Parlons fusils

La campagne électorale fédérale approche à grands pas, au point où les principaux partis politiques commencent tranquillement à abattre leurs cartes. Déjà, nous savons que l’un des enjeux à suivre sera le contrôle des armes à feu. C’est une bonne nouvelle. Il n’y a aucune raison pour laquelle ce sujet devrait être tabou.

Le premier ministre libéral Justin Trudeau a l’habitude de souffler le chaud et le froid en ce qui a trait aux armes.

Dans sa plateforme électorale de 2015, il est écrit: «Nous prendrons des mesures pour débarrasser nos rues des armes de poing et des armes d’assaut». Il n’a toutefois pas été jusqu’à interdire celles-ci.

En fait, il a été tellement hésitant sur cette question que la vice-présidente du comité consultatif sur les armes à feu, Nathalie Provost (une survivante du massacre de la Polytechnique de Montréal), a démissionné. Elle affirme avoir été utilisée en tant que caution morale par un gouvernement qui veut faire bonne impression auprès des électeurs en faveur d’un contrôle accru, mais qui ne veut pas non plus déranger le lobby des armes.

Les lecteurs de l’Acadie Nouvelle savent que l’équipe éditoriale est en faveur d’un resserrement des règles. Nous avons défendu par le passé à plusieurs reprises l’instauration d’un registre pour les armes d’épaule.

Il faut un permis pour conduire une voiture, pour vendre de l’alcool ou même pour se marier. Mais l’idée d’imposer un registre pour les détenteurs de fusils de chasse serait une hérésie? Soyons sérieux.

Ce bateau a toutefois coulé il y a longtemps. Les opposants au registre ont fait un excellent travail pour le démoniser. C’est sans compter que celui-ci s’est transformé en véritable gouffre financier. On nous avait promis qu’il serait financièrement autosuffisant. Il aura finalement coûté plus de

1 milliard $ en fonds publics.

Plus personne ne parle aujourd’hui de ressusciter le registre des armes d’épaule. Le débat a plutôt évolué sur la question des armes de poing (les pistolets) et les armes d’assaut, qui ne sont d’aucune utilité pour les chasseurs de chevreuils, d’orignaux ou de perdrix.

Selon Statistique Canada, des armes de poing ont été utilisées dans le cadre de 130 homicides au Canada en 2016, un sommet en plus de 10 ans.

Quand on parle de carabines et de fusils de chasse, cela a surtout un impact sur les Canadiens qui vivent en milieu rural, comme c’est le cas pour la majorité des Néo-Brunswickois. L’enjeu des armes de poing touche plutôt les grandes villes. Durant la longue fin de semaine du début août, pas moins de 13 personnes ont été blessées dans une dizaine de fusillades survenues à Toronto.

L’Ontario sera un grand champ de bataille électoral. La survie du gouvernement Trudeau pourrait dépendre de sa capacité à faire le plein de votes dans la province la plus populeuse du pays. Avec le maire de Toronto qui fait campagne sur l’interdiction des armes de poing afin de lutter contre la violence armée qui a cours dans la métropole, il est difficile pour les libéraux d’ignorer le problème.

Ceux-ci ont toutefois préféré ne pas dire tout de suite qu’elles seront leurs propositions. Il faudra pour cela attendre le début de la campagne électorale, dans quelques semaines.

Nous les invitons à cesser de tourner autour du pot et à ne pas proposer de nouvelles demi-mesures.

Tant le Parti conservateur que le lobby pro-armes s’opposeront de toute façon à n’importe quelle mesure restrictive.

Déjà, le PC promet d’éliminer la loi C-71. En vertu de celle-ci, la vérification des antécédents d’un demandeur de permis couvrira toute sa vie, plutôt que les cinq années précédentes. De plus, la loi oblige les détaillants d’armes à détenir des registres des inventaires et des armes ainsi que de rendre le processus d’achat plus difficile.

Bref, rien de bien révolutionnaire.

C’est pourtant déjà trop pour tous ceux qui rêvent que le Canada devienne un paradis des armes à feu comme le sont les États-Unis.

Les libéraux devraient faire moins dans la dentelle et proposer des changements susceptibles de rallier une bonne part de la population, que ce soit en interdisant l’achat d’armes de poing et de fusils d’assaut, en instaurant un programme de rachat et en restreignant l’entreposage d’armes comme celles-ci dans les clubs de tir.

Personne ne veut empêcher les citoyens respectueux de la loi de posséder un fusil de chasse. Mais il n’y a aucune bonne raison de continuer d’accorder aux simples citoyens la possession d’armes qui devraient être réservées à la police ou à l’armée.

Les conservateurs ont une position ferme sur le sujet. Ils sont en faveur d’un assouplissement des règles et ne sont pas gênés de défendre leur position. Il est temps que les libéraux présentent à leur tour une solution de rechange forte.