Problèmes de grande ville

Le Nouveau-Brunswick compte une population vieillissante et stagnante, laquelle est éparpillée un peu partout sur le territoire. Inutile de préciser que nous n’abriterons jamais une ville d’importance comme Halifax ou Winnipeg, deux capitales qui abritent respectivement presque et plus de la moitié de la population de la Nouvelle-Écosse et du Manitoba.

Au Nouveau-Brunswick, les aléas de l’histoire ont plutôt mis en compétition trois cités: Fredericton la capitale, Saint-Jean la ville portuaire et industrielle (et siège de la toute puissante famille Irving) ainsi que Moncton le centre de services.

Grâce à son exceptionnelle croissance démographique, Moncton est devenue la ville la plus populeuse du Nouveau-Brunswick.

Son centre-ville avec son nouvel amphithéâtre, ses quartiers commerciaux, ses universités, ses nouveaux édifices, commerces et écoles qui poussent comme des champignons de même que le fait d’être un aimant qui attire les citoyens des régions rurales et les immigrants contribuent à donner à la région une vitalité exceptionnelle.

La croissance de Moncton a été telle qu’elle est devenue le plus près que nous n’aurons jamais d’une grande ville au Nouveau-Brunswick, avec tous les avantages, la prospérité et la qualité de vie que cela apporte.

Mais aussi avec tous les problèmes que cela implique.

Les lecteurs de l’Acadie Nouvelle ont lu avec intérêt les reportages de notre journaliste Lili Mercure, qui a fait découvrir dans nos pages les dessous de Tent City, un camp de sans-abris qui a fait son apparition à Moncton.

Dans ce terrain de camping improvisé vivent une soixantaine d’itinérants, mais aussi des gens trop pauvres pour s’établir dans les logements toujours plus dispendieux.

Beaucoup sont des laissés-pour-compte de la société que vous ne verrez jamais dans les grands magasins et dans les boutiques spécialisées du secteur Mapleton, ni assis sur les sièges du Centre Avenir.

La présence des sans-abris à Moncton ne date évidemment pas d’hier.

Au tournant des années 2000, le conseil municipal a adopté un règlement sévère après avoir reçu des plaintes de la part de commerçants et de citoyens. La Ville voulait ainsi forcer les mendiants à se faire plus discrets et, surtout, à cesser de harceler les passants. Les contrevenants pouvaient se faire imposer une amende allant jusqu’à 50$ ou même se retrouver derrière les barreaux.

C’est sans compter la pauvreté invisible, celle qui se cache derrière les portes closes et que personne ne peut ou ne veut voir. Des citoyens qui ont fait du porte-à-porte, pendant la crise du verglas dans la Péninsule acadienne, ont été ébranlés de trouver dans certaines résidences des gens qui vivent dans la plus grande pauvreté.

Mais un campement de sans-abris, à deux pas du centre-ville de Moncton? Voilà qui en a sidéré plus d’un.

Ces situations surviennent normalement dans les métropoles. Pas plus tard qu’en mars, la Ville de Toronto a envoyé des équipes au volant d’équipement lourd afin de «nettoyer» un camp qui s’était créé sous l’autoroute express Gardiner. Les autorités attendaient que la météo se réchauffe avant d’évacuer ces gens, qui s’étaient d’abord vu imposer un avis d’expulsion en plein mois de janvier. Finalement, l’incendie accidentel de l’une des tentes a convaincu la Ville d’intervenir.

Le cas du camp de l’autoroute Gardiner n‘est pas unique. D’autres campements comme celui-là ont été démolis ailleurs à Toronto dans la dernière année. L’interdiction d’ériger des tentes sur les propriétés de la Ville, des questions de salubrité et de santé publique et, il faut bien le dire, le tort qu’ils causent à l’image de la municipalité, explique le peu de patience des autorités.

À Moncton, où le problème semble être relativement récent, la Ville a rejeté l’approche musclée. Elle a plutôt imposé aux habitants de Tent City des règlements, notamment l’interdiction de faire un feu ou d’utiliser du combustible, de même que l’obligation de garder le site propre en tout temps.

Des agents de sécurité ont été embauchés, autant pour superviser les lieux que pour rassurer les voisins (notamment une garderie) préoccupés par la présence de ce campement de fortune.

La Ville peut se permettre d’être patiente. La Maison Nazareth ouvrira un nouveau refuge plus tard cet été. Les campeurs recevront alors un avis d’éviction. Il faut dire que leur site est censé accueillir l’année prochaine le futur édifice de la GRC.

Certains trouveront à la Maison Nazareth un lieu pour retomber sur leurs pieds. D’autres déménageront plutôt leurs pénates dans un autre terrain vague.

Que retenir de tout cela? La pauvreté existe. Ce n’est pas parce que nous préférons regarder dans une autre direction qu’elle disparaîtra pour autant. Dans les circonstances, la décision de Moncton de superviser Tent City en attendant une solution de rechange est la plus humaine.