Bien plus qu’un festival

Le festival Acadie Love de Caraquet, qui a pris fin dimanche, gagne en popularité et en prestige chaque année. Il est aussi un rappel du rôle crucial des activités liées à la fierté gaie dans un monde où nous laissons encore nos différences nous diviser plutôt que nous rapprocher.

Pour la plupart des gens, la fierté gaie se résume à un défilé dans lequel on retrouve des chars allégoriques, une ambiance festive et des gens déguisés. Pendant longtemps, l’existence même de ces défilés était source de controverse. On ne compte plus le nombre de maires qui ont tenté de les interdire dans leur municipalité.

Au Nouveau-Brunswick, le plus important défilé a lieu à Moncton (le 31 août cette année). Il est le moment marquant de ce qui est connu comme étant la Semaine de la fierté du Grand Moncton.

L’année dernière, des citoyens et des représentants de plus de 70 groupes et entreprises de divers horizons ont participé à la marche. Les chefs du NPD, du Parti vert et du Parti libéral étaient du nombre.

Cette présence des politiciens semble aller de soit. Pourtant, ce n’est que récemment que nos leaders politiques ont pris l’habitude de participer à la fête. Le libéral Brian Gallant a été le premier premier ministre en fonction à participer au défilé de Moncton, en 2016.

Les politiciens de droite hésitent encore de nos jours à faire acte de présence. L’année dernière, Blaine Higgs n’était pas sur les lieux à Moncton, lui qui était retenu par des funérailles. Nous découvrirons dans quelques semaines s’il participera au défilé cette année.

À Toronto, pas moins de deux millions de personnes ont assisté au défilé de 2019. Cela n’a pas ému le chef fédéral conservateur Andrew Scheer et le premier ministre de l’Ontario Doug Ford, qui ont boudé l’activité, au contraire du premier ministre libéral Justin Trudeau.

Bref, ce n’est pas tout le monde qui est encore à l’aise avec tout ce qui touche la communauté LGBTQ+. Et c’est justement pour cela qu’il est si important qu’aient lieu des festivals comme Acadie Love de même que des défilés joyeux, colorés et bruyants comme celui de Moncton.

C’est sans oublier l’intolérance à laquelle font face les personnes qui sortent du moule hétérosexuel.

Chaque année, des communautés peinturent aux couleurs de l’arc-en-ciel des traverses piétonnières, en signe d’inclusion. Et chaque année, des vandales profitent de l’occasion pour monter à la face du monde leur homophobie.

Au début du mois, à Riverview, des messages haineux ont été peints sur des traverses pour piétons, près d’une l’école secondaire. «Fâchant, répugnant et dégoûtant», a résumé Charles MacDougall, porte-parole de l’organisme Rivière de fierté du Grand Moncton, qui défend les droits des personnes LGBTQ+.

Et puis, il y a l’histoire de Christopher Trueman, qui a été passé à tabac le soir du 23 décembre à sa sortie d’un bar de Riverview. Un crime haineux, dont il a été la victime uniquement en raison de son orientation sexuelle.

Des agressions homophobes de cette gravité sont rares au Nouveau-Brunswick. Mais des menaces, des insultes et des «close calls», comme les surnomme Charles MacDougall, surviennent plus souvent que l’on pense.

Oui, en 2019, on peut encore être jugé et être victime d’intimidation en raison des vêtements que l’on porte ou du sexe de la personne que l’on embrasse. C’est inconcevable, mais c’est comme ça. Ça ne sert à rien de s’enfouir la tête sous le sable.

Des festivals comme Acadie Love, à Caraquet, ont toutefois un impact positif énorme. En présentant des concerts, des spectacles d’humour, des soirées de danse, des documentaires et des conférences qui intéressent des gens de toutes les orientations, cela a un effet rassembleur qui nous rappelle que nous ne sommes pas si différents les uns les autres. «Juste des humains ensemble», a bien résumé l’humoriste et invité d’Acadie Love, Alex Perron, dans un message publié sur sa page Facebook.

Acadie Love n’est pas un événement banal. Les activités de la fierté gaie ont généralement lieu dans les grands centres. On ne compte plus les jeunes homosexuels qui ont quitté leur village acadien afin de s’établir à Moncton ou à Montréal afin d’éviter le jugement et l’opprobre des autres ou même de leur propre famille.

Caraquet a beau avoir une identité culturelle forte, il reste qu’il est impressionnant de voir une municipalité de moins de 5000 habitants, en région rurale, organiser un tel festival et embrasser le mouvement LGBTQ+ de cette manière.

Espérons que cet exemple sera suivi. Nous pouvons réaliser de belles et grandes choses quand nous ne sommes pas occupés à nous entredéchirer.