Des nuages sombres au-dessus de nos festivals

Les festivals jouent un rôle important en Acadie. Pour de nombreuses petites communautés rurales francophones, ils sont une source de grande fierté, le moment dans l’année (souvent dans l’été) où elles sont le centre d’attention de leur région. Ils sont aussi un moteur économique qui profite grandement aux hôtels, aux restaurants et aux magasins.

Les Acadiens et les touristes aiment leurs festivals. Des nuages sombres planent toutefois sur plusieurs d’entre eux.

Nous avons appris cette semaine que la vente des billets du 57e Festival acadien de Caraquet est si lente que la direction a décidé d’offrir un rabais de 50% en prévente pour deux concerts devant avoir lieu dans une tente avec une capacité de 2000 spectateurs. Or, à peine une centaine de billets avaient été vendus pour chacun des deux spectacles au moment de l’annonce, jeudi.

Cette histoire vous sonne une cloche? C’est peut-être parce que la Foire brayonne d’Edmundston a exactement le même problème. La vente de billets pour les mégaspectacles (c’est le nom qu’on leur donne dans la programmation) de Roch Voisine, de Qualité Motel et de Louis Bérubé a été si faible que le comité organisateur a songé à les annuler. Ils ont finalement été déplacés du Centre Jean-Daigle, où ils devaient avoir lieu, vers une plus petite salle.

Cela place les comités organisateurs dans une position difficile. La majorité des revenus proviennent normalement des subventions, des commandites ainsi que de la vente des billets et d’alcool. La plupart de ces sources de revenus sont en baisse.

La fin du programme des commandites, au milieu des années 2000, avait représenté un dur coup pour de nombreux événements. Le Festival acadien de Caraquet avait perdu à l’époque 60 000$ d’un coup.

C’est une chose pour un festival de ne pas recevoir suffisamment d’appuis des gouvernements. C’en est toutefois une autre quand la population se désintéresse de vos événements censés rapporter le plus de revenus.

Les problèmes sont multiples et les solutions ne sont pas évidentes à trouver.

Parce qu’ils sont aux prises avec des budgets de plus en plus serrés, les comités organisateurs peinent à attirer des gros noms. Elle est loin l’époque où les artistes les plus populaires du Québec et même du Canada anglais se faisaient un devoir de s’arrêter à la Foire brayonne.

Pendant ce temps, les prix sont à la hausse. Ce n’est pas tout le monde qui est prêt à payer 25$ ou 30$ (multiplié par deux, si vous êtes accompagné) pour aller assister à une vitrine mettant en vedette des artistes peu connus ou pour applaudir sur scène un artiste local.

Cela ne signifie pas que les citoyens n’ont plus le goût de se rassembler. Il faut aller faire un tour au Carré des métiers d’arts de la Foire brayonne, à l’Oktoberfest des Acadiens de Bertrand, au Ribfest de Moncton ou à n’importe quelle activité du 15 août pour s’en convaincre.

Les goûts des festivaliers ont toutefois évolué. Il ne suffit plus d’organiser un spectacle à fort prix dans un aréna, dans un centre multifonctionnel ou dans un chapiteau pour que les festivaliers y affluent.

À cela s’ajoute un autre problème qui n’est pas sur le point de se régler: la pénurie de bénévoles. Avec le vieillissement de la population et l’exode des communautés rurales, il est de plus en plus difficile de trouver suffisamment de gens pour tenir les festivals à bout de bras.

Quelques festivals ont d’ailleurs annulé leurs activités cet été. Parmi les plus récentes victimes, le Festival de musique de Shediac, le Festival de gravité de Drummond ainsi que la Foire agricole de Saint-André.

Le phénomène n’épargne pas les plus gros. En décembre dernier, un cri d’alarme était lancé à Edmundston. «On ne peut pas runner la Foire avec trois personnes! Il manque des bénévoles, la communauté doit s’impliquer», a lancé Michel Nadeau, l’un des membres du comité de direction et responsable du service des parcs et des loisirs de la Ville d’Edmundston.

Des festivals qui ne vendent plus assez de billets pour attirer des artistes de renom, qui peinent à faire leurs frais et qui manquent de bénévoles, nous risquons d’en voir de plus en plus au cours des prochaines années.

Il y aura des victimes. Chaque communauté ne pourra sauver son festival.

Comme dans toute chose, les plus forts, les mieux organisés, les plus pertinents et ceux qui sauront le mieux comprendre les besoins et les désirs de la population vont survivre. Ceux qui n’auront pas su se renouveler à temps et qui continueront de croire à une formule devenue obsolète seront condamnés à brève échéance.