Rassurés, mais aux aguets

La sortie récente de la procureure générale du Nouveau-Brunswick, la ministre Andrea Anderson-Mason, concernant la cause des francophones de la Colombie-Britannique, est rassurante. Elle affirme non pas tenter de restreindre les droits des francophones, mais plutôt vouloir présenter l’expertise néo-brunswickoise en éducation. Attendons toutefois de connaître le détail de la position que défendra le gouvernement Higgs devant la cour avant de l’applaudir.

Le Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique et la Fédération des parents francophones de la C.-B. mènent depuis 2010 un combat juridique contre le gouvernement de leur province. Ils estiment que leurs infrastructures scolaires et le transport des élèves sont sous-financés.

On ne compte plus les gouvernements qui affirment ne pas être officiellement opposés aux droits linguistiques des francophones en milieu minoritaire, mais qui refusent d’agir parce que cela coûte «trop cher». Pensez au gouvernement Ford, en Ontario, qui a mis fin au projet d’une université francophone à Toronto.

Dans un registre semblable, l’Association des infirmières et des infirmiers du Nouveau-Brunswick nous a ressorti la même rengaine, concernant l’examen NCLEX-RN qui désavantage les étudiants francophones. Elle justifie son immobilisme en soutenant ne pas avoir les moyens de payer les frais de traduction du guide d’étude en ligne.

À la fin juillet, nous avons appris que le gouvernement du Nouveau-Brunswick avait demandé le statut d’intervenant devant la Cour suprême du Canada. La cause en question est importante pour la Colombie-Britannique, mais pourrait aussi avoir des répercussions partout au Canada.

La province a d’abord refusé de donner quelque indice que ce soit sur la position qu’elle défendra.

Le secret entourant les intentions de Fredericton et le peu d’intérêt du gouvernement Higgs pour les questions linguistiques ont suscité des inquiétudes. Le Nouveau-Brunswick va-t-il adopter devant la cour une approche qui irait à l’encontre de l’intérêt des francophones en milieu minoritaire?

L’inquiétude était telle que quatre organisations acadiennes ont déposé deux demandes conjointes afin d’intervenir devant la Cour suprême.

Parmi celles-ci, l’Association des juristes d’expression française du Nouveau-Bruns­wick, qu’on ne peut décemment qualifier de nid d’extrémistes. «Nous sommes d’avis que les francophones ont lieu de s’inquiéter», a pourtant témoigné le directeur général de l’association dans nos pages.

Il n’est pas impossible que tout ceci soit une tempête dans un verre d’eau. Ce gouvernement peine régulièrement à communiquer clairement ses intentions. S’il avait expliqué dès le début ses objectifs, il n’y aurait peut-être pas eu de problème. En gardant initialement le silence, il a laissé craindre le pire.

Le gouvernement Higgs a pris par le passé des décisions préoccupantes: tentative de réduction des exigences linguistiques en place chez Ambulance NB, refus de combler dans les délais prévus dans la loi le poste de commissaire aux langues officielles, rapprochement avec un parti opposé aux droits des francophones (People’s Alliance), etc.

La liste est longue, si bien que le gouvernement Higgs n’a pas encore mérité le bénéfice du doute dans les dossiers linguistiques.

Parallèlement à cela, le gouvernement priorise le rétablissement de l’équilibre budgétaire au détriment d’à peu près tout le reste.

Il ne faut donc pas beaucoup d’efforts pour l’imaginer en train de plaider que le plus haut tribunal du pays ne doit pas imposer aux gouvernements de financer contre leur gré des infrastructures scolaires.

Alors que les critiques se multipliaient, la procureure générale est enfin sortie de son mutisme pour confirmer que les francophones de la province n’ont rien à craindre de la participation de leur gouvernement.

Mme Anderson-Mason a plutôt expliqué être «très fière» de la dualité en éducation qui a cours dans notre petit coin de pays. «Nous pensons que le tribunal sera peut-être intéressé à savoir comment fonctionne le système au Nouveau-Brunswick.»

Nous sommes heureux d’entendre ces paroles.

Le Nouveau-Brunswick est la seule province officiellement bilingue et la seule à avoir protégé sa minorité francophone en adoptant la dualité en éducation. Nos gouvernements devraient faire systématiquement la promotion de ces grandes réussites. De même, il est justifié de vouloir partager notre expertise devant la Cour suprême.

Nous ne tolérerons toutefois pas que le Nouveau-Brunswick adopte une interprétation restrictive basée sur des arguments économiques, comme semble vouloir le faire la Colombie-Britannique.

Les paroles de la ministre nous rassurent. Nous le serons toutefois encore plus après avoir lu le mémoire du gouvernement, s’il ne contient pas de mauvaises surprises.