D’ici la fin d’un très long été

La session législative est terminée depuis presque un mois au Nouveau-Brunswick. Nos députés ont congé pour l’été ce qui signifie, dans la réalité particulière qu’est celle des politiciens, qu’ils ne siégeront plus à Fredericton jusqu’en novembre.

La réduction du nombre de journées pendant lesquelles siègent nos élus à l’Assemblée législative est une tendance qui remonte à plusieurs années et qui s’est accélérée sous le précédent gouvernement libéral de Brian Gallant. Nos dirigeants politiques ont compris qu’ils n’ont pas avantage à se soumettre souvent et longtemps au feu de la Période des questions, face à des partis d’opposition qui visent autant à obtenir des réponses qu’à faire mal paraître le gouvernement.

Dans le cas des progressistes-conservateurs, la pause «estivale» leur permet aussi de respirer plus librement. Nous avons tendance à l’oublier, tant les liens entre le gouvernement Higgs et la People’s Alliance sont serrés, mais les bleus sont minoritaires à la législature.

Or, pour faire tomber un gouvernement, il faut lui faire perdre un vote de censure ou portant sur un projet de loi avec des incidences budgétaires. Cela doit évidemment survenir à l’Assemblée législative. Pas dans un festival ou près d’un barbecue.

Le premier ministre Blaine Higgs a donc tout intérêt à se montrer patient avant de rappeler l’Assemblée législative au boulot.

Cela dit, cette longue pause n’a pas été imposée pour protéger le parti au pouvoir. Le gouvernement est stable. L’opposition est faible et divisée. En aucun moment, le gouvernement Higgs n’a été menacé de tomber. La People’s Alliance s’est engagée à appuyer le Parti progressiste-conservateur sur les votes de confiance pendant une période de 18 mois, ce qui nous amène jusqu’en 2020.

Ceux qui s’attendent de voir le gouvernement Higgs se débattre à travers de dramatiques péripéties afin d’assurer sa survie, comme l’a fait celui de Bernard Lord après les élections de 2003 et celui de Brian Gallant dans les semaines qui ont suivi sa défaite de 2018, seront bien déçus.

Les progressistes-conservateurs sont bien en selle. Ils n’ont pas les mêmes problèmes que ceux de l’Ontario, où le premier ministre Doug Ford est au plus creux dans les sondages après seulement une année au pouvoir. Là-bas, la situation est chaotique, au point où M. Ford a décrété un méga-remaniement ministériel. Il vient aussi de perdre son chef de cabinet.

Rien de semblable n’a lieu sur la scène politique néo-brunswickoise, même si cela ne signifie pas que la dernière session législative a été un fleuve tranquille pour les troupes de Blaine Higgs.

Le principal problème du premier ministre, sa plus grosse épine dans son pied, reste encore et toujours le conflit qui l’oppose aux syndiqués des foyers de soins. Ne soyons pas surpris si ceux-ci profitent de l’été pour réaliser de nouveaux coups d’éclat.

Un jugement important rendu cette semaine donne six mois au gouvernement pour réécrire la Loi sur les services essentiels dans les foyers de soins du Nouveau-Brunswick, jugée inconstitutionnelle. Passé ce délai, les syndiqués pourraient avoir le droit de déclencher une grève.

Six mois. Cela nous amène tout juste après le congé des Fêtes, en janvier. Le gouvernement Higgs n’aura donc pas de temps à perdre, une fois son retour en Chambre cet automne, pour trouver une solution à ce qui pourrait rapidement se transformer en crise.

C’est sans compter qu’il doit toujours réaliser certaines de ses promesses parmi les plus importantes et les plus controversées dans les prochains mois.

Notre courriériste parlementaire Mathieu Roy-Comeau en a résumé quelques-unes dans une récente chronique publiée dans nos pages: réforme de l’aide sociale, réforme de la fiscalité municipale, élimination de la double taxation des résidences secondaires et amélioration de l’apprentissage du français chez les élèves anglophones.

Tous des sujets qui ont le potentiel de produire des lots de mécontents.

Le gouvernement Higgs ne tombera pas de sitôt. Il aura toutefois avantage à profiter pleinement de l’accalmie des vacances d’été et d’automne.

Il nous a déjà montré de quel bois il se chauffe dans des enjeux comme l’équilibre des finances publiques, la langue de travail chez Ambulance NB et la levée du moratoire sur la fracturation hydraulique dans la région de Sussex.

Des élections fédérales auront par ailleurs lieu en octobre.

À son retour en Chambre, Blaine Higgs saura donc s’il pourra compter à Ottawa sur son allié, le conservateur Andrew Scheer, ou s’il devra continuer de cohabiter avec le libéral Justin Trudeau, avec lequel il a choisi d’en découdre sur une liste toujours grandissante de sujets (taxe sur le carbone, investissement dans les routes et dans les écoles, chantier naval de Bas-Caraquet, etc.)

L’été s’annonce tranquille. L’hiver le sera beaucoup moins.