Avec Medavie

Le gouvernement Higgs a tranché. La gestion du Programme extra-mural restera entre les mains de Medavie. La décision n’est pas particulièrement surprenante, le premier ministre ayant jusqu’à maintenant démontré peu d’intérêt à tout chambouler. Il s’agit aussi de la bonne chose à faire.

Le premier ministre Brian Gallant a été la cible de nombreuses critiques, y compris en éditorial dans l’Acadie Nouvelle, pour avoir enlevé aux réseaux de santé Vitalité et Horizon la responsabilité du Programme extra-mural.

Nous avions surtout blâmé le gouvernement libéral d’avoir agi sans crier gare. Quand les libéraux se sont engagés lors de la campagne électorale de 2014 à «centrer davantage la mission du système de santé sur les soins préventifs communautaires», personne ne se doutait que cette promesse vague à souhait mènerait à la privatisation de la gestion de ce joyau du système de santé.

Les progressistes-conservateurs ont aussi durement critiqué le gouvernement avant d’eux-mêmes accéder au pouvoir. Le chef n’a toutefois jamais promis de revenir en arrière.

En novembre 2017, alors que les termes du contrat n’avaient pas encore été rendus publics, Blaine Higgs déclarait: «Je voudrais bien sortir de cette entente, mais je ne sais pas ce qu’est cette entente ou si nous pourrons même en sortir».

En janvier 2018, M. Higgs continuait de dénoncer l’accord, mais refusait de faire la promesse «typiquement politique de défaire ce que l’autre a fait». Il s’engageait plutôt à évaluer «si les résultats sont vraiment meilleurs ou s’ils sont pires».

Enfin, pendant la campagne électorale, il s’est engagé à déterminer dans les six mois suivant l’élection si l’entente permet aux Néo-Brunswickois d’obtenir des services de meilleure qualité. «Si tel n’est pas le cas, le contrat sera annulé», peut-on lire dans le programme progressiste-conservateur.

Disons que nous avons déjà connu Blaine Higgs pas mal plus déterminé, par exemple quand est venu le moment de faire de la pénurie des travailleurs paramédicaux un enjeu linguistique.

Ainsi donc, quand le premier ministre a annoncé il y a une dizaine de jours qu’il ne déchirerait pas le contrat, personne n’est tombé de sa chaise.

Il faut dire que les rôles traditionnels avaient été inversés. Normalement, les partis de droite ont plus tendance à chanter les joies de la privatisation. Or, dans ce cas-ci, c’est un premier ministre libéral, connu pour sa propension à créer de nouveaux programmes sociaux, qui a confié la gestion d’un programme à Medavie, laquelle est en prime dirigée par un ancien premier ministre progressiste-conservateur (Bernard Lord).

Cette surprenante alliance n’avait pas pour but de réaliser des économies. Au contraire, elle coûte plus cher que le statu quo. Elle a été conclue dans le but d’améliorer le Programme extra-mural et de créer une synergie avec la ligne téléphonique 811 (Télé-Soins) ainsi qu’avec Ambulance NB, aussi gérés par Medavie.

Nous pouvons être d’accord ou en désaccord avec la décision. Cela dit, rien depuis la prise en charge par Medavie n’a changé au point de justifier de mettre fin au contrat.

Celui-ci prévoit cinq indicateurs de rendement. Quatre d’entre eux affichent une amélioration par rapport aux données de référence.

La satisfaction des patients est en hausse. Un exploit, quand on pense à la tempête médiatique dont a été victime Medavie.

La seule ombre au tableau est cette diminution du nombre de visites effectuées à domicile par les professionnels de l’extra-mural. Celle-ci serait toutefois due en grande partie aux nombreux postes qui étaient déjà vacants avant l’arrivée de Medavie dans le portrait.

Le contrat est d’une durée de 10 ans et comprend des pénalités si le service se détériore. Medavie prévoit à la longue une réduction de 15% du nombre de visites aux urgences de la part de patients desservis à domicile par l’extra-mural, en plus d’une diminution du délai avant la visite initiale d’un professionnel de la santé.

Enfin, Medavie est une entreprise sérieuse qui a déjà fait ses preuves. On a tendance à l’oublier en raison des difficultés de recrutement qu’elle éprouve avec Ambulance NB, mais cette société sans but lucratif, basée de surcroît à Moncton, gère des services et des programmes de santé un peu partout au Canada et aux États-Unis.

Sa vision d’intégration de Télé-Soins, d’Ambulance NB et du Programme extra-mural pourrait fort bien à la longue permettre d’améliorer grandement le service offert à la population, si on laisse bien sûr à Medavie le temps d’y arriver.

Il n’y a pas de crise réelle ou fabriquée à l’horizon. Si des critiques se font entendre, aucune ne remet en question la qualité des soins ni le professionnalisme de Medavie.

Dans les circonstances, le gouvernement Higgs fait preuve de sagesse en accordant sa confiance à ce partenaire qu’il n’a pourtant pas choisi.