Pour un 15 août férié

Les célébrations de la Fête nationale de l’Acadie sont derrière nous. Le drapeau acadien n’a toutefois pas fini de flotter bien haut, en particulier dans le sud-est du Nouveau-Brunswick et à l’Île-du-Prince-Édouard, où se poursuit le Congrès mondial acadien.

En faisant exception de Noël et du jour de l’An, le 15 août s’est établi comme étant la fête la plus importante dans la province, bien plus que celles du Nouveau-Brunswick et du Canada. Une situation surprenante, quand on pense qu’il n’est pas célébré dans la plupart des régions anglophones.

Chaque année, alors que des communautés acadiennes célèbrent leur fierté acadienne, certains s’interrogent à savoir pourquoi une fête aussi importante n’est pas devenue un jour férié provincial. Ce n’est pas vraiment un débat ou même une requête officielle, mais plutôt un sujet de discussion qui rebondit d’une année à l’autre.

Si la question se pose, elle est néanmoins purement théorique. Il n’y a aucune chance, dans un avenir proche ou lointain, qu’un gouvernement progressiste-conservateur, libéral ou autre fasse de la Fête nationale des Acadiens une journée fériée. Il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais de volonté politique pour cela.

S’il y a toutefois un moment de l’année où nous pouvons nous faire plaisir et quand même réfléchir à cet enjeu qui n’en est pas vraiment un, c’est bien maintenant, en pleine semaine de la fête des Acadiens et qui plus est pendant le congrès mondial.

Une fête pour tous. C’est peut-être la première objection qui nous vient à l’esprit. Comment pourrait-on décréter que le 15 août devient férié, alors que cette célébration ne signifie rien pour une majorité de Néo-Brunswickois anglophones? Même à Moncton en plein CMA, vous ne trouverez pas beaucoup de décorations acadiennes.

Notons d’abord que les jours de repos s’appliquent à tout le monde, sans distinction. Noël et Vendredi saint ne sont pas fériés uniquement pour les travailleurs catholiques, la fête de la Reine ne s’applique pas seulement aux loyalistes, etc.

Certaines de ces fêtes, comme l’Action de grâce, existent surtout pour des raisons historiques. Cet argument pourrait certainement s’appliquer pour le peuple acadien, en raison du rôle central et crucial qu’il a joué dans l’histoire du Nouveau-Brunswick.

Trop coûteux. Voilà un argument qui revient souvent. En 2013, le Conference Board du Canada a évalué les coûts d’un jour férié hivernal à 206$ par employé à plein temps. En 2015, la Nouvelle-Écosse avait estimé à 139 millions $ l’impact économique de l’ajout d’un nouveau jour férié. «Cela a des impacts négatifs sur l’économie et signifie une diminution du volume des ventes, des revenus et de la productivité», avait expliqué à l’Acadie Nouvelle en 2016 un représentant de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante.

Il est vrai que l’ajout de chaque nouvelle contrainte a un coût. Cela ne vaut pas seulement pour les fériés. Les hausses du salaire minimum, par exemple, sont accueillies négativement dans le monde des affaires.

La question des coûts n’a pas empêché par le passé les gouvernements de créer de nouveaux jours de repos obligatoires. Le jour du Souvenir a été rendu férié à compter de 2004 par progressistes-conservateurs de Bernard Lord, alors que les libéraux de Brian Gallant ont créé de toutes pièces le jour de la Famille en 2018.

Trop de congés en peu de temps. Le calendrier estival est en effet quelque peu congestionné. La fête du Canada et la fête du Nouveau-Brunswick se succèdent en peu de temps, sans compter que la fête du Travail suit au début septembre.

Encore une fois, ce n’est rien d’exceptionnel. Les commerces doivent fermer obligatoirement trois fois en une semaine à Noël, au lendemain de Noël et au jour de l’An. C’est sans compter que le gouvernement Lord ne s’est pas gêné pour ajouter le jour du Souvenir dans la liste des congés obligatoires, même s’il a lieu à peine un peu plus d’un mois avant la semaine de Noël.

La volonté politique. Nous voici au coeur du problème. Si le 15 août n’est un congé obligatoire provincial, c’est d’abord en raison de l’absence d’une volonté politique.

Les politiciens – tous partis confondus – craignent un ressac de la majorité anglophone devant ce qui semblerait être une faveur faite aux Acadiens. C’est pourquoi ils préfèrent miser sur des célébrations plus neutres et moins risquées, comme le jour de la Famille.

Il n’y a pas non plus de mouvement bien fort en ce sens dans les régions francophones. Une élection ne se décidera pas sur cet enjeu.

La Fête nationale des Acadiens n’est pas destinée à devenir un congé obligatoire. Cela ne nous empêche heureusement pas de la célébrer comme si elle l’était.

Comme l’a si bien dit le nationaliste acadien Jean-Marie Nadeau dans nos pages cette semaine: «Pour nous, dans notre coeur, c’est une journée fériée». Et nous nous en accommodons fort bien.