Le combat contre le Québec

Le premier ministre Blaine Higgs repart en campagne contre le Québec. Il menace d’imposer des mesures aux entreprises de construction de cette province afin de leur bloquer l’accès au marché néo-brunswickois. Le protectionnisme dont fait preuve notre voisin est bien réel. M. Higgs a raison de s’y attaquer. Cela dit, une guerre commerciale ne peut que nous nuire à long terme.

Depuis quelques années, le premier ministre Higgs ne se gêne pas pour dénoncer le Québec sur des enjeux comme l’oléoduc, l’embauche d’enseignants québécois dans les classes d’immersion française, la présence du Groupe Océan au chantier de Bas-Caraquet, le transport de l’électricité et même la loi sur la laïcité.

Il y a dans cela un peu de partisanerie politique. Une bonne partie de l’électorat du Parti progressiste-conservateur et de la People’s Alliance tient le Québec responsable de tous les maux qui affligent la Confédération.

M. Higgs a d’ailleurs débuté sa campagne électorale de 2018 en dénonçant l’attribution de contrats gouvernementaux à des entreprises de l’extérieur du Nouveau-Brunswick. «Accorder un contrat à une entreprise du Québec, c’est littéralement enlever la nourriture sur la table des Néo-Brunswickois», avait-il déclaré d’un ton dramatique.

Faisons abstraction un instant de la rhétorique et attardons-nous aux faits. Québec joue-t-il franc jeu avec nous? La réponse est non. Un chapelet de mesures protectionnistes, de lois, de réglementations et de certifications professionnelles qui n’ont d’égal nulle part ailleurs au Canada ont pour effet d’empêcher nos entreprises de construction d’avoir accès aux contrats québécois.

En termes plus clairs, les entreprises du Québec remportent souvent des contrats au Nouveau-Brunswick, mais le contraire est rare.

Blaine Higgs a d’abord promis de mener un examen des lois néo-brunswickoises concernant les contrats gouvernementaux. Le programme électoral du PC prévoit une volonté d’accorder la priorité aux entreprises locales en matière de conception, de matériaux et de construction.

C’est plus facile à dire qu’à faire. Le temps file et c’est peut-être pourquoi le premier ministre a récemment levé le ton. Il menace désormais de bloquer l’accès aux entreprises de construction du Québec.

Dans ce dossier, le gouvernement Higgs a raison de vouloir jouer la ligne dure. Il n’est d’ailleurs pas le seul à s’être préoccupé du problème. Frank McKenna, Bernard Lord, Shawn Graham, David Alward et Brian Gallant ont tous, à un moment ou un autre, cherché des solutions. En vain.

Un regard sur la liste des contrats publics attribués par le gouvernement du Nouveau-Brunswick, compilée par Radio-Canada Acadie, démontre qu’en 2017-2018 (la dernière année au pouvoir des libéraux), pas loin d’un tiers de la valeur des contrats publics s’est retrouvé entre les mains d’entreprises de l’extérieur.

Dans ces circonstances, on comprend Blaine Higgs d’avoir fait de l’enjeu une priorité.

Il faut toutefois être conscient des conséquences. Si le gouvernement Higgs déclenche une guerre commerciale, les contribuables néo-brunswickois en seront les grands perdants.

En effet, si les entreprises québécoises gagnent un grand nombre d’appels d’offres, c’est d’abord parce qu’elles sont plus importantes que celles du Nouveau-Brunswick et sont donc en mesure de réduire leurs coûts et déposer des soumissions plus basses.

Si nous leur interdisons de soumissionner au Nouveau-Brunswick, cela favorisera nos entreprises locales, ce qui est une bonne chose. Mais cela aura aussi un effet à la hausse sur le coût de nos travaux d’infrastructures.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a accordé le contrat du bloc opératoire du Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont à une entreprise québécoise alors que la Ville de Dieppe a fait de même pour la construction de son complexe intergénérationnel. Pourquoi? Parce que cela a permis de baisser le montant de la facture.

Une guerre commerciale est une façon pour un politicien de montrer qu’il se tient debout pour sa population. Le président Donald Trump est devenu maître de ce jeu aux États-Unis. Mais la stratégie finit toujours par nuire à l’économie, et plus particulièrement au portefeuille des citoyens.

Nous en sommes d’ailleurs témoins avec le commerce interprovincial de l’alcool. Dans ce dossier, les rôles sont inversés. C’est le Nouveau-Brunswick qui fait preuve de protectionnisme. Cela favorise nos brasseurs, protège des emplois et assure plus de 150 millions $ par année en redevances au trésor public. Sauf que tout ça est subventionné par le coût élevé des boissons alcoolisées dans notre province.

C’est évidemment sans compter que de nombreux entrepreneurs néo-brunswickois font des affaires dans la province voisine et risqueraient d’être victimes de mesures de rétorsion.

C’est une chose de dire qu’il est temps que «le Nouveau-Brunswick s’occupe des siens». Cela fait de belles manchettes. L’ennui, c’est que le petit a rarement raison du plus gros dans les batailles tarifaires, alors que le contribuable, lui, en sort invariablement perdant.