq ans et a causé la mort de plus de 50 millions de personnes (certaines estimations montent jusqu’à 85 millions). Elle a inclus le génocide des Juifs d’Europe, des massacres, des batailles d’attrition, le bombardement de civils et l’utilisation de la bombe atomique.

Il est peu probable qu’un troisième conflit mondial survienne, du moins sous cette forme. Il faudrait pour cela un scénario plus ou moins inconcevable, dans lequel les États-Unis décideraient de conquérir le monde, ou le déclin des démocraties occidentales pousserait la Chine ou la Russie à menacer la paix mondiale. On ne voit pas poindre à l’horizon un script comme ceux de 1914-1918 et de 1939-1945, où des puissances belliqueuses enverraient leurs soldats écraser de leurs bottes la résistance du reste de la planète.

Il suffit de se rappeler à quel point les États-Unis ont éprouvé des difficultés en Irak depuis 2003, de même que les ennuis de l’Union soviétique après son invasion de l’Afghanistan en 1979, pour réaliser que ce n’est pas demain la veille qu’un dictateur partira à la conquête du monde libre.

Cela ne signifie pas que le spectre de la guerre est à jamais disparu. Au contraire, la montée du populisme, de la rhétorique des politiciens d’extrême-droite et de la désinformation font craindre le pire.

Donald Trump n’a encore déclenché aucune guerre, contrairement à beaucoup de ses prédécesseurs. Mais ses paroles figurent parmi les plus belliqueuses jamais entendues de la part d’un président américain depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

En mai 2019, il a menacé l’Iran de destruction. «Si l’Iran veut se battre, ce sera la fin officielle de l’Iran», a-t-il déclaré. En septembre 2017, dans un discours devant l’Assemblée générale de l’ONU, il a promis de «détruire complètement la Corée du Nord» si celle-ci n’obtempérait pas à ses directives.

Évidemment, pris isolément, ce ne sont que des mots lancés en l’air. L’armée américaine n’est pas en état d’alerte et aucune ogive nucléaire n’a encore été balancée d’un bord ou l’autre des océans qui bordent nos deux pays.

Ils démontrent toutefois la soif d’une certaine frange de politiciens d’en découdre avec le reste du monde. Comme s’ils ne se souvenaient plus à quel point une guerre peut dégénérer.

Heureusement, tout le monde n’a pas oublié.

L’Acadie Nouvelle vous a raconté dans l’édition de vendredi l’histoire du soldat acadien Louis Valmont Roy, qui a participé au Débarquement de Normandie, durant lequel il s’est illustré avant de tomber au champ d’honneur à l’âge de 21 ans.

Une école primaire située dans la région porte désormais le nom de ce héros. Une façon de rappeler aux enfants le prix payé par des personnes comme Valmont Roy, qui se sont enrôlées afin de combattre l’oppresseur à des milliers de kilomètres de leur foyer.

Il reste de moins en moins de survivants pouvant raconter l’horreur. Le jour n’est plus très loin où les derniers vétérans et anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale auront rendu l’âme.

Celle-ci deviendra alors une chose encore plus abstraite, comme l’est devenue à la longue la Première Guerre mondiale. Ce sera une guerre de plus qui remonte à une autre époque et à laquelle on s’intéresse vaguement aux dates anniversaires. Elle sera racontée dans les livres d’histoire. Les dirigeants les liront-ils?

Soixante-quinze années ont passé depuis le Débarquement de Normandie. Un jour, ce sera 100 ans, puis 150 ans. Serons-nous suffisamment sages pour vivre dans la paix malgré toutes les différences qui nous séparent? Un dictateur fou furieux ou un président sans une once de jugement finira-t-il par appuyer sur le bouton rouge et déclencher une guerre nucléaire?

Ou aurons-nous plutôt l’intelligence de nous remémorer le sacrifice de Louis Valmont Roy et de tous les autres qui ont combattu et perdu la vie en Normandie, le 6 juin 1944?

Nous vivons dans un drôle de monde, où des milliers de gens acceptent de gober les pires des énormités s’ils les ont lues sur Facebook ou s’ils ont entendu un hurluberlu le répéter sur Fox News. Une guerre finira-t-elle par se déclencher de cette façon?

Merci à tous les anciens combattants – en particulier ceux du Nouveau-Brunswick – qui nous rappellent encore aujourd’hui par leur présence et leur histoire que la seule réponse acceptable à cette question est «non». Et qu’il devra toujours en être ainsi.