Chantier naval: à Higgs d’agir

Avec la finalisation de la construction d’une cale sèche au chantier naval de Bas-Caraquet, le carnet de commandes du Groupe Océan est désormais vide. La suite des événements sera dictée par le gouvernement Higgs.

Le gouvernement provincial a dû se résoudre en 2016 à acheter le Centre naval du Nouveau-Brunswick, qui était alors au bord du gouffre financier, incapable de payer des factures totalisant près de 4 millions $ à différentes entreprises. Le Groupe Océan avait suspendu ses activités en attendant d’avoir la certitude que le Centre naval aurait les moyens de remplir ses obligations contractuelles à son égard.

Bref, ça n’allait pas bien. L’effondrement était imminent. Sans l’intervention du gouvernement Gallant, il y avait un risque bien réel que la clef soit mise sous la porte.

Les progressistes-conservateurs et leur chef Blaine Higgs sont maintenant au pouvoir. Ils ont hérité de la patate chaude.

Cela ne fait pas leur affaire. Acheter et gérer un chantier naval n’est pas dans l’ADN de ce parti. Blaine Higgs a souvent répété que ce n’est pas le rôle des gouvernements de déterminer qui sont les gagnants et les perdants, que ceux-ci n’ont pas à jouer dans les platebandes du privé.

Alors qu’il était chef du Nouveau Parti démocratique, Dominic Cardy (aujourd’hui ministre progressiste-conservateur) avait invité la province à «laisser couler le bateau». Nul doute qu’ils sont nombreux à Fredericton à partager cette opinion.

Et si vous croyez que la People’s Alliance, dont dépend la survie de l’administration Higgs, accepterait l’injection de fonds publics dans un chantier situé en Acadie et dont le principal locataire est une entreprise du Québec, vous rêvez en couleurs.

Pour l’instant, le gouvernement Higgs n’a pas encore osé aller jusqu’à remettre en question l’avenir du Centre naval du Nouveau-Brunswick ni le fait qu’il soit de propriété gouvernementale.

Il faut dire qu’après des débuts cahoteux, l’endroit roule désormais à plein régime. Le Groupe Océan n’est pas le seul locataire de l’endroit. Des entreprises comme Cons­truction naval Atlantique et Friolet Services Maritimes y réparent, remettent à neuf ou construisent de magnifiques bateaux.

L’achat après des années de tergiversation des politiciens d’un nouveau ber cavalier, au coût de 1,2 million $, a aussi donné un élan aux lieux.

Cela dit, le gouvernement Higgs devra bientôt se mouiller s’il croit réellement en l’avenir du chantier de Bas-Caraquet.

Divers politiciens ont promis une rampe de halage d’une capacité de 600 tonnes. D’une valeur de 5 millions $, elle permettrait à Groupe Océan de réaliser d’autres contrats dans la région.

Le dossier traîne depuis quelques années. Le gouvernement fédéral, qui a travaillé en collaboration avec les libéraux de Brian Gallant afin de réaliser la relance du chantier, a annoncé en 2017 un investissement de

10 millions $ afin de permettre l’achat d’un ber cavalier et de la fameuse rampe de halage.

Cette deuxième moitié de l’annonce ne s’est toutefois jamais concrétisée, si bien que Groupe Océan s’interroge désormais sur son avenir dans la région. Sans la rampe, elle ira ailleurs, tout simplement.

La balle est dans le camp de Fredericton, qui souhaite obtenir un engagement du Groupe Océan qu’une telle rampe sera utilisée et rentabilisée avant de s’engager à dépenser des millions de dollars dans l’opération.

Il est normal que le gouvernement étudie bien la question pour ne pas être Gros-Jean comme devant, advenant le départ de Groupe Océan dans quelques années.

Il doit toutefois trouver un bon équilibre entre l’intérêt des contribuables et ceux de l’industrie ainsi que de toute la région.

En investissant dans le projet d’un chantier naval, les gouvernements qui se sont succédé ont reconnu qu’ils ont un rôle à jouer pour aider l’économie de la Péninsule acadienne à rattraper son retard. Et pour une fois, ils l’ont fait en misant sur une des forces historiques de la région plutôt qu’en injectant des millions de dollars dans le textile ou les centres d’appels, comme cela s’est fait par le passé.

Ils ont aussi su trouver un partenaire fiable en Groupe Océan, une entreprise aux activités diversifiées qui a démontré sa volonté de s’implanter dans notre province.

Jusqu’à maintenant, le gouvernement Higgs n’a su que faire des défis particuliers que l’on retrouve dans certaines régions, comme on l’a constaté avec sa réforme de l’aide aux étudiants du postsecondaire.

Soyons réalistes. Il y a peu de chance qu’il investisse un seul denier supplémentaire dans le Centre naval du N.-B.

Nous l’invitons quand même à tenir compte du rôle que joue le chantier, et surtout qu’il est appelé à jouer, dans la Péninsule acadienne.

Sa décision en dira long sur l’importance qu’il accorde au développement des régions économiquement défavorisées.