Après Gaëtan Thomas

Gaëtan Thomas prendra sa retraite l’année prochaine, après une vie consacrée à Énergie NB, dont les dix dernières années en tant que PDG. Il laissera à son successeur une société de la Couronne en meilleur état, mais qui continuera de faire face à de gigantesques défis.

Il est difficile de dresser un bilan de la décennie pendant laquelle Gaëtan Thomas a dirigé Énergie NB, tant il est arrivé à la tête de la société dans des circonstances difficiles.

Cet Acadien de Tilley Road était vice-président quand son patron, David Hay, a remis sa démission afin de protester contre la vente des actifs d’Énergie NB à Hydro-Québec.

La situation d’Énergie NB était alors délicate. Sa dette dépassait les 4 milliards $, sans compter des dépenses de 3 milliards $ à prévoir pour la remise à neuf du barrage de Mactaquac et le remplacement de la centrale de Belledune.

La centrale nucléaire de Pointe Lepreau était aussi en plein milieu d’un processus de remise à neuf qui allait durer quatre ans et coûter quelque 2,5 milliards $, au lieu des 18 mois et du 1,4 milliard $ prévus.

C’est donc un cadeau empoisonné qui a été remis à Gaëtan Thomas quand il a pris les commandes de la société de la Couronne, d’abord par intérim, en 2010.

M. Thomas comptait toutefois quelques cordes à son arc. D’abord, il était bien au fait de tous les dossiers. Contrairement à son prédécesseur, qui était cadre à Toronto puis à Londres au sein de l’entreprise Merrill Lynch, il n’a pas eu besoin d’une période d’adaptation.

Il s’était aussi fait un nom au cours de la réfection de la centrale thermique de Coleson Cove afin qu’elle fonctionne à l’orimulsion. L’absence de contrat signé avait poussé l’unique producteur mondial, le Venezuela, à se retirer du projet, mettant ainsi le gouvernement du N.-B. dans l’embarras.

Par contre, la remise à neuf en tant que telle, dont M. Thomas avait la responsabilité, s’est déroulée sans dépassements de coûts ou d’échéanciers. Avec les problèmes alors en cours à Pointe Lepreau, la présence d’un nouveau PDG qui avait vu neiger était rassurante.

La plus grande réussite de Gaëtan Thomas a toutefois été d’avoir obtenu la confiance des politiciens de tous les partis et de toutes les couleurs, au point de durer une décennie.

Tout le contraire de James Hankinson (1996-2001), Stewart MacPherson (2002-2004) et David Hay (2004-2010), qui ont été assis sur un siège éjectable.

Néanmoins, Gaëtan Thomas n’a pas réalisé de miracles pendant son règne.

L’entente avec Hydro-Québec prévoyait un gel tarifaire pendant cinq ans. En comparaison, nos tarifs ont plutôt augmenté de 13,13% depuis 2013.

Il a aussi subi quelques revers.

Sa vision de réduire la dette d’Énergie NB de 1 milliard $ sur dix ans n’est pas en voie de se réaliser. Son projet d’installer à grands frais des compteurs intelligents n’a pas convaincu la Commission de l’énergie et des services publics du Nouveau-Brunswick.

Par ailleurs, ses tentatives de diversifier les activités de la société qu’il dirige, en s’associant avec deux entreprises pour créer un miniréacteur nucléaire, de même qu’avec JOI Scientific pour la production décentralisée alimentée à l’hydrogène, soulèvent pour le moment surtout des interrogations.

Le moment marquant de son mandat a toutefois été la tempête de verglas de 2017 et les pannes d’électricité à grande échelle qui ont suivi. On ne peut pas imaginer à quel point la crise a été complexe et difficile à gérer pour Énergie NB.

Si la société de la Couronne a connu sa part de problèmes (pensez aux prévisions totalement irréalistes des premiers jours), elle a toutefois fini par livrer la marchandise. Des milliers d’employés confrontés à des températures hivernales difficiles ont réussi à rétablir le courant.

Il faut le dire, avoir en place un PDG acadien, originaire de la Péninsule acadienne et en mesure de se rendre dans les communautés afin de parler aux sinistrés dans leur langue, nous a bien servi.

M. Thomas pourra partir avec le sentiment du devoir accompli. Reste à voir qui le remplacera.

«Ce poste est l’un des rôles de leadership les plus complexes du Canada atlantique. Le PDG d’Énergie NB, par ses décisions, touche la vie de presque tous les Néo-Brunswickois et de toutes les entreprises du Nouveau-Brunswick», lit-on dans l’offre d’emploi.

Ce n’est pas exagéré.

Le gouvernement doit résister à l’envie de nommer quelqu’un sur une base politique ou idéologique, comme il semble vouloir le faire avec le Commissariat aux langues officielles.

Énergie NB devra prendre des décisions qui engageront des milliards de dollars. Il faudra à sa tête un capitaine en qui nous aurons pleine confiance. Quelqu’un qui sera en place à long terme, qui a une vision d’avenir et qui a les compétences pour accomplir la tâche herculéenne qui l’attend.

Bref, une perle rare.