Pénurie d’infirmières: un plan insuffisant

Le gouvernement provincial a dévoilé un plan de 10 ans avec un objectif ambitieux: recruter 130 infirmières de plus chaque année au cours de la prochaine décennie. Les mesures annoncées seront-elles suffisantes? Malheureusement, non. Mais il faut bien commencer quelque part.

Commençons par la bonne nouvelle. Le gouvernement Higgs considère le problème de pénurie d’infirmières comme étant assez préoccupant pour mettre en place un plan d’action. «Si nous n’agissons pas immédiatement, nous allons avoir des problèmes plus tard», a indiqué le ministre de la Santé Hugh John Flemming.

Le plan est sérieux. Les principaux acteurs dans le domaine ont été consultés et ont participé à l’élaboration de la stratégie. Il n’a pas été écrit en catastrophe sur un coin de table.

Néanmoins, on sent à chaque ligne du document que les auteurs ont dû tenir compte de la volonté du gouvernement Higgs de limiter les nouvelles dépenses. L’équilibre budgétaire est la priorité absolue. Il est hors de question de laisser une campagne de recrutement d’infirmières menacer celui-ci.

Fredericton investira 2,3 millions $. Pour mettre ce chiffre en contexte, pas moins de 8,7 millions $ ont été coupés dans la dernière année dans le financement des programmes de science infirmière des universités.

Par ailleurs, les idées mises de l’avant ne suffiront pas à permettre au N.-B. de se démarquer d’autres juridictions qui ne se gênent pas pour mettre beaucoup de billets sur la table pour attirer nos diplômés.

Le recrutement d’infirmières est un défi partout en Amérique, pas juste au N.-B. L’American Nurses Association estime que les États-Unis auront besoin d’un million d’infirmières supplémentaires d’ici 2022.

La compétition est forte. Les directions d’hôpitaux rivalisent d’imagination. Cer­taines offrent des bonis de recrutement allant jusqu’à 20 000$, en plus de bonifier les salaires et le régime de retraite. Elles offrent des horaires plus flexibles et paient votre dette étudiante, vos frais de déménagement ou même les études de vos enfants!

Un autre problème avec la stratégie néo-brunswickoise est qu’elle semble être surtout un ramassis de bonnes intentions. On «envisage» des incitatifs financiers, tout comme on «envisage» d’offrir des primes aux diplômés qui s’engageraient à pratiquer pendant au moins trois ans dans les régions rurales. On prévoit «collaborer pour améliorer les processus d’admission».

Les auteurs du rapport sont aussi passés, délibérément ou non, à côté des solutions structurelles les plus importantes et les plus attendues.

Le gouvernement aurait pu forcer l’Association des infirmières et infirmiers du N.-B. à renoncer à l’examen d’entrée à la profession infirmière NCLEX-RN, qui a entrainé une baisse majeure du taux de réussite des diplômées francophones. Il s’engage plutôt à «collaborer avec les parties prenantes»

De même, la question des salaires n’est pas abordée directement dans la nouvelle stratégie. Ce n’est pas une surprise, le gouvernement ayant pour l’instant refusé d’aller dans cette direction avec les travailleurs paramédicaux et les employés syndiqués des foyers de soins, deux autres professions aux prises avec des ennuis de recrutement.

Rien n’est non plus prévu pour aider les universités à recruter un plus grand nombre d’étudiants.

Cela ne signifie pas que ce plan doit être jeté à la poubelle. Il contient de bonnes idées.

Nous n’avons aucun doute que le ministère de la Santé fera tout en son pouvoir afin d’atteindre ses objectifs. Personne ne se réjouit à Fredericton quand un hôpital du Nord est forcé de fermer un département complet en raison d’un manque de personnel, comme c’est survenu en obstétrique dans les hôpitaux de Bathurst et de Campbellton plus tôt cette année.

C’est bien de concevoir des trousses publicitaires afin d’attirer des étudiants dans la province ou de s’engager à «recruter activement» des infirmières formées à l’étranger. Personne ne dénoncera jamais de telles initiatives.

Néanmoins, l’argent est le nerf de la guerre.

Le Nouveau-Brunswick est entouré de juridictions qui ne restent pas les bras croisés. La Nouvelle-Écosse, par exemple, offre jusqu’à 15 000$ aux infirmières qui acceptent de pratiquer dans certains hôpitaux en région rurale. Et pourtant, ce n’est pas suffisant pour endiguer la pénurie qui sévit aussi cette province!

Le plan du ministre Flemming est plein de bonnes intentions, mais il est aussi trop flou et ne compte pas sur un budget de mise en oeuvre suffisant pour faire bouger l’aiguille. Résultat: les objectifs de recrutement ne seront pas atteints et les hôpitaux, en particulier ceux situés dans les régions rurales, ne combleront pas leurs postes vacants de sitôt.