Longue vie au CMA

Si le temps du bilan n’est pas encore venu, nous pouvons toutefois déjà dire que le Congrès mondial acadien 2019 a débuté du bon pied. La plupart des activités de la première semaine ont lieu à l’Île-du-Prince-Édouard, apportant du même coup une couleur particulière à un événement qui n’avait jamais été présenté auparavant à cet endroit.

Dans l’imaginaire collectif, le Congrès mondial acadien est devenu ce qu’il est en 1994 avec le spectacle des dernières retrouvailles de 1755, devant 10 000 spectateurs entassés dans le Colisée de Moncton. «Y a pas de plus belle place sur la Terre qu’ici, astheure», avait déclaré Roland Gauvin devant une foule survoltée.

Depuis, les grands spectacles font partie des incontournables. Que ce soit Zachary Richard chantant Réveille lors du spectacle Cri du Bayou, au Cajundome de Lafayette en 1999, ou 1755 (encore eux!) entonnant J’veux m’en aller, vivre à la baie pendant le congrès de 2004, en Nouvelle-Écosse, ce ne sont pas les grands moments d’émotions qui ont manqué.

Mais les CMA sont beaucoup plus que ça. On y trouve aussi une foule de moments moins grandioses, mais plus symboliques, comme la course sous les étoiles qui a lancé les festivités, en fin de semaine, sur le pont de la Confédération, où la rencontre à la borne des frontières du Nouveau-Brunswick, du Québec et du Maine, sur la rive du Beau lac.

Le plus impressionnant est toutefois le fait que le CMA a pu garder un visage humain, malgré son gigantisme.

Si les spectacles font partie de l’ADN des congrès mondiaux acadiens, les rassemblements de famille en sont le coeur. Dès 1994, ils avaient contribué à faire de l’événement un succès. Ils ramènent celui-ci à ses racines et nous rappellent qu’il ne s’agit pas d’un simple festival comme on en retrouve tant à cette période de l’année.

Le Congrès mondial acadien est aussi véritablement «mondial», dans le sens que son pouvoir d’attraction dépasse très largement les frontières traditionnelles de l’Acadie, au Nouveau-Brunswick et dans les Maritimes.

Les activités n’ont débuté qu’il y a quelques jours que déjà, nos journalistes multiplient les rencontres et les entrevues avec des gens venus d’Europe, des États-Unis ou d’ailleurs qui ont découvert leurs racines acadiennes sur le tard et qui ont fait le voyage en Acadie afin de découvrir leurs cousins éloignés.

Faisons le plein de moments inoubliables au cours des prochaines semaines. En effet, rien ne garantit qu’il y aura toujours des congrès mondiaux.

On l’oublie, mais l’existence même de ces CMA est un véritable tour de force.

Les francophones sont minoritaires dans toutes les provinces canadiennes et États américains où a lieu l’événement jusqu’à présent, à l’exception du Québec, qui était l’un des hôtes du congrès de l’Acadie des terres et forêts de 2014.

Quand on voit à quel point des politiciens et des partis populistes n’hésitent plus à attaquer les droits et les acquis des minorités ou à dénoncer les coûts pour les maintenir, c’est un véritable miracle que les gouvernements continuent de reconnaître l’importance des congrès mondiaux.

Rappelez-vous comment rapidement le premier ministre Blaine Higgs a tiré la plogue sur les Jeux de la Francophonie, qui devaient avoir lieu à Moncton et Dieppe en 2021, après des dépassements de coûts. Il a aussi mis fin aux investissements prévus dans l’Institut de Memramcook, un lieu symbolique dans l’histoire de l’Acadie.

Jamais il n’a toutefois laissé entendre publiquement que son gouvernement cesserait d’appuyer financièrement les congrès. Même une formation comme la People’s Alliance, habituée de condamner tout investissement qui profite en majorité aux francophones, est étonnamment silencieuse sur le sujet.

Dans des provinces et États où les francophones sont beaucoup plus minoritaires qu’ici, les gouvernements continuent d’être partenaires de l’aventure. Si les retombées économiques aident sûrement à convaincre quelques décideurs, il est aussi permis de croire que la plupart d’entre eux croient en l’importance de l’événement pour un peuple qui a joué un rôle important dans l’histoire de leur région.

Il n’y a pas de garantie qu’il en sera toujours ainsi. Nos enfants et nos petits-enfants parleront peut-être un jour des CMA au passé, à travers le prisme des livres d’histoire, un peu comme nous le faisons aujourd’hui avec les conventions nationales de Memramcook (1881) et de Miscouche (1884).

Nous n’en sommes heureusement pas encore là. Les Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard et du sud-est du Nouveau-Bruns­wick sont les heureux hôtes de la diaspora acadienne mondiale. Nous ne doutons pas qu’ils offriront un congrès aussi pertinent et attrayant que ceux qui les ont précédés.

L’Acadie est bien vivante. Le Congrès mondial acadien le rappelle au monde entier, mais aussi à nous-mêmes.