Le champion de l’Alberta

Le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, a eu droit à un accueil grandiose de la part du gouver­ne­ment provincial la semaine dernière. Une visite qui a surtout servi de prétexte pour positionner le Nouveau-Brunswick comme étant le plus grand allié de l’Alberta et de son industrie pétrolière.

Jason Kenney s’est offert une tournée pancanadienne afin de rassembler les forces de droite et de faciliter le transport du pétrole albertain vers l’est du pays.

Ses efforts sont légitimes.

L’Alberta est dépendante de son industrie pétrolière. Tout premier ministre de cette province a pour mandat de trouver de nouveaux marchés afin d’obtenir un meilleur prix pour cette ressource. Si un premier ministre néo-brunswickois faisait de même au nom de l’industrie forestière ou des fruits de mer, nous serions les premiers à l’applaudir.

Mais voilà, ce n’est pas ce que fait Blaine Higgs.

Son gouvernement a sorti le grand jeu. Jason Kenney a même obtenu jeudi le rare privilège de s’adresser à l’Assemblée législative. Son discours a été accueilli par une ovation de la part des députés progressistes-conservateurs et de la People’s Alliance.

Ce n’est pas tout.

Le lendemain, M. Kenney et M. Higgs se sont rendus devant la raffinerie Irving de Saint-Jean y enregistrer une vidéo. On y voit le premier ministre albertain vanter les oléoducs et le pétrole qui pourraient y couler jusque dans la raffinerie. M. Higgs se contente d’approuver tout ce que dit M. Kenney, un peu comme le ferait un député d’arrière-ban devant son chef.

Il n’y a rien de mal à cela. La raffinerie Irving est un employeur important à Saint-Jean. Du point de vue électoral, les progressistes-conservateurs ont aussi tout avantage à démontrer à la population de cette région qu’ils font tout ce qu’ils peuvent pour protéger et créer des emplois. Aux dernières nouvelles, le gouvernement est toujours minoritaire. Chaque circonscription compte.

Blaine Higgs va cependant plus loin. Il est devenu une sorte de cheerleader du premier ministre albertain. Il s’est donné comme mission de permettre à M. Kenney d’accomplir ses principaux objectifs, soit d’éliminer le projet de loi fédéral C-69 sur les évaluations environnementales, de ressusciter Énergie Est et de permettre l’accession du conservateur Andrew Scheer au poste de premier ministre du Canada.

Le premier ministre Higgs a le droit de mener ses batailles comme il l’entend. Nous aimerions toutefois le voir dépenser autant d’énergie sur des enjeux qui touchent de plus près les Néo-Brunswickois.

Nous nous répétons, mais le projet d’oléoduc Énergie Est est mort et enterré. Son promoteur n’a plus l’intention de dépenser des milliards de dollars pour un construire un oléoduc jusqu’à Saint-Jean.

Pendant que M. Higgs filme des vidéos avec Jason Kenney ou participe à des manifestations en Saskatchewan pour faire la promotion d’un projet qui n’existe plus, il ne démontre pas autant d’intérêt pour d’autres initiatives plus près de nous.

Vous ne le verrez pas se déplacer au Centre naval du Nouveau-Brunswick, à Bas-Caraquet, pour visiter les installations et constater ce qui peut être fait pour appuyer son développement. Il ne se rendra pas au Mont Carleton pour voir comment y attirer plus de touristes. Il n’ira pas voir de lui-même l’état du réseau routier et l’impact qu’auront ses compressions.

Plus préoccupant encore, M. Higgs ne consacre pas auprès des premiers ministres des provinces voisines le dixième des efforts qu’il met à courtiser Jason Kenney.

En mars, il n’a même pas daigné se présenter à une réunion des premiers ministres de l’Atlantique et des ministres fédéraux à Halifax. Il a plutôt délégué le ministre Greg Thompson, qui n’est pas exactement un poids lourd au sein de son gouvernement. La rencontre portait sur une Stratégie de développement pour l’Atlantique, l’immigration, les ententes interprovinciales sur l’électricité.

D’ailleurs, si M. Higgs était aussi passionné à l’idée d’obtenir un accès à l’électricité à bas coût qui est produite au Québec qu’il ne l’est à appuyer l’Alberta, Dieu seul sait à quel point cela aurait un impact à la baisse sur nos factures d’Énergie NB. Il préfère plutôt bouder le Québec en raison de son opposition à Énergie Est.

Dans le même ordre d’idée, la stratégie de confrontation de M. Higgs à l’égard du gouvernement Trudeau a pour résultat que la taxe fédérale sur le carbone est plus élevée au Nouveau-Brunswick que dans les provinces voisines, qui ont plutôt cherché un terrain d’entente. Cela a un impact sur le portefeuille de chaque automobiliste de notre province.

Blaine Higgs a démontré une nouvelle fois qu’il est le champion de l’Alberta, des oléoducs et de l’industrie pétrolière. Si seulement il pouvait être aussi motivé à devenir le champion du Nouveau-Brunswick, y compris de ses régions les plus défavorisées, il pourrait accomplir de belles choses ici, dans sa province.